Lorsqu'on sort du socialisme, cela ne veut pas dire quel'on entre nécessairement dans l'économie de marché. On peut se retrouver, pourcertaines nations, dans une sorte de terrain vague, avec un panier angoissantet une bousculade libérale immense qui vous pousse à vous poser la bonnequestion: peut-on vraiment arrêter d'être un peuple assisté lorsqu'on a été silongtemps soutenu ? La RADP se pose aujourd'hui la même question, des décenniesaprès la chute du mur de Berlin. Car le socialisme est peut-être vraimentirréversible dans certains cas. Peut-être qu'un peuple qui se nourrit avec desaliments aux prix soutenus est vraiment capable de crever de faim si on ne lesoutient pas.Au début de l'année 2008, nous sommes donc tous à la findes années 80. Et, du sommet à la base, tout le monde a compris que si l'Etatne soutient pas les prix, c'est l'émeute, donc la révolte, c'est-à-dire lafameuse instabilité sociale et le retour aux maquis ou aux pneus brûlés. D'oùl'unique solution possible: soutenir le prix du lait, du pain, des lentilles,de l'huile, de la pomme de terre, etc. La chaîne alimentaire étant une chaîne,l'Etat va devoir à la longue, pour être légitime, soutenir tous les prix, lepeuple dans son ensemble, l'emploi fictif et les fausses statistiques pour nepas s'effondrer. De dominos en dominos, cela va nous mener automatiquement àrevenir à la solution du «pays clefs en main», la collectivisation, le mandatindéfini et le parti unique.Qu'offre à voir aujourd'hui la RADP ? Le même tableau d'ily a trente ans: un parti unique (la coalition), des nationalisationsclandestines (les offices alimentaires et les retours des monopolesclandestins), la distribution gratuite des repas et des cartables, TUP-Immo (letravail d'occupation), une seule ENTV sous la forme de trois clones, pasd'oppositions, des débats sur la disponibilité du lait (débat national) et desélections inutiles. Le socialisme est-il autre chose ? Non. Avec un Etat rentier,sous la forme d'une grande surface de distribution alimentaire et un peupleconservateur qui se reproduit mieux qu'il ne produit, on ne peut pas en sortirni entrer réellement dans l'économie de marché. Boumediène n'était pas undictateur mais un mode alimentaire. Il suffit que les prix flambent, que lesChinois se mettent à manger plus, que le pétrole remplace le travail et que lepeuple se mette à montrer les dents pour que la RADP comprenne l'essentiel: endehors du socialisme, il n'y a point de salut. D'où la solution: d'un côtésoutenir Bouteflika, de l'autre soutenir les prix.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Kamel Daoud
Source : www.lequotidien-oran.com