Oran - Revue de Presse

Sarkozy et les attentes contradictoires



L'élection de Nicolas Sarko-zy à la présidence de la République suscite en Fran-ce comme à l'étranger espoirs et craintes sur l'avenir de la politique étrangère française. Ces attentes contradictoires concernent une éventuelle rupture avec la diplomatie traditionnelle de la Vème République. Elle reposerait sur une vision de la construction européenne désormais proche de celle des Britanniques, un virage stratégique pro-américain, la fin d'une politique active dans et avec le monde arabe au profit de la réaffirmation prioritaire de l'alliance avec Israël. Certains présentent ces options comme une approche modernisée des affaires internationales, d'autres estiment qu'il ne s'agit en fait que d'un retour aux fondements suivis sous la IVème République.  Il constituerait de toutes les façons un changement clair et net de notre politique étrangère. Nicolas Sarkozy la mettra-t-il en oeuvre ? Les véritables ruptures sont extrêmement rares dans les politiques extérieures des Etats, souvent comparées à de lourds tankers dont on ne peut modifier le cours brusquement. L'histoire, la géographie, les traditions et surtout les intérêts sont des marqueurs puissants que l'on ne peut balayer d'un revers de la main. Au-delà des postures de campagne, la part de continuité est généralement plus forte que celle des changements. Se rappelle-t-on que Jacques Chirac, présenté aujourd'hui comme le champion de l'opposition aux Etats-Unis et de la promotion du multilatéralisme, avait commencé son premier mandat avec la reprise des essais nucléaires français et la tentative de réintégrer la France dans l'OTAN ? Que Mitterrand, qui a déclaré à l'Elysée « la dissuasion c'est moi », s'était opposé à la création de la force de l'Europe par De Gaulle ?  Au cours des derniers mois, on a vu deux attitudes successives de Nicolas Sarkozy. Avant d'être désigné candidat et afin de marquer sa différence avec Jacques Chirac, il insistait sur la mise en place d'une nouvelle politique étrangère. Il acceptait avec satisfaction le surnom de « Sarko l'américain », déclarait aux ambassadeurs arabes stupéfaits que sa priorité était la relation avec Israël. A partir du moment où il a été investi, il a repris une tonalité plus gaullienne. Il a réaffirmé la justesse à ses yeux des grandes prises de position de la France sur la scène internationale, notamment l'opposition à la guerre d'Irak. Devenu Président, il prend obligatoirement une nouvelle stature, moins partisane.  Une de ses premières urgences sera de reprendre le cours de la construction européenne, stoppé par le «non» français au référendum en mai 2005. Il choisira la voie prudente de la ratification parlementaire. Mais dans sa déclaration suivant l'annonce de sa victoire, il a affirmé prendre en compte la voix des peuples qui veulent être protégés. C'est un signe en direction de ceux qui ont voté «non».  Il a salué l'amitié historique avec les Américains, mais a tenu à rappeler que cela s'accompagnait du droit à penser différemment. Il a notamment insisté sur le « devoir » qu'ont les Etats-Unis de ne pas faire obstacle à la lutte contre le réchauffement climatique dont la France fera « son premier combat ». Si Nicolas Sarkozy voulait se rapprocher des Etats-Unis, les marges de manoeuvre sont étroites, surtout avec l'Administration Bush. Et très souvent, les volontés initiales des présidents français de se rapprocher des Etats-Unis (De Gaulle inclus, qui avait proposé en 1959 de créer un triumvirat américano-britannico-français au sein de l'OTAN) se sont heurtées à des fins de non-recevoir de Washington. Bref, le plus probable est que la France continue de jouer le rôle d'allié des Etats-Unis sans s'aligner sur eux et fasse entendre sa différence lorsqu'elle le juge nécessaire.  Enfin, en disant que c'est en Méditerranée que tout va se jouer, Nicolas Sarkozy admet que les relations entre monde occidental et monde musulman sont une question clé. Il est certain que son inclination personnelle est plus pro-israélienne. Il ne s'est jamais rendu dans les territoires occupés, alors qu'il a fait de nombreux déplacements dans l'Etat hébreu. D'ailleurs, 84% des Français établis en Israël, qui d'habitude penchent plutôt à gauche, ont voté pour lui au premier tour de l'élection présidentielle, fait sans précédent. Mais le rêve de paix pour la Méditerranée invoqué par Nicolas Sarkozy ne pourra se faire sans un règlement du conflit israélo-palestinien. Et la France ne pourra maintenir son influence dans la région et de bonnes relations avec les pays arabes si elle déserte le dossier israélo-palestinien. Aux Africains, il cherche à faire passer son message impopulaire sur l'immigration restreinte par des promesses d'aide au développement.  Les cinq premiers présidents de la Vème République, aux tempéraments différents, ont forgé un héritage diplomatique commun. Si aucun successeur du Général de Gaulle n'a rompu avec lui, c'est tout simplement parce qu'ils estimaient tous qu'il en allait de l'intérêt national du pays, dont le président est comptable. Le plus probable est que le 6ème ne fasse pas exception à la règle.
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