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Rêver d'Aristote



Rêver d'Aristote
Il n'est pas commun de rêver d'Aristote, a fortiori à notre époque où l'on peut raisonnablement douter que mêmes les Grecs ne le font pas. Cela serait arrivé pourtant au sultan Al Ma'moun (786-833), fils du célèbre Haroun El Rachid. Voilà comment l'auteur du Kitab Al Fihrist (le Catalogue), Ibn Al Nadim, en fait le récit dans un savoureux ping-pong de questions-réponses : «Qui es-tu ' Il dit : 'Je suis Aristote'. Je fus enchanté de me retrouver avec lui et je lui demandai : 'Ô philosophe, puis-je te questionner '' 'Questionne !' 'Qu'est-ce que le bien '' 'Ce qui est bien selon l'esprit. Et ensuite ' Ce qui est bien selon la loi'. 'Et ensuite '' 'Il n'y pas d'ensuite'.» A son réveil, le calife aurait décidé de rassembler et faire traduire tous les manuscrits accessibles du monde d'alors. Pure légende. Il est sûr en tout cas qu'il avait transformé Dar El Hikma, la Maison de la Sagesse, créée par son père, en une formidable Académie polyvalente où il employait, en plus des savants et hommes de lettres, 70 traducteurs à temps plein. Ces derniers étaient rémunérés en or et recevaient, comme cela a été calculé, l'équivalent actuel de 18 000 euros par mois ! De quoi remonter le moral de ceux qui exercent aujourd'hui cette profession?El Ma'moun est devenu un modèle universel du prince éclairé, allant jusqu'à conditionner un traité de paix avec Byzance par la remise d'une copie de L'Almageste où le grand Ptolémée avait réuni les connaissances scientifiques de l'Antiquité. Lui-même érudit et passionné d'astronomie, il a créé à Baghdad le premier observatoire permanent au monde où il fit lui-même des recherches sur les degrés de la latitude terrestre. En 1935, pour lui rendre hommage, l'Union astronomique internationale donna son nom (en l'écorchant cependant) à un groupe de cratères de la Lune : Almanon. Il y a plus de chances aujourd'hui de découvrir de nouveaux cratères sur la Lune que de trouver des dirigeants d'un tel niveau sur toutes les latitudes. Et ce n'est pas Trump apparemment qui viendra rehausser le palmarès.C'est pourquoi, même si nous ignorons comment l'on vit concrètement à Sharjah, membre des Emirats arabes unis, nous ne pouvions passer sous silence le rôle exceptionnel de mécène de son émir, Cheïkh Sultan Bin Mohammed Al Qasimi, qui a pris en charge le Festival du théâtre arabe (dernière édition à Oran, ci-contre) et qui, lui même, est un passionné de cet art qu'il a pratiqué dans sa jeunesse. Son message lors de la Journée internationale du théâtre, en 2007 à l'Unesco (lire page 14), mérite d'être connu, de même que son engagement remarqué pour le développement culturel de son émirat. Sinon, sans diaboliser tous les dirigeants de la planète, il est certain que les espoirs des scientifiques, des créateurs et de leurs peuples butent le plus souvent contre le mur de ceux qui ne risquent jamais de rêver d'Aristote.
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