Oran est en effervescence. Sa partie est, où se tient à partir d'aujourd'hui le GNL16, le congrès mondial du gaz naturel, a connu une opération de restructuration urbanistique et de toilettage fantastique. La rue oranaise lui a déjà donné un nom : Dubaï. L'impressionnant Centre des conventions, l'hôtel cinq étoiles, les dépendances communes et les grandes avenues qui y mènent y sont pour quelque chose. La métamorphose est spectaculaire, surtout si on longe le front de mer. Oui, mais Oran ce n'est pas uniquement la belle façade maritime. La population oranaise, notamment celle qui habite la forêt de bâtiments qui fait face à cette monumentale infrastructure totalement dédiée à la rencontre du gaz, édifiée en un temps relativement court, se pose des questions sur l'opportunité d'une telle réalisation qui a coûté au pays des centaines de millions d'euros.Il est vrai que la cité avait bien besoin d'installations de cette envergure, mais il est surtout vrai que la grande métropole régionale a besoin de rattraper ses retards dans la construction de nouvelles cités d'habitation, dans la restauration du noyau central qui tombe pratiquement en ruine, dans la réhabilitation des façades lépreuses de grandes avenues. Aussi, Oran a grandement besoin de renouveler des centaines de kilomètres de réseaux d'évacuation des eaux usées, du goudronnage de milliers de rues défoncées et de l'éradication de ces dizaines et dizaines de bidonvilles qui enserrent de tous les côtés l'agglomération.D'ores et déjà, nombre d'Oranais prédisent que le Centre des conventions va tomber en désuétude une fois clôturés les travaux de la conférence sur le GNL16. Par qui va-t-il être géré et comment sera-t-il rentabilisé ' Les retombées économiques et touristiques éventuelles sur leur ville ne sont pas du tout cernées parce qu'ils ont appris à se méfier de tout ce qui brille. Et la partie est brille ces jours-ci de ses milliers de lampadaires flambant neufs, installés sur les itinéraires routiers que vont emprunter les prestigieux visiteurs ayant jeté leur dévolu sur la ville, sur le clinquant de cette capitale du gaz malgré elle. Cette capitale qui cachera pour quelques jours toutes ses parties hideuses. Toutes les parties qui seront encore oubliées, une fois les lampions de la médiatisation éteints.Avoir le Méridien qui fait concurrence au Sheraton sur un balcon de mer jaloux de son Centre des conventions et qui, de surcroît, offre un panorama rare pour observer la mer à satiété peut éventuellement flatter notre vanité, titiller notre ego, mais il est loin le temps où l'Oranais pouvait se suffire d'une hirondelle pour faire le printemps. Oran, c'est une multitude de projets sociaux éducatifs qui traînent en longueur sur les chantiers poussiéreux, pour ne pas dire dans les cartons d'administrations hésitantes ; c'est une cité au c'ur rongé par la décrépitude du temps et les appétits des affairistes qui ne savent vivre que dans la magouille d'une ville mille fois violée, une ville au front de mer en trompe-l''il, où tout doit être revu pour espérer un jour valoriser ses infrastructures, à l'image du Centre des conventions ' un bijou, il faut le reconnaître, à l'image de tout ce qui reste à réaliser.La tâche est énorme et l'Oranais n'est plus dupe. Il ne croit qu'à ce qui dure, au palpable qui sert d'abord à la majorité qui ne s'intéressera demain ni à la concurrence du Méridien ni au taux de fréquentation du Sheraton. L'éphémère l'exaspère. « Pourvu que je sois contredit », dira-t-il.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Bouziane Benachour
Source : www.elwatan.com