
Début septembre dernier, le ministre Mebarki avait déclaré sans ciller : «Nous avons tout fait pour qu'il n'y ait pas de retard cette année. Tous les cours commenceront dans les établissements au même moment. Le temps gagné sera consacré à la formation.»Deux promesses dans le vent, et puis s'en vont. Ni le respect du calendrier, encore moins la qualité de l'enseignement ne sont au rendez-vous, au grand dam des universitaires voués au strict mutisme. Et c'est ainsi que les ministres de Bouteflika, grands orateurs des joutes électorales, s'illustrent depuis par l'impunité accordée à la faveur des trois derniers mandats par leurs fausses promesses, mais aussi et surtout par la capacité de nuisance de leurs cabinets respectifs. «La gestion par la sanction est désormais consacrée comme mode de gouvernance», nous apprend un vice-recteur sous le sceau de l'anonymat. Ainsi, concernant les retards qui perturbent l'entame de chaque année universitaire, les responsables des établissements se refusent à toute déclaration publique sur le sujet sans avoir l'aval de «l'autorité de tutelle».D'autres ont le culot de se faire passer pour les victimes, en rejetant l'impair sur les étudiants. Cette année encore, la quasi-totalité des universités ont accusé un retard considérable (lire nos précédentes éditions) sans que cela n'émeuve, car une autre question lancinante avait pris le pas en ce début d'année : la qualité de la formation que le ministère galvaude justement sans convictions ni arguments plausibles. «De quel retard parle-t-on ' Celui qu'on accuse sur le calendrier, ou bien celui qui nous laisse à la marge de la civilisation '» ironise un professeur de mathématiques indigné. «En fait, quand une université en arrive à rater le jour de la rentrée, il y a lieu de constater un grave état de déliquescence ; il faut avouer que l'Université algérienne a bel et bien sombré dans les tréfonds !» s'indigne-t-il.Côté tutelle, sans surprise, un discours triomphaliste béat est servi à chaque début d'année, négligeant pompeusement les droits des étudiants et ignorant les complaintes de ceux dont le cursus se trouve sérieusement troublé. Les alibis du ministère, distillés dans une pure langue de bois pour justifier les ajournements généralisés pèchent davantage par des justifications encore plus coupables ; et l'on ose justifier des retards par d'autres retards de «construction et d'aménagement», car à force d'essaimer de nouveaux établissements dans les contrées les moins indiquées, les appels d'offres de projets de construction infructueux se suivent, pour que, dans l'opacité la plus douteuse, s'érigent des chantiers interminables au mépris des délais impartis, et cela depuis les valses trompeuses de Harraoubia aux quatre coins du pays et qui disait «mettre la pression sur les entrepreneurs en charge des infrastructures universitaires», il ne fallait pas non plus compter sur les menaces des anciens ministres de l'Habitat et de l'Urbanisme, et encore moins sur les faux courroux du président Bouteflika sur les chantiers, quand il avait encore les moyens de sautiller de colère devant les caméras.On en est là dix ans après à se lamenter, et d'aucuns dans les milieux avertis demandent si c'est l'indescriptible cacophonie qui perturbe le fonctionnement des établissement dès la rentrée, et qui trouve son origine dans la pitoyable gestion de cette métastase d'établissements indignes de se hisser au rang d'universités qui est la plus scandaleuse, ou bien ce sont ces surcoûts à coups de milliards que le gouvernement accorde de façon irresponsable au lieu sanctionner ' «Il s'agit en fait de solidarité interministérielle qui, à coups de rallonges budgétaires, dissimule mal l'incompétence de cette nomenclature de responsables qui gèrent le secteur», commente un administrateur de l'université de Khemis El Khechna.Effectivement, les dépassements dans la gestion des deniers publics n'arrivent plus à contenir les lamentables revers du plan quinquennal 2009-2014 ; ainsi, les observateurs les plus pertinents de l'action gouvernementale en désignant le préjudice sur la qualité de l'enseignement induit par ces dysfonctionnements n'omettent pas d'accuser les initiateurs de cette politique de déploiement contre-productif d'être à l'origine d'une grande saignée des ressources financières.«En guise d'exemple flagrant, le chiffre impressionnant de 20000 étudiants à Khemis El Khechna qui attendent encore les 8000 nouvelles places inscrites en 2009. A ce jour, les travaux n'ont pas encore été entamés ; en attendant, on aménage des lycées et de vieilles structures désaffectées à coups de milliards supplémentaires pour abriter les étudiants. Ils ont tout dilapidé dans l'opacité méprisante de l'ancien quinquennat et comptent grignoter encore dans les caisses du quatrième mandat», s'indigne l'administrateur.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mohamed Staifi
Source : www.elwatan.com