Par Bachir Chara(*)
Tous les économistes s'accordent à dire que l'économie algérienne est tributaire des ressources pétrolières et gazières qui participent à plus de 95% de ses exportations et ses recettes en devises. Ce sont les revenus pétroliers, avec l'embellie des prix du baril dans les années 2000 et le début des années 2010, qui ont permis au pays de couvrir ses importations en équipements, en denrées alimentaires et en produits manufacturés, tout en dégageant un surplus qui a servi à l'effacement de sa dette extérieure et la constitution d'un important matelas financier, qui a frôlé les 195 milliards de dollars de réserves de change en 2014 (Algérie Eco, 15 mars 2016). Depuis, avec la chute des cours du baril, qui a commencé durant le deuxième semestre 2013, et l'augmentation des importations, le déficit de la balance commerciale n'a fait que s'accentuer d'année en année, réduisant les réserves de change qui atteindront 51,7 milliards de dollars en mai 2020 et qui vont continuer à baisser pour se situer autour de 44,2 milliards de dollars d'ici le mois de septembre prochain (déclaration d'Ammar Belhimer, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, le 3 mai 2020, sur les ondes de la Radio nationale Chaîne I). Quarante-quatre milliards deux cents millions de dollars ne représentent, pour l'Algérie, qu'une année d'importation et à cette allure, et avec la crise économique qui a fait suite à la pandémie de Covid-19, le pays se retrouvera en difficulté financière d'ici 2022, et ce, si le cours du baril de pétrole n'évolue pas de manière significative dans les prochains mois. Le redressement des prix du pétrole, après l'accord du 12 avril, conclu par les pays de l'Opep et non-Opep de réduire leur production de pétrole de 9,7 millions de barils par jour, a connu une remontée significative pour se situer, le 16 juillet 2020, autour de 43 dollars pour le Brent. Est-ce que cette évolution ascendante va se poursuivre dans les prochains mois ' Probablement, si l'économie mondiale redémarre. Toutefois, avec la pandémie de Covid-19 et sa durée possible dans le temps, comme l'a signalé, le 30 juin 2020, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ce n'est pas pour demain que cela interviendra. Cela étant et eu égard à la non-durabilité de ses réserves énergétiques fossiles, l'Algérie est tenue, comme le préconisent les experts depuis longtemps, de diversifier son économie ; ce à quoi cette publication va essayer de contribuer.
Il est généralement admis que les secteurs-clés qui pourraient assurer un développement durable de l'économie algérienne se rapportent aux secteurs primaire (agriculture, pêche et activités minières), secondaire (transformations des produits de l'agriculture, de la pêche et des mines) et tertiaire (tourisme et loisirs, transport, banques et assurances, le commerce, l'économie verte et l'économie numérique).
Avant d'entamer tout programme de développement économique, il faut réaliser une expertise, aussi large que possible, de chaque secteur d'activité visé afin d'identifier les facteurs bloquants et proposer les solutions requises. Il n'y a aucun mal à reconnaître ses fautes, le mal c'est de ne pas les corriger et persister dans l'erreur. Dans le domaine industriel, il apparaît évident, compte tenu de la crise financière à laquelle fait face l'Algérie, qu'il faudrait faire appel aux Investissements directs étrangers (IDE). Pour ce faire, une politique fiscale attractive aux IDE doit être adoptée et des facilités d'accès au foncier industriel mises en place. En outre, un allégement des procédures administratives est indispensable ; la formule du guichet unique peut être la solution, si on change les mentalités du personnel algérien, qui sera en face des investisseurs étrangers.
Des formations préalables de ce personnel par des professionnels seraient souhaitables. Il faut admettre, que par leurs performances et leur management, l'implication des entreprises étrangères ne sera que bénéfique au développement de l'économie algérienne. Il n'y a que l'entreprise, qui pourrait créer une plus-value et participer à la réduction du chômage, qui touche les jeunes en général et les diplômés des universités algériennes, en particulier, dont 30% sont sans emploi. L'expérience vécue, notamment durant les vingt dernières années, a mis en évidence les manquements, les malfaçons, les malversations, la boulimie, la corruption, les trafics d'influence et les contournements des lois sur les redevances douanières et fiscales, par les opérateurs privés algériens. Certes, cela n'est pas le cas de tous, mais ceux qui travaillent dans la légalité et le respect des valeurs sont une minorité et ont du mal à s'imposer sur la scène économique nationale. Les opérateurs économiques malhonnêtes doivent recevoir une nouvelle éducation, par leur placement dans un système concurrentiel et de haute performance, avec un ?il très regardant des administrations fiscale et douanière, et de la justice algérienne.
