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Rabéa, comme refleurit l'oranger



Cette femme a résisté aux hordes terroristes parmi les plus sanguinaires que l'humanité ait eu à connaître. C'est ainsi, il arrive qu'on sorte des épreuves les plus terribles et qu'on aille au bout des parcours les plus périlleux et s'avouer vaincu face à un virus qu'on ne connaissait pas, qu'on n'attendait pas, qu'on ne craignait pas. Rabéa Sellami est morte parce que son corps n'a pas pu tenir face à une bête invisible et pernicieuse comme elle a pu tenir tête à de lâches sanguinaires. Rabéa est la compagne de Mohamed, le cauchemar du cauchemar de Haouch El Gros. Ça ne vous dit rien, Haouch El Gros ' C'est quelque part dans la Mitidja, entre une orangeraie fumante et un abattoir-sinistrose. C'est là que Rabéa et Mohamed Sellami, une femme en or et un homme d'honneur, ont pris le fusil et la parole contre l'horreur qui guettait le pays. L'honneur n'était pas pour tout le monde, l'horreur, il y en avait pour tout un chacun. Mohamed y a mis son c?ur, sa tête et son corps, Rabéa aussi. Tous les deux y ont mis leurs tripes et leurs couilles, parce qu'ils en avaient tous les deux. Le temps a passé, les enfants ont grandi et les oranges ont repris des couleurs loin des abattoirs remplis de honte et d'ordures historiques. Contre l'oubli, il y a encore des femmes pour un bras ou un doigt, même quand elles meurent du coronavirus comme Rabéa. Il faut bien mourir de quelque chose. Mohamed est mort le fusil encore fumant, Rabéa est partie digne comme toutes les étendues, comme toutes les montagnes altières. Jusqu'au bout fidèle, jusqu'au bout, elle a rappelé la résistance passée et les combats à livrer encore. Jusqu'au bout, humble et discrète, Rabéa a entretenu la mémoire et averti : rien n'est gagné, rien n'est perdu. Rabéa est partie rejoindre Mohamed et le pays est encore malade, pas seulement du Covid mais de toutes les lâchetés. Celles qui avaient déserté les lignes du front et celles qui shootent l'Algérie à l'amnésie. De ses interminables convalescences, des retours de bâton et des désespérants recommencements. Le pays est malade mais il guérira, dors apaisée comme tu as été apaisante. Le pays se remettra, comme refleurissent toujours les orangers.S. L.
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