
La fréquentation du théâtre reste, de l'avis de tous, en deçà des attentes. Il faut encore du temps pour faire reprendre aux Algériens le chemin du TNA ou d'El Mouggar où se déroulent la plupart des représentations. En ces journées printanières du mois d'avril, les pièces théâtrales pour enfants connaissent un engouement très particulier. A la salle El Mouggar, chaque vendredi matin, de joyeux chérubins se massent à l'entrée pour voir une pièce de théâtre, un film ou une animation. Certains ne rateraient pour rien au monde le rendez-vous et insistent auprès de leurs parents pour venir. La génération montante semble attirée par les spectacles. Ces manifestations sont régulières et certains enfants sont devenus des habitués. Les représentations fixées pour la matinée dans cette salle d'Alger-Centre sont reconduites à 14h dans les communes limitrophes, notamment Zéralda et d'autres dans la wilaya de Tipasa. « C'est plutôt un bon signe », nous confient des responsables rencontrés sur place. Les organisateurs du CCI estiment que les enfants doivent avoir leur part des activités culturelles. Pour eux, ces journées permettent d'attirer de nouveaux spectateurs et de développer l'amour du théâtre. « Une manière de former le spectateur de demain », selon un agent.Une dynamique en marcheLes parents présents ne cachent pas leur satisfaction. Leurs enfants trouvent enfin un lieu où ils peuvent se divertir et se cultiver. Comme l'appétit qui vient en mangeant, ils veulent plus encore. Ils souhaiteraient que les responsables puissent multiplier les programmes spécifiques destinés aux jeunes pour les familiariser avec des activités saines. « Aujourd'hui, le théâtre doit redevenir un lieu d'accueil et de joie », estiment beaucoup de mères. Selon Fatiha, l'une d'entre elles, « à la maison, ses petits ne parlent que de clowns, d'épouvantails et de personnages fantastiques. « Cela me rassure d'être là. Mon petit dernier a décroché et n'est plus porté sur ses héros de séries ou de dessins animés. Je suis rassurée car les personnages sont agressifs », reconnaît la bonne femme. Le théâtre pour enfants connaît, actuellement, un engouement considérable comparativement aux années précédentes. Il y a de plus en plus de pièces qui sont montées par les différents théâtres. Le genre n'est nullement négligé tant à El Eulma, à Oran qu'à Tizi Ouzou où des pièces pour enfants ont été produites ces derniers mois. Une dynamique est en marche.Les raisons d'une désaffectionLes adultes semblent moins enclins à se départir de leurs habitudes de pantouflards. Les dernières productions théâtrales n'ont pas attiré un nombreux public. La pièce « OverDose » dont la générale a eu lieu dernièrement au Théâtre national algérien (TNA) Mahieddine-Bachtarzi n'a pas attiré beaucoup de monde. Les comédiens se donné la réplique devant... quatre personnes. La pièce, dans un registre léger et comique, relatait l'histoire de l'Algérie. Selon un responsable rencontré sur place, « les jeunes adultes ne s'intéressent plus au théâtre, ils sont plus portés sur le virtuel ». Néanmoins, il attribue cette désaffection prononcée au manque de nouvelles créations et à l'absence de recherche dans l'adaptation d'?uvres étrangères. « Il est urgent de trouver une solution pour attirer le public et revaloriser le théâtre », a-t-il souligné. Pour Hakim, un mordu de théâtre, « ce n'est pas le manque de nouvelles productions qui pose problème ». Pour lui, l'emplacement du TNA à proximité d'un quartier « mal famé » n'est pas de nature à rassurer les spectateurs, notamment en soirée. « Le square Port Saïd est un véritable coupe-gorge », dira-t-il craintif. « Vous vous imaginez aller voir une pièce théâtrale programmée le soir en famille ' » s'interroge-t-il. Pour Hanane, qui se dit passionnée de théâtre, même s'il n'y a pas beaucoup de monde dans les salles, elle ne se formalise pas. Cet art a un charme particulier. Entrer dans une salle de théâtre, sentir cette odeur particulière, voir les comédiens dans leurs costumes se produire dans un beau décor, c'est cela le théâtre de mon enfance », dira-t-elle l'air rêveur. Elle est tout le contraire de Adel, un étudiant. Le théâtre n'est pas du tout sa tasse de thé. « Ce n'est pas ma passion, je préfère les films et le cinéma », dira-t-il comme s'il s'agissait d'une évidence. Le théâtre, pour lui, « c'est comme l'opéra, un art d'une autre époque ». Le théâtre semble ennuyeux pour les gens d'aujourd'hui ' Comment en serait-il autrement quand à l'école on n'apprend plus aux élèves les textes du répertoire classique ou arabe. Tewfik El Hakim, Corneille ou Racine ne sont pas au programme. « Nous sommes dans une société de consommation » constate, un brin philosophe, un septuagénaire . Il ne désespère pas pourtant de voir petit à petit les gens revenir vers cette vénérable bâtisse du square qui a connu ses heures de gloire. Au moins elle n'est pas fermée et les associations occupent davantage l'espace. La situation se décantera et le public viendra voir les pièces qui sauront lui parler de son vécu.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Rym Harhoura
Source : www.horizons-dz.com