Oran - Revue de Presse

Rabhi Abdelazziz, directeur du HCDS-Ouest à La Voix de l’Oranie



«Nous ne croyons pas à l’irréversibilité des phénomènes» Avec la mise en œuvre du programme des Hauts Plateaux et l’amendement des anciens statuts du HCDS (Haut commissariat au développement de la steppe), accordant aux collectivités locales et aux populations pastorales directement concernées beaucoup plus de prérogatives que par le passé, la question du développement de la steppe et de la lutte contre la désertification prend, aujourd’hui, une dimension toute nouvelle qui fait naître de grands espoirs. Ce sentiment est partagé surtout par les spécialistes qui désespéraient de voir dépérir lentement le vaste territoire intermédiaire malgré toutes les stratégies mises en œuvre par les décideurs nationaux. A la veille de l’entrée en application des nouveaux statuts de son institution, Rabhi Abdelazziz, directeur du HCDS-Ouest, a bien voulu faire le point de la situation de cet écosystème extrêmement fragilisé par l’action et l’inaction de l’homme. La voix de l’Oranie : Qu’apportera de nouveau l’amendement du statut du HCDS à la stratégie de développement de la steppe et de lutte contre la désertification? - Rabhi Abdelazziz : Le nouveau statut se propose d’élaguer certaines missions en vigueur depuis 1981 (révolution agraire, etc.) et qui sont devenues toutes caduques maintenant. Le changement s’imposait d’autant plus aussi que les données climatiques, techniques et organisationnelles ont évolué depuis dans cet espace. Nous avons donc actualisé ces missions en fonction de la stratégie de développement actuelle, surtout en matière de surveillance des écosystèmes et de lutte contre la désertification sous toutes ses formes, qu’elles soient écologiques, sociologiques ou économiques. La nouveauté introduite par l’amendement du statut du HCDS se situe précisément dans la démarche adoptée pour ce faire et qui permettra à l’ensemble des acteurs concernés (collectivités locales, populations, agents de développement, organismes de recherche...) de s’impliquer pleinement dans la conception, le montage, la conduite et la réalisation des projets de développement de la steppe et de lutte contre la désertification. - Le changement opéré dans cette nouvelle répartition des tâches entre les différents acteurs peut-il être assimilé à une sorte de constat de carence établi par votre tutelle à l’endroit du HCDS? - C’est bien tout le contraire! Le conseil d’orientation a eu déjà à faire le bilan de notre action. Il a délivré pour cela son quitus au HCDS, suivi juste après par les félicitations appuyées du ministre de l’Agriculture et du développement rural. Toujours est-il que l’amendement du statut du HCDS a été demandé, il y a déjà deux ans de cela, par le précédent conseil d’orientation. - Abstraction faite des résultats obtenus jusqu’alors, quel est l’état des lieux réel des écosystèmes steppiques? - Gérer, dit-on, c’est comparer... On peut mesurer l’état des lieux par le traitement de l’imagerie satellitaire réalisée par le Centre national des techniques spatiales (CNTS) qui donne des résultats comparatifs à des périodes espacées. La différence que nous constatons d’une année à l’autre est très perceptible dans ces zones concernées par l’aménagement pastoral. Nous disposons actuellement de grands espaces de protection et de préservation. Par le biais des techniques de mise en défens, de plantations pastorales et de régénération, nous avons pu sauver, à ce jour, quelque 2,8 millions d’hectares, affichés comme dégradés, avec un objectif à atteindre de 3 millions pour la fin 2006. Le fait notable est que cette mesure de mise en défens a été négociée avec les communautés pastorales et les collectivités locales directement concernées. Avant, les unes comme les autres étaient très réticentes. Maintenant, quand il a été constaté de visu la régénération progressive du couvert végétal initialement dégradé, en d’autres termes, plus d’unités fourragères offertes sur les parcours, tout le monde a fini par jouer le jeu. Les avantages ne se comptent plus pour les gens vivant dans ces espaces. De même que pour les communes steppiques jusque là démunies, qui se voient offrir, par cette entremise, de nouvelles opportunités de recettes. Aujourd’hui, toutes les possibilités sont ouvertes. Ce n’est plus le HCDS, seul, qui fait du développement en tant qu’organisme de l’Etat, mais tout un ensemble d’intervenants comprenant l’agropasteur lui-même, la commune et tous les autres services technico-administratifs et structures spécialisées... Cette question de développement implique nécessairement, de par les acteurs et les outils qui seront déployés, les notions de durabilité et d’intégration. Pour ainsi dire, les projets qui seront mis sur pied dans ce cadre se feront à la demande exclusive des personnes concernées et non à l’initiative des organismes de l’Etat. C’est la position que nous avions toujours défendue au niveau du HCDS. Tant que les gens ne sont pas demandeurs, pourquoi alors vouloir imposer un scénario de développement qui ne répond pas souvent aux préoccupations des populations pastorales. - Pour certains observateurs, la situation est jugée alarmante dans certaines zones (R’djem Demouche, Ras El Ma...) où le phénomène de la désertification semble ici presque irréversible? - Nous ne croyons pas à l’irréversibilité des phénomènes... Il est vrai que la menace est très persistante, mais nous avons pu démontrer, quand on a l’adhésion des communautés et des autorités, qu’on peut travailler et corriger les défaillances. D’ailleurs, les résultats sont là pour le prouver. - Les fonds mis en place jusque-là étaient fondés sur une approche végétale des problèmes de la steppe. En abordant la question du développement en termes de durabilité et d’intégration, le nouveau programme des Hauts Plateaux est-il en mesure d’apporter les réponses idoines autant pour les espaces que pour les hommes qui y vivent? - Le programme mis en œuvre actuellement, à travers le fonds de la steppe et du pastoralisme, a été créé pour apporter une aide au financement des projets de proximité de lutte contre la désertification. Le montage des projets s’opérait au niveau de la commune, comprise comme unité de base du développement. Maintenant, la démarche cible des niveaux inférieurs, à savoir un village, un douar, un groupe de ménages que nous accompagnons dans la lutte contre la désertification. L’objectif recherché, à travers tous les fonds réunis, est d’arriver à fixer les populations en leur créant sur site une activité économique et leur permettre d’apporter en même temps leur contribution à la protection des écosystèmes steppiques... Les agents du HDS n’auront plus à faire un travail de pompier, quand ils débarquaient en catastrophe sur les sites dégradés, les traiter et repartir aussitôt. Désormais ce sont les habitants eux-mêmes que nous allons accompagner pour agir ensemble sur les dits écosystèmes... On doit les accompagner surtout pour améliorer leurs conditions, pouvoir travailler, vivre et faire vivre le cheptel dont ils ont la charge... La valorisation des eaux superficielles constituera l’élément moteur de cette nouvelle stratégie de l’aménagement du territoire lui-même et des parcours. On comptait un point d’eau pour 6.500 hectares, on en est aujourd’hui à 1 pour 3.500, et on projette 1 pour 1.500. Cet espace naturel recèle des potentialités d’eaux de surface exceptionnelles qui n’ont jamais été valorisées à ce jour. En 2000, nous valorisions moins de 2 % des eaux disponibles dans la steppe. En 2002, à la faveur d’un cadastre des cours d’eaux existants dans la wilaya de Tlemcen, le HCDS a fait des projections sur 5 ans pour valoriser les 80% de ces ressources. Nous sommes aujourd’hui à un niveau de 53%.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)