Si on doit réduire les charges fiscales pour encourager l'investissement, cela ne doit nullement occulter le fait que l'Etat doit mettre en place un dispositif de contrôle efficace pour assurer un recouvrement fiscal optimal. Des fortunes se sont accumulées dans le pays grâce à la fraude fiscale, qui constitue l'activité quotidienne de certains opérateurs économiques malhonnêtes. Ils engrangent des bénéfices considérables qu'ils placent souvent dans les paradis fiscaux par le truchement de la surfacturation à l'importation et présentent au fisc des bilans déficitaires. Ils vendent leurs produits sans facture pour éliminer toute trace comptables pouvant servir à l'évaluation du capital par le fisc. Ils préfèrent se faire payer en liquide et évitent les chèques afin de ne pas déposer l'argent au niveau des banques. Pour combattre ces pratiques et d'autres encore, une plateforme d'informations commune aux services des douanes, des banques et de l'administration fiscale est nécessaire ; ce qui permettra à chacun de la consulter et de détecter les éventuelles évasions fiscales. Pour ce faire, cette banque de données doit contenir toutes les informations relatives aux montants des lettres de crédits allouées à chaque opération d'importation de produits, aux quantités importées et dédouanées par les opérateurs, à leur prix d'achat et, si possible, à travers des enquêtes de terrain, à leur prix de vente sur le marché national. Il est clair que cela demande la disponibilité d'un personnel suffisant, qualifié et assermenté, pour mener à bien une telle activité, qui nécessite du temps pour sa mise en place, mais dont l'importance n'est plus à démontrer. Il n'y a qu'à voir les volumes financiers qui circulent dans les marchés informels et les signes extérieurs de richesse de la plupart des opérateurs économiques. Rendre obligatoire l'établissement de factures pour tout produit commercialisé et le paiement par chèque et carte de crédit, quand les montants dépassent une certaine somme fixée par la loi, contribuerait forcément au règlement de ce problème de fuite fiscale, qui doit être considéré, comme aux Etats-Unis d'Amérique, comme un délit passible d'emprisonnement.
Actuellement, ne s'acquittent entièrement de leurs impôts que les contribuables dont la retenue est faite à la source, tels que les fonctionnaires et les travailleurs déclarés du secteur privé. Le renforcement des contrôles, par les inspecteurs du travail, au niveau des entreprises privées est recommandé, afin d'identifier les contrevenants, d'organiser et de moraliser le marché du travail.
Le tourisme peut constituer une grande opportunité pour améliorer le taux de croissance et renforcer le PIB du pays. L'Algérie renferme un très fort potentiel touristique, très peu exploité, comparativement aux pays voisins. Le manque d'expérience dans le domaine impose à l'Algérie, si elle veut développer cet important secteur économique, de rechercher un partenariat avec des opérateurs étrangers, tels que les Espagnols, les Sud-Africains et les Italiens. Pays qui ont de grandes traditions touristiques et qui disposent d'une grande connaissance des infrastructures touristiques et leurs équipements ainsi qu'un savoir-faire managérial de haut niveau. Pour capter ces opérateurs, les autorités algériennes doivent dégager, dans les zones d'expansion touristiques, les assiettes foncières nécessaires aux investissements souhaités. Il faut se rendre à l'évidence que les réalisations du secteur privé algérien, dans le domaine touristique, restent très en deçà des normes internationales et utilisent des assiettes foncières qui auraient pu être mieux exploitées et rentabilisées. En outre, le rapport qualité/prix offert par les structures touristiques algériennes reste très élevé, par rapport à ce qui est pratiqué dans les autres pays du Maghreb (Tunisie, Maroc en particulier) et ne peuvent de ce fait ni retenir les Algériens sur place (selon le ministère du Tourisme tunisien, 2,9 millions d'Algériens se sont rendus en 2019 dans ce pays, sans compter ceux qui prennent d'autres destinations comme la Turquie, le Maroc, l'Indonésie, la Malaisie et les pays d'Europe), ni drainer un flux de touristes étrangers, qui cherchent un meilleur standing qu'ils ne trouvent pas en Algérie. Si on considère globalement que 5 millions d'Algériens passent annuellement leurs vacances à l'étranger et chacun d'eux dépense l'équivalent de 1000 euros, 5 milliards d'euros sont transférés annuellement vers l'étranger. En développant le tourisme, l'Algérie pourrait économiser une grande partie de cette manne financière et engranger une enveloppe non négligeable de ce qu'apporteront les touristes étrangers. Les investisseurs internationaux qui s'engageraient dans cette activité en Algérie, tout en créant des infrastructures touristiques de niveau international, vont jouer un rôle important dans la promotion de la destination Algérie.
