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Seule la poésie reste! FEMME DE PAPIER AU FNTP



Seule la poésie reste!                                    FEMME DE PAPIER AU FNTP
Du noir sur blanc ou de la joie au drame
Une mise en scène marquée d'un esthétisme avéré et des hommages à nos artistes martyrs et au peuple resté toujours debout après la tragédie nationale.
Serait-ce une adaptation libre du fameux livre sulfureux La Femme de Papier de Françoise Rey' Mais non plutôt une version théâtrale de l'oeuvre Ounta Esarab de Wassini Laaredj, adaptée sur les planches par Mourad Senouci et mise en scène par la grande comédienne Sonia alias Sakina Mekiou.
Cette dernière est, contrairement à ce que nous avons émis précédemment, présidente d'honneur et non pas du jury à la 7e édition du Festival national du théâtre. La pièce a été jouée dans l'après-midi de mardi dernier dans l'enceinte de la salle Mustapha-Kateb assez bien remplie.
Un air vaporeux se dégage au lever du rideau! Ouf!Pas de chiffons en vue qui viennent serpenter le long des travers du théâtre, mais seulement un voile sur lequel sont projetées des ombres chinoises. Quand la lumière fut, on comprendra que ce qui miroitait là haut et donnait ce joli aspect esthétique au fronton du décor était un amas de feuilles accrochées ça et là formant presque une grappe de perles en papier. Sur les planches, assise par terre en robe noire, entourée de feuilles, une femme brune, cheveux attachées, s'apitoie sur son sort.
Son mari, écrivain de son état, vient d'être hospitalisé à Paris. Elle sera bientôt rejointe par une autre femme qui prétend être la maîtresse de son mari depuis des années. Puis elle lui retrace les moments forts de leurs rencontres et retrouvailles à Alger et à Oran. Son prénom est Mériem. Elle est de tout blanc vêtue. Blanchie un contraste exprimant le noir sur blanc. De la joie au drame. Un jour l'homme demande à sa femme de lui suggérer un prénom féminin pour en faire un chef-d'oeuvre littéraire et rendre hommage à la femme algérienne. Ce sera Meriem. Mais celle-ci se rebiffe après avoir eu une grande place dans la vie de l'auteur et exige une forme de reconnaissance. Elle refuse d'endosser le même que sort Zoulikha, cousine et héroïne du roman de Kateb Yacine, Nedjma, bien que son existence demeurera effacée derrière la grandeur de ce livre entré dans l'Histoire. Et si la femme en papier cachait au fond une bien réelle, dans la vie de son mari' Celle-ci ne veut pas sortir de sa tête et continue à converser avec elle. Cela se solde par une confrontation entre les deux. La jalousie les fait parler. Elle est aussi le prétexte pour se rappeler les bons et mauvais moments de notre histoire.
Meriem prétend avoir rencontré pour la première fois l'écrivain en 1985, lors de la première représentation de la pièce El Ajouad de Abdelkadar Alloula au TR d'Oran puis revu 5 mois plus tard, en décembre lors de l'enterrement du plasticien M'Hamed Issiakhem. Et de confier un peu plus loin:«On s'est revu en 1993 à Didouche-Mourad, dans un café qui tolérait encore à l'époque la mixité...»Entre narration et lamentation la pièce est souvent traversée de haltes historiques via des images de vidéos projetées sur le mur du TNA. Un hommage ainsi est rendu au peuple, notamment à travers les événements du 5 Octobre 1988. A ces artistes qui ont choisi de rester, dont Alloula qui ne se voyait pas partir avec son théâtre sur le dos!La pièce propose donc une halte sur la tragédie nationale vécue par l'Algérie et se veut un plaidoyer contre l'oubli envers ceux qui ont été victimes des assassinats ciblés au début des événements tragiques: les artistes. «On ne rend hommage à l'artiste qu'après sa mort sinon on lui reconnaît un statut et légitimité qu'à partir du moment où il part à l'étranger» dit la dame brune, cheveux défaits cette fois, dépitée et en colère après son face-à-face avec l'autre femme....l'art, la culture algérienne et son patrimoine sont évoqués. On entend le nom de Sidi Lakhdar Benkhlouf. Certains pays comme La Palestine, l'Irak sont évoqués ainsi que ceux qui ont soutenu l'Algérie durant les années 1990. «Quand le malheur nous a frappés on s'est retrouvés seul et l'amour fut banni...», entendons-nous. Alors étudiante aux Beaux-Arts, toute la famille de Meriem lui impose le mariage avec un homme d'affaires véreux et de laisser tomber ses études. Exclusivement féminine Imraa min Waraq s'appuie sur le dialogue entre les deux rivales, l'épouse de l'écrivain incarnée par Laarini Lydia et l'héroïne du roman Meriem dont le rôle a été attribué à Houari Rajaâ. Mais celle qui exhale largement de l'émotion par son jeu délicat et profond est bien Laarini Lydia qui a su relever le texte et le porter au firmament. On regrettera les quelques digressions de cette pièce tombée dans le sillage de la commémoration la faisant bousculer et basculer dans le tourbillon historique. Un instant d'égarement dramaturgiquement idéologique pour revenir à son point initial quand les deux femmes se rejoignent finalement comme dans un miroir de sérénité. Et la dame brune de retomber dans ses rêveries sur sa chaise... heureusement qu'il reste la poésie. Bel hymne à la beauté des mots qu'est finalement cette pièce, au livre, à la liberté.
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