L'idée de départ était bien le combat contre le régime Taliban. Celui-ci avait cinq ans durant, renvoyé les Afghans vers des âges obscurs au nom de l'instauration du « plus pur Etat islamique du monde ». Au-delà des Afghans, soumis au diktat des fondamentalistes, il y avait cette politique étrangère foncièrement agressive du régime de Kaboul, lié selon les analyses et les rapports de l'époque, aux attentats du 11 septembre 2001.
Le régime des Mollah avait - et a toujours - une compréhension limitative de l'islam et appliquait des règles totalement en contradiction avec les principes fondamentaux qui se pratiquent dans les sociétés modernes. Cette situation, couplée à un sous développement structurel, une pauvreté et une désorganisation de l'Etat avait engendré une situation chaotique.
La destruction des Bouddhas de Bamian en mars 2001, des statues classées au patrimoine universel de l'humanité, avait attiré l'attention de la communauté internationale alors que la situation des Afghans était rarement évoquée en Occident. D'autant que Shah Massoud, le chef de l'Alliance du nord, n'arrivait plus à convaincre les occidentaux pour l'aider à combattre les Taliban qui contrôlaient quasiment tout le pays à l'exception d'une poche dans le nord est. Toutefois, le régime Taliban était depuis 1999 objet de sanctions de la part des Nations unies.
L'offensive décidée par les Etats Unis et ses alliés de l'Otan, certes sous mandat onusien, devait justement réduire les Taliban qui couvraient la fuite et assuraient les planques de Ben Laden et représentaient une menace terroriste pour l'ensemble du monde.
DES CARTES POUR LA TALIBAN
Il reste que la fin de la présence des forces étrangères en Afghanistan est en train d'abord d'annoncer clairement et simplement l'échec de l'opération menée dans le pays par les Occidentaux. En onze ans, il n'a pas été possible d'assurer une transition démocratique ni doter le pays d'institutions crédibles. Aujourd'hui plus que jamais, les accusations de concussion et de corruption touchent le gouvernement Karzaï, celui là même qui représentait un espoir d'apaisement de la situation. L'épisode de plusieurs exemplaires de Coran brûlés dans une base américaine pour soupçon de transferts de messages, a donné lieu à une véritable reprise en main de la population par la propagande des Taliban. Ils ont demandé aux Afghans de « capturer, battre et tuer les soldats étrangers en Afghanistan » et ils ont été vite entendus. Quelques jours plus tard, un militaire afghan a retourné son arme contre des soldats américains de l'Otan, tuant deux d'entre eux.
Il reste que ces incidents interviennent au moment où la question du départ des forces étrangères, notamment américaines, est d'actualité. Un départ justement conjugué à des négociations avec les Taliban. Une situation qui tend à dire que finalement les Taliban développent un discours hostile aux Etats Unis pour la galerie. Mais au-delà de tout, cela confirme que les Taliban, certes combattus, n'ont jamais quitté la scène. Fin janvier, des émissaires Taliban ont rencontré des responsables américains au Qatar. Pour des « discussions préalables à des négociations de paix ». Un dialogue apparu aux yeux des analystes sans précédent même si la possibilité en était évoquée depuis 2011. En fait, la pire situation pour les Etats Unis au moment de leur départ, ne serait pas le retour en sympathie des Taliban, mais plutôt un retrait sur un échec total, comme cela s'est passé au Vietnam. L'administration Obama assumant en fait les choix très discutables des Républicains sous Bush, au nom de la continuité de la politique étrangère américaine. Il reste que ces discussions ont été stoppées net par les Taliban après l'épisode de la tuerie de seize civils dans leur sommeil par un sergent américain le 11 mars. Si on suppose que l'incident a donné lieu à cet arrêt des discussions, des spécialistes de l'Afghanistan indiquent plutôt une meilleure connaissance des stratégies politiques de la part des Taliban qui profitent d'un moment pour encore mieux mettre la pression sur un adversaire dans les cordes.
SYMPATHY FOR THE EVIL
Ce retour en force des Taliban n'est pas une vue de l'esprit. Un récent rapport réalisé par l'Otan, révélé par la BBC et The Times, indique que les Taliban sont convaincus de leur retour en force une fois les occupants étrangers partis, mais plus que cela, selon ce même document « énormément d'Afghans (...), parmi eux des membres du gouvernement (...), s'apprêtent à un retour éventuel des taliban ».
La messe est dite ' Très certainement que le départ des forces américaines et celle de l'Otan, dictée d'ailleurs beaucoup par des considérations internes que ce soit au Etats-Unis, en Grande-Bretagne, au Canada et en France, ouvre le pays sur l'inconnu. Le risque étant de voir le régime Taliban exclure toute autre forme d'expression politique ou idéologique dans le pays, mais plus que cela, le risque est de voir le régime continuer à organiser et aider au financement de groupes terroristes dans le monde. C'est ce que les Occidentaux veulent éviter à tout prix, quitte à négocier avec les Taliban. Comme pour mieux faire admettre l'éventualité, aujourd'hui, de plus en plus de rapports et de descriptions de la situation de l'Afghanistan, suggèrent que le régime taliban et son application rigoriste de la charia est vécu par les Afghans comme le véritable accomplissement de la justice sociale tel qu'édictée par l'Islam. Il est vrai que les onze ans de présence des forces de l'Otan n'ont pas permis de pallier les dizaines d'années de lacune en matière d'enseignement et de développement.
La population Afghane, majoritairement paysanne et surtout illettrée, peut être séduite par les promesses Talibane. Il reste que tout ce que, l'on sait sur un régime qui favorise l'ignorance et l'obscurantisme, est toujours vrai. Un retour à la case départ n'augure rien de bon pour les Afghans qui devront en plus panser seuls les blessures de plus dix ans d'occupation militaire étrangère, revivre les affres de la lapidation, de la prière forcée et l'exclusion de toute idée de citoyenneté moderne.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A E
Source : www.horizons-dz.com