L'autre créneau économique qui nécessite une certaine attention de la part des pouvoirs publics et qui peut avoir un double effet sur les ressources financières du pays, tout en assurant les besoins alimentaires de la population algérienne, est l'agriculture. En effet, l'Algérie dispose d'une assez importante Surface agricole utile (SAU). Elle est évaluée à 8 500 000 hectares, sujets, durant les trente dernières années, à une défalcation de plusieurs certaines de milliers d'hectares de terres agricoles, à très haut potentiel, affectés à des activités industrielles aux logements urbains et ruraux, aux infrastructures routières et autres (locaux commerciaux, activités sportives, de loisirs et fêtes) par des responsables peu regardants de l'importance de la terre dans la satisfaction des besoins alimentaires de la population algérienne actuelle et future. Ils ont surtout voulu plaire au maître du moment et/ou moyennant des pots-de-vin fournis par des charognards qui ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins. Il serait par conséquent indispensable de mettre fin, de façon définitive, à de telles pratiques qui peuvent hypothéquer l'avenir alimentaire des populations algériennes et exposer le pays à une dépendance, dont les conséquences peuvent être graves, sur le double plan économique et politique. La préservation des terres agricoles est une obligation, si on veut assurer une sécurité alimentaire au peuple algérien et dégager un surplus en produits agricoles pour l'exportation.
La loi 10-03 du 15 août 2010 relative à l'exploitation des terres du domaine privé de l'Etat doit être revue, d'une part pour préserver les terres agricoles soumises à ces nombreuses dilapidations, même par ceux qui ont bénéficié de l'usufruit de ces terres, qui au lieu de les exploiter les ont laissées en friche, les ont utilisées pour construire des habitations, des locaux commerciaux et des salles des fêtes qu'ils louent pour les mariages, certains les ont tout simplement vendues à d'autres personnes comme si ces terres étaient leur propriété, alors que ce sont des terres du domaine public de l'Etat. Dans ce cas pourquoi ce n'est pas l'Etat algérien qui vend ces terres, permettant au Trésor public de bénéficier de l'argent de la vente qui sera utilisé à des fins d'utilité publique, le peuple algérien en premier ' L'Etat doit procéder à un recensement général des terres agricoles en mettant un accent particulier sur les terres du domaine privé de l'Etat pour identifier ceux qui ont usé de ces pratiques malhonnêtes et prendre contre eux les mesures qu'impose la loi 10-03 du 15 août 2010, en reprenant les terres et les annexes implantées sur elles, d'autant plus que celles-ci n'obéissent à aucun usage agricole et réalisées probablement sans aucune autorisation préalable.
Les terres récupérées seront réaffectées à de véritables agriculteurs. Un autre schéma d'exploitation de ces terres doit être réfléchi, de sorte à permettre l'intensification de la production agricole et sa modernisation. Dans certains cas, un remembrement des terres est utile, voire indispensable pour rendre les exploitations aptes à recevoir les équipements nécessaires à la production et la valorisation du patrimoine. Pour plus d'informations sur le secteur de l'agriculture, se référer à la communication de Bachir Chara, intitulée «L'agriculture saharienne pourrait-elle combler le déficit en produits alimentaires stratégiques des Algériens'» parue le 30 juin 2020 dans Le Soir d'Algérie.
