Les emplois proposés sont souvent difficiles en raison des horaires et du rythme de travail qui y sont imposés, dans la restauration y compris.
C'est l'heure de la pause-déjeuner en ce premier jour de l'an 2013, Amina vendeuse dans une supérette comme il en existe dans la plupart des quartiers de la ville d'Oran, 's'arrange" avec une collègue pour qu'elle prenne sa place à la caisse : 'Je vais à l'étage pour manger, nous n'avons qu'une demi- heure pour la pause et donc pas le temps de sortir", nous confie celle-ci, jetant des regards pour voir si personne n'avait surpris notre bref échange. Ce jour férié est pour elle et les autres employés du secteur de la distribution un jour ouvrable comme un autre, comme le vendredi, qui, là exceptionnellement, permet une 'pause de deux heures" pour cause de prière hebdomadaire. Les tâches sont souvent doubles, notre interlocutrice qui 6 jours sur 7, de 8h du matin jusqu'à 20 h, s'occupe d'une caisse, d'un rayon, de son installation et du stock y afférant. Depuis 4 ans, c'est le monde d'Amina qui n'ose se plaindre et qui nous dit : 'C'est ça le travail", pour un salaire égal au SNMG, mais sans couverture sociale, elle ne sait même pas ce que cela signifie. De plus être serveuse en Algérie est encore perçu comme un emploi à la limite dégradant et de peu de considération. Amina doit encore souvent se forcer au silence et ravaler ses larmes face à des clients, trop nombreux, pour qui l'éducation et le respect sont des notions qui leur sont totalement étrangères. Si du point de vue économique, le secteur de la distribution et les services de manière générale sont ainsi en nette progression et s'imposent comme l'une des résultantes des nouveaux modes de consommation et de répartition du travail dans la société, il y a un pas qui n'est pas franchi. En effet, ici point de débat sur l'autorisation ou non d'ouvrir les week-ends et les jours fériés, le mode de rémunération en heures supplémentaires ou non, le nombre d'heures de travail hebdomadaire. C'est le patron qui décide de tout, comme le roulement des employés pour travailler les jours fériés, le vendredi mais l'un d'entre eux nous dira que 'c'est la demande et le client qui imposent les choix et c'est la seule manière pour assurer la pérennité de mon commerce et des salaires". Si les statistiques des emplois non-déclarés sont souvent données, pour ce qui est des secteurs de l'industrie, du BTPH, très peu de choses sont dites en ce qui concerne le secteur des services. Les emplois proposés sont souvent difficiles en raison des horaires et du rythme de travail qui y sont imposés, dans la restauration y compris. Autre constat révélateur de ce monde du travail en marge des lois sociales, les employés sont souvent des jeunes de moins de 30 ans, sans diplômes ni qualifications et majoritairement de sexe féminin. La crainte visible chez Amina lorsque nous l'avons abordée en ce vendredi pour qu'elle évoque son travail, renseigne plus que tout sur son vécu dans le monde du travail de la distribution à Oran.
D. L
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : D LOUKIL
Source : www.liberte-algerie.com