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Rencontre avec les walis



Rencontre avec les walis
«On est dans une situation difficile, on a bouclé l'année financière difficilement, on s'est éloigné de ce qui pourrait nous aider à avoir une économie moderne, il est matériellement impossible d'ajouter un centime au budget de fonctionnement.»Le 1er ministre n'a pas lésiné hier ni sur les mots ni sur les exemples pour démontrer que le pays doit être désormais géré autrement. S'il s'est contenté à son ouverture de la réunion gouvernement-walis qui se tient au Palais des nations (Club des pins) de rappeler des évidences classiques en matière de gouvernance, de moyens et de difficultés financières de l'Algérie après la baisse drastique de ses revenus suite à la chute du prix du pétrole, Abdelmalek Sellal a, peut-être sans le vouloir, remis en cause toutes les politiques, les démarches et les approches du gouvernement en matière de gestion économique du pays. «Les PAPC ne doivent plus désormais s'occuper de l'état civil, votre rôle c'est le développement local, 47 APC ne font pas rentrer un centime à la fiscalité locale, ce n'est pas normal», a-t-il déploré. Tout en notant qu'en 2017, l'assemblée débattra du projet de loi relative à la fiscalité locale, il exhortera les autorités et élus locaux à jouer leur rôle d'acteur économique en faveur du développement local. «Ramenez des investisseurs dans la PEM, le tourisme et l'agriculture, il faut libérer les initiatives, le développement local est l'affaire de tous», recommande-t-il.Il estime que «nous avons dépassé beaucoup d'obstacles après l'adoption du nouveau code de l'investissement mais il faut éloigner la bureaucratie, réorganiser les régions et moderniser la gestion du service public». Il regrettera «qu'on en soit encore à chercher comment régler le problème des ordures ménagères, il faut que les autorités et élus locaux sachent régler les problèmes sociaux, promouvoir l'animation culturelle et créer les loisirs pas par les structures de l'Etat mais en sollicitant des organismes spécialisés, réanimer les quartiers, ce qui permettra de créer de l'emploi».Le 1er ministère indique ce qu'il croit être la base du changement dans la gestion en soutenant «au lieu de l'austérité, on a choisi le développement que nous allons chercher dans les entreprises nationales». Il avouera avant que «l'Algérie vit une situation financière difficile et 2017 va être -et je le répète- une année encore plus difficile». Il tente néanmoins de rassurer en affirmant que «nous avons une croissance de 3,9% et visons le même objectif pour 2017, les crédits à l'économie sont en hausse de 10%, les taux d'inflation et du chômage sont restés relativement stables mais il faut beaucoup d'autres efforts pour surmonter nos difficultés jusqu'en 2019».Il appellera avec insistance à la construction d'un smig entre l'ensemble des acteurs pour avoir un consensus autour des grandes problématiques.«La règle 51/49, ce n'est pas le Coran»C'est pourquoi dit-il que «la réunion entre le gouvernement et les walis s'est ouverte aux partenaires sociaux, syndicat (UGTA) et organisations patronales, élus nationaux et locaux, responsables de la société civile, et même des étudiants de l'Ecole nationale d'administration».Sellal mettra encore et toujours en avant «les importantes difficultés financières du pays» mais se targuera «d'avoir préservé la stabilité du pays, ce qui est le plus grand acquis pour le développement parce que sans sécurité, on ne peut rien faire». Son exemple phare «d'une Algérie qui exporte des hydrocarbures mais plus la paix et la sécurité», «le Mali a baptisé la plus grande avenue de Bamako du nom du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, le président du Burkina Faso avait lui aussi il y a des années fait de même au nom du président Houari Boumediène(…).» Il aborde cependant ce qui ne va pas. «Les conditions financières ne nous permettent plus d'accorder une retraite à moins de 60 ans, ça se faisait avant sur conditionnalité du FMI, mais aujourd'hui que nous n'avons plus d'argent, il n'est pas possible de laisser faire», affirme-t-il. Il cite la règle 51/49 pour noter que «beaucoup de partenaires ont accepté de coopérer avec nous sur cette base et personne n'a perdu». Il nuance cependant ses propos en soutenant «la règle 51/49, ce n'est pas le Coran, on peut penser à améliorer le partenariat, mais il est nécessaire qu'on maîtrise notre décision économique parce qu'elle est le miroir de la décision politique». La situation financière du pays «tout aussi difficile qu'elle est, on ne peut cependant aller à un endettement lourd parce qu'il est impossible pour nous de risquer l'avenir de nos