Feindre la
faiblesse et le découragement pour mieux surprendre son adversaire et le
battre. C'est cette stratégie vieille comme le monde que semble vouloir adopter
Nicolas Sarkozy face à son adversaire socialiste François Hollande. Il y a une
semaine, tous les médias français ont ainsi rendu compte du coup de blues du
président sortant. Conversant avec des journalistes dans l'avion qui le
ramenait de Guyane, il aurait laissé paraître un certain découragement en
évoquant sa possible défaite. « En cas d'échec, j'arrête la politique. Oui,
c'est une certitude » aurait-il même déclaré lors de l'un des ces points « off
» - où les propos ne sont pas censés être rapportés au public –
qu'affectionnent à la fois le locataire de l'Elysée et la caste bien
particulière des journalistes politiques.
Faut-il prendre
au sérieux ces confidences – qui ont visiblement semé la panique au sein de
l'UMP - et en conclure que le match de la présidentielle est déjà joué ? Bien
évidemment non. Voilà plus de dix ans que Nicolas Sarkozy joue et intrigue avec
des médias plus ou moins consentants et, surtout, bien peu vigilants. Voilà
plus de dix ans qu'il déroule avec minutie ses plans de communication pour
parvenir à ses fins : être un super-ministre sous la présidence de Chirac puis
succéder à ce dernier en devenant le maître incontesté de la droite française.
Et cette fois encore, ce pseudo aveu de faiblesse n'est rien d'autre que de la
com', le but étant, entre autre, d'endormir le candidat Hollande en lui faisant
croire qu'il a déjà gagné la partie.
Impopulaire,
distancé dans les sondages, incapable de regagner en crédibilité après avoir
tant promis aux Françaises et aux Français, « Sarko » a visiblement décidé de
parier sur la versatilité et la mémoire courte des foules. Il sait qu'en
France, on aime bien le second, le challenger, celui qui au départ a peu de
chances de gagner. C'est grâce à cela que Chirac avait réussi à redresser la
barre en 1995 face à Balladur. Et c'est cette prouesse que le mari de Carla
Bruni veut rééditer cette année. Grand amateur de cyclisme, il se souvient que
le champion Bernard Hinault n'a jamais été autant populaire que lorsque,
affaibli ou vieillissant, sa suprématie sur le Tour de France lui a été
âprement disputée par des concurrents comme Laurent Fignon ou, plus encore,
comme Greg Lemond.
En 2007, Nicolas
Sarkozy a réussi le tour de passe-passe de se présenter comme le candidat de la
rupture, faisant oublier qu'il appartenait au gouvernement sortant dont il
avait été ministre de l'intérieur à deux reprises et ministre des finances. Une
approche qu'il aura du mal à rééditer car la gauche l'attaque déjà sur le bilan
de ses cinq années à la tête de l'Etat français. Du coup, il lui faut écrire
une autre histoire, celle du chef donné battu par les sondages mais qui, tel un
héros de manga, rétablit la situation de manière spectaculaire amenant ses
partisans à lui demander pardon pour avoir douté de lui. Sarkozy ne veut rien d'autre
qu'imiter Mohamed-Ali qui, face à Foreman à Kinshasa, est longtemps resté dans
les cordes prenant coup sur coup avant de décrocher une passe de trois qui
envoya son adversaire au tapis.
Dans cette
affaire, le président a besoin de la presse ou, du moins, d'une certaine
presse. On dit souvent que les médias français ne font pas de cadeaux à
Sarkozy. Ce n'est vrai qu'en partie car tel n'est pas le cas avec la majorité
des journalistes politiques, friands de petites phrases et de confidences
exclusives destinées à théâtraliser la campagne électorale. Pour la plupart,
ces confrères ont déjà fauté en présentant le président en proie à des états
d'âmes défaitistes sans même avertir leurs lecteurs que tout cela pourrait
relever d'une approche dûment réfléchie avec des mots choisis avec précision
par on ne sait quel grand expert en communication politique. En politique, le «
off » n'est jamais anodin ni sincère. C'est une instrumentalisation, une
manipulation, qui doit obliger le journaliste à remettre le propos recueilli en
perspective quitte à lui faire perdre sa valeur « scoopique ». Il est vrai
qu'il est plus alléchant d'écrire « voilà ce que Sarkozy a confié sous le sceau
du secret » que « voilà ce que Sarkozy a voulu nous faire écrire ». Mais
passons…
En endossant
l'habit du challenger, du moins tant qu'il ne sera pas officiellement dans la
course (c'est un autre élément de sa stratégie que de rester le plus longtemps
président et non candidat), Sarkozy tente aussi de piéger son adversaire direct
en lui faisant commettre des erreurs. Déjà, lors de son passage à la télévision
le jeudi 26 janvier, ce dernier est parfois apparu trop sûr de lui, voire même
arrogant. De quoi peut-être hérisser certains électeurs ou de faire fuir les
indécis dont le choix électoral relèvera plus de l'affect que d'autres critères
(d'où l'importance fondamentale des médias notamment de la télévision). Mais le
calcul de Sarkozy pourrait ne pas s'arrêter-là. Peut-être pense-t-il que la
perspective de sa défaite va faire naître nombre d'appétits et d'ambitions à
gauche. Hollande étant (presque) déjà président, qui va empêcher telle ou telle
personnalité socialiste de briguer ouvertement le poste de Premier ministre ou
tout autre portefeuille prestigieux comme les Affaires étrangères ou la Justice ? On imagine
aisément la zizanie et la tchaqlala qui pourraient embraser la gauche et
déclencher la machine à perdre. C'est donc à la gauche de rester vigilante et
de prendre garde aux intox en se répétant que la campagne est bien loin d'être
terminée et que Sarkozy est loin d'avoir dit son dernier mot…
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Akram Belkaid: Paris
Source : www.lequotidien-oran.com