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Repenser la politique culturelle, le grand chantier pour 2015 '



Repenser la politique culturelle, le grand chantier pour 2015 '
Le ministère de la Culture envisage d'ouvrir incessamment une profonde réflexion sur les festivals locaux, régionaux, nationaux et internationaux financés par l'Etat. Une bonne nouvelle en ce début d'exercice. Le département de Nadia Labidi «patronne» annuellement des centaines de festivals. Ils sont institutionnalisés et budgétisés, mais leur apport réel à la dynamique culturelle dans son ensemble, reste, de l'avis général, insignifiant. Il s'agira, donc, d'évaluer leur impact sur le public, leur apport au mouvement culturel et leur contribution au développement du secteur.Au cours d'une interview, accordée à nos confrères de l'APS, la ministre avait promis de dresser un bilan détaillé de toutes ces manifestations pour voir ce qui a bien fonctionné, ce que l'on peut améliorer et ce qui n'a pas marché du tout. C'est à partir de là, soutient-elle, que l'on pourrait juger de leur utilité et de leur portée à l'avenir. Ses propos ont été diversement appréciés par les acteurs concernés et l'opinion publique. Certains y voient un signe de la rigueur budgétaire, annoncée par le gouvernement suite à la chute des cours du pétrole.L'argument est, certes, recevable mais pas suffisant. D'autres estiment que la démarche répond plutôt à un vrai besoin de rationalisation des dépenses et à l'impératif de l'efficacité longtemps ignoré avec, à la clé, l'amélioration des performances de chaque manifestation.À bien y regarder, les milliards engloutis par ces festivals, au cours des cinq dernières années, n'ont pas porté leurs fruits. L'austérité budgétaire serait, alors, une bonne chose pour stopper la dilapidation des derniers publics. Au lieu d'insister sur le développement des activités culturelles à la base, à travers la multiplication des acteurs et des productions, l'encouragement et l'encadrement des amateurs, la promotion et la valorisation du produit culturel, on a opté pour du tape-à-l'?il et de grandioses cérémonies médiatiques. L'argent dégagé a ainsi atterri dans les comptes des prestataires de services, les cachets de stars étrangères et les poches des parasites et des opportunistes maîtrisant l'art de captage de la rente publique. Les exemples ne manquent pas pour illustrer cette mystification. À Béjaïa, la ville qui accueille annuellement le Festival international de théâtre professionnel, le quatrième art régresse au lieu de se développer. Début des années 2000, bien avant l'institutionnalisation du festival, la ville comptait plusieurs troupes d'amateurs dont on citera, entre autres, TBK (Théâtre berbère de Kabylie), LAD (Ligue des arts dramatiques), Cccp (une troupe universitaire) et la FAC (Fédération des activités culturelles). Aujourd'hui, toutes ces troupes ont paradoxalement disparues faute d'intérêt et d'encouragement. Mise à part, la troupe du TRB (Théâtre régional de Béjaïa), l'activité théâtrale est réduite à néant au lieu de s'étendre aux autres villes de la wilaya, voire bien au-delà. Le Festival de la chanson kabyle, domicilié dans la même ville, n'a pas contribué à l'essor de la musique locale. De nombreux groupes qui faisaient la joie et la fierté de la région ont pareillement disparus dans l'anonymat total.Inutile de citer d'autres exemples, qui sont légion. Les fêtards ont pris leur place autour du gâteau. Cette réalité est aussi amèrement vécue ailleurs. À Oran, les festivals du film arabe et de la chanson raï ont été transformés en «mangeoires». Idem pour Constantine, Alger, Tamanrasset, Tlemcen... il est grand temps de porter un regard critique sur tout cela. C'est l'une des principales attentes des créateurs et des artistes pour l'année 2015.En principe, pour parler d'un festival de théâtre, on doit produire au moins une centaine de spectacles nouveaux. De vrais spectacles qui iront, ensuite, en tournée à travers tout le pays. Pour la chanson, les bonnes nouveautés doivent aussi prévaloir sur le répertoire ancien et les tubes d'antan. Autrement, ce serait de l'arnaque. En clair, la politique culturelle n'est pas une question de moyens financiers, mais de vision. L'efficacité d'une politique culturelle se mesure à la capacité de l'Etat et des collectivités à accompagner de près les projets novateurs dans le but ultime de la socialisation réelle de la culture. Pour cela, on doit associer les artistes, les critiques, les passionnés et le public pour définir en commun les grands axes de cette politique avec une exigence de résultats et de performances. Tout ce monde doit se mettre autour de la table, se regarder en face et se dire les vérités, toutes les vérités.K. A.


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