générations», pense-t-il. Son aveu sur les difficultés qu'a eues le gouvernement pour boucler cette année financière le laissera préciser que «certes on a gelé des projets mais beaucoup d'autres sont en réalisation».En attendant 2019…Quoi qu'il tente de rassurer en affirmant que «nous avons encore des moyens même si nous ne maîtrisons pas le management et la technologie». Il fait savoir ainsi que «nous avons augmenté notre production de pétrole de 5%, on peut ajouter plus de production mais on est en train de développer le secteur». Il exprimera son souhait de voir «le programme de la ministre des TIC d'informatisation des secteurs économiques se réaliser» parce qu'il pense que «l'informatisation pourra changer les mentalités». Sellal recommande à ce qu'«on doit se donner les moyens qu'il faut pour qu'en 2019 on aura une économie diversifiée». En attendant, encore un grief qu'il retient contre ses ministres et les autorités locales, «le foncier, les services des domaines qui exigent des moyens pour régler les problèmes, je n'arrête pas de dire au ministre des Finances de délivrer les actes de propriété, ça ramène de l'argent, de régulariser les situations en suspens».Le 1er ministre affirme aussi que «l'université algérienne ne forme pas pour la gestion de l'économie, plus d'ingénieurs, avec le LMD, on ne donne que des licences ou je ne sais quoi, on s'est éloigné de ce qui pourrait nous aider à avoir une économie moderne, il faut qu'on change notre vision de la formation et de l'enseignement dès l'école primaire(…), les syndicats doivent jouer leur rôle de syndicalistes et non faire de la politique». Le dialogue, un smig d'entente et le consensus sont les maîtres mots de sa politique de développement. Parce qu'il regrette «le manque de transparence dans tout ce qui se fait, chacun doute de l'autre». Il remettra même implicitement en cause la carte universitaire qui a poussé à la construction d'universités dans toutes les régions du pays. «Ce n'est pas possible qu'une personne fasse l'école primaire dans sa ville natale, son lycée, son université alors qu'il peut aller dans une autre (…), il faut que les gens bougent, changent de région(…), ce n'est pas normal qu'il y ait des familles qui refusent d'être relogées dans des quartiers autres que celui où elles sont nées(…).»Il reviendra très souvent sur les difficultés financières du pays pour affirmer qu'«il est matériellement impossible d'ajouter un centime au budget d'équipement en raison des difficultés financières, à moins qu'on touche au budget de fonctionnement, dans ce cas on ne pourra pas terminer nos programmes».«Je discuterais avec le diable»Sellal fera allusion à la nécessité d'un redéploiement des effectifs pléthoriques au niveau de la fonction publique «mais les mentalités n'ont pas évolué». Il est convaincu que «la responsabilité locale est la base pour sauver les situations difficiles, il faut savoir économiser et valoriser le travail». Il avoue que «j'appelle tous les jours le wali d'Alger pour lui signaler des routes défoncées(…), les APC doivent s'occuper des routes, des quartiers, de l'eau, des cimentières, de la promotion des activités culturelles qui doivent être organisées par des spécialistes privés contre paiement par les gens», allusion faite à la gratuité des spectacles qui ne doit plus être de mise. «Le rendement manque beaucoup, chacun doit prendre ses responsabilités, il faut investir dans les ressources humaines», recommande-t-il. «Les promoteurs immobiliers privés doivent bouger, pour réaliser notre programme de logement, on est bloqué mais on n'arrive pas à remettre des projets de logements à des entreprises algériennes, on ne va pas encore aller vers les étrangers, ce n'est pas possible parce qu'on n'a plus d'argent.» Il fait savoir qu' «on a des difficultés à créer des groupements entre nationaux et étrangers». Malgré tous ces aveux «d'impuissance» du gouvernement face à la crise financière et la mauvaise gestion, le 1er ministre refuse d'être pessimiste. «Je crois en nos moyens, je discuterais avec le diable, il le faut, je n'ai aucun problème avec personne.» Il appelle à «auditer» tous les secteurs. «Même l'université a besoin d'audit, chacun doit avoir les normes qu'il faut pour travailler et être rentable surtout que le programme du président est clair.» A l'entendre remettre pratiquement tout en cause, c'est une nouvelle feuille de route qui doit être élaborée pour que le gouvernement fixe son cap.La réunion gouvernement-walis prend fin aujourd'hui par la lecture des recommandations retenues par les trois ateliers qui ont été animés dans l'après-midi d'hier par des experts et des responsables locaux.
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