Oran - Revue de Presse

Séisme, effets collatéraux : Les «victimes» cachées d'Oran



Jeudi 24 juillet, troisième séisme de l'année 2008; 4,2 sur l' échelle de Richter, une réplique de celui du 6 juin. La secousse n'a pas été trop forte, mais...

Au delà des murs lézardés et des fractures en tous genres, le dernier séisme qui a frappé Oran, le 6 juin dernier, et à y regarder de plus près, a fait plus de victimes qu'il n'y paraît. «A vrai dire, c'est la succession de deux tremblements de terre, dans un espace de temps réduit, qui est responsable de ce que nous vivons.» La sentence, quoique réductrice, est celle d'un oeil averti des changements du microcosme local. En effet, il aura fallu deux séismes, proches dans le temps et de magnitudes relativement élevées pour que la certitude des Oranais s'effrite et tombe, accompagnant la peinture des vieux murs. «La réaction des gens s'explique, outre par la crainte légitime de mourir, par le manque de confiance manifeste dans la solidité de leur toit», analysera froidement Hakim, sociologue, mais également contaminé par la peur collective comme il l'admet volontiers. Le 9 janvier et le 6 juin 2008 resteront gravés dans la mémoire locale même si trouver un Oranais qui te donne la date exacte relève de la gageure. «Oui, et comment !» se remémore Hacène. «C'était la nuit, les deux fois mais pour te dire quand est-ce exactement, là tu m'excuseras», poursuit le jeune homme, les yeux bridés synonymes d'un effort mnémonique. Mais de l'avis général, ce qui a profondément changé dans la perception des réalités reste cette terreur indescriptible qui ne lâche plus les Oranais. Peu habitués aux humeurs de la croûte terrestre, Oran était épargnée par les mouvements de la terre si ce n'était les ondes de choc des trois dévastateurs séismes qu'a connus l'Ouest du pays. El-Asnam, Hacine, à Mascara, et Aïn Témouchent ont définitivement consacré la région comme à haut risque sismique mais Oran passait toujours à travers. Toujours ou presque avec quelques secousses telluriques, histoire de se rappeler au souvenir des Oranais et leur rappeler que le passé de la ville a été endeuillé par un tremblement de terre ravageur. Cette peur panique se traduit par l'apparition de nouvelles phobies liées au souvenir des deux nuits et nombre de gens ont développé, au passage, des réflexes à leur corps défendant à chaque secousse provoquée. Malika, la quarantaine entamée, avoue sursauter à chaque passage de camion ou claquement de porte. «Je ne m'explique pas ce qui m'arrive mais depuis le dernier séisme, je vis un véritable cauchemar. Si en janvier, j'avais relativement assuré, vis-à-vis de mes enfants, je ne te cache pas que j'ai paniqué lors du deuxième tremblement de terre, en fuyant l'appartement et laissant les enfants à la charge de leur père», ajoute-t-elle toute honte bue. Rachid, surveillant dans un établissement scolaire, fait, lui aussi, partie de cette catégorie de «contaminés». Sa réaction, il l'a qualifie de primitive mais ne s'en excuse pas pour autant. Il admet, un peu gêné, avoir piétiné des femmes et des enfants rencontrés dans la cage d'escalier lors de sa fuite effrénée. «J'étais paniqué. C'était indescriptible cette terreur d'être enterré vivant sous son propre toit. Il n'est pas rare que je me réveille et je me surprends à épier les bruits de la nuit, en redoutant le pire». Comme Malika et Rachid, ils sont légion à voir leurs nerfs mis à rude épreuve. «Beaucoup de gens se sont présentés aux urgences dans un état de choc et il était difficile de les rassurer», affirme un infirmier de service lors de la nuit du 6 juin. Depuis, il n'est pas rare de voir des «victimes» du séisme suivre un traitement médical. «Oui, il y a des gens qui viennent pour acheter des anxiolytiques», confirmera Toufik, vendeur dans une pharmacie à la périphérie d'Oran. Les plus touchés évoquent, sur le bout des lèvres, un mensonge qui veut qu'on minimise de la magnitude du dernier tremblement de terre. Même si leur incrédulité se heurte aux informations des centres spécialisés, le CRAAG en tête, ils n'en démordent pas et accusent des «on» de leur cacher la vérité. «On nous ment pour éviter de créer la panique. Le séisme a été tellement violent qu'il a été ressenti en Espagne», argumente Nadir, un étudiant qui aime voir des «complots» partout.

D'autres se sont redécouverts la foi et se sont rappelés à leur Créateur. «Les mosquées ont été littéralement prises d'assaut par les gens pour salat el icha, quelques minutes après la secousse du 6 juin», ironise Salah. Outre les nerfs, dommages collatéraux des deux dernières secousses, l'immobilier semble avoir été directement touché. L'impact médiatique des deux événements a eu un effet dévastateur sur les cours de l'immobilier puisque, selon certains courtiers, bien au fait de la bourse du «toit», les cours ont été légèrement revus à la baisse par rapport à l'année dernière et les vacanciers marquent plus de temps d'hésitation avant de s'engager pour une location. «Ce n'est qu'un début, vous allez voir, et au prochain séisme de cette ampleur, les cours vont s'écrouler», explique Mohamed, gérant d'une agence immobilière. Il va plus loin en murmurant que des personnes bien installées songent sérieusement à vendre leurs biens avant la survenue d'autres événements. Les sorties médiatiques des experts en sismologie, qui demandent la reclassification d'Oran dans la nomenclature des risques sismiques, ne sont pas pour rassurer les plus optimistes. Quoiqu'il en soit, la peur d'un nouveau tremblement de terre semble bien ancrée dans les esprits et chaque jour, on s'attend à ce que la terre bouge et fasse s'écrouler les dernières certitudes.


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