Sans financement, l'agriculture algérienne ne peut évoluer, du fait que les avancées techniques nécessitent, pour leur mise en ?uvre, un important apport financier, pas toujours disponible chez les agriculteurs possédant des exploitations de moyenne envergure. L'une des garanties bancaires pour le prêt est le titre de propriété, que les agriculteurs ayant l'usufruit des EAC et EAI ne possèdent pas. Pour lever cet obstacle, les solutions apportées par les différentes lois et notamment la loi n°10-03 du 15 août 2010 doivent être trouvées, comme par exemple l'aide à l'intensification des cultures, l'exonération de la TVA pour les équipements agricoles, l'apport et la gratuité de l'expertise, pour l'élaboration des projets agricoles et dans le cas extrême, la vente des terres agricoles, avec un cahier des charges sacralisant les terres agricoles, pour éviter que ces dernières soient détournées ultérieurement de leur objectif agricole. Tout manquement de la part des bénéficiaires de ces terres les exposera à des poursuites judiciaires et une réappropriation des terres par l'Etat, comme c'est le cas pour le foncier industriel.
L'autre volet économique, qui est d'une importance stratégique pour le pays, est l'économie numérique, dont l'importance peut se mesurer à travers les énormes faveurs accordées, depuis de nombreuses années, à l'immigration, par les pays occidentaux, dont l'Allemagne, l'Angleterre, la France, le Canada les Etats-Unis et autres, aux cadres étrangers en général et algériens en particulier, ayant suivi une formation supérieure en informatique. Ce sont d'ailleurs ces pays, avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud, qui se sont inscrits les premiers dans l'économie numérique.
La technologie numérique conditionne actuellement tout développement économique. Elle crée une économie entière et fait disparaître une autre. Elle concerne l'ensemble des activités, politiques, économiques, industrielles, culturelles, scientifiques, médicales, bancaires et autres. On peut de nos jours gérer à distance son compte bancaire, procéder à des mouvements de capitaux sans se déplacer de chez soi, acheter à distance n'importe quel produit des centrales d'achats électroniques et le payer avec une carte de crédit. Sur le plan culturel, on peut lire un livre ou un journal sur sa tablette, produire des films, construire des images de synthèses avec des ordinateurs et accéder à une information à partir de son téléphone portable.
Au niveau mécanique, on détecte, avec un laptop, doté d'un logiciel, les défaillances électriques et mécaniques d'un véhicule, la construction automobile est aujourd'hui largement conditionnée par l'utilisation des technologies numériques, comme elle régule la circulation routière et gère les voitures autonomes. Sur le plan industriel, les technologies numériques constituent un apport considérable pour la création d'entreprises, l'optimisation de leurs résultats et leur développement. Sur le plan médical, d'énormes progrès ont été réalisés dans la caractérisation des maladies, leur localisation et leur traitement grâce aux équipements utilisant les technologies numériques (échographes, scanners, IRM, accélérateurs à particules, etc.).
Au niveau politique, les technologies numériques n'ont-elles pas créé, à travers les réseaux sociaux, des groupes d'amitié et d'opinion qui ont influencé la politique des pays ' On peut énumérer encore une multitude d'autres exemples sur tous les plans qui font le quotidien d'aujourd'hui et qui utilisent les technologies numériques. Cela étant, si l'Algérie veut prendre son envol, à tous les niveaux, il faut absolument faire des technologies numériques une priorité et commencer par activer le projet du Data Center dont, semble-t-il, le lieu d'implantation est identifié, les moyens financiers alloués et les opérateurs devant assurer sa réalisation identifiés, mettre en place un partenariat avec des pays leaders en la matière comme la Chine, la Corée du Nord, le Japon en particulier. Cela permettra de maintenir dans le pays les spécialistes nationaux que l'Etat a formés moyennant d'importants volumes financiers et dont la grande majorité s'est retrouvée servir les intérêts d'autres pays qui n'ont engagé aucun dollar pour leur formation. Cette situation ne concerne pas uniquement les informaticiens, elle s'applique également aux médecins, pharmaciens, électroniciens, électromécaniciens, financiers et autres. L'économie algérienne doit offrir des opportunités aux cadres nationaux pour les maintenir dans le pays afin que ce dernier puisse profiter du savoir-faire qu'ils ont acquis.
L'économie verte est un autre créneau à exploiter surtout que l'Algérie dispose de très grandes potentialités. Le développement des énergies renouvelables s'impose comme une nécessité, pour faire face aux besoins internes du pays en matière d'énergie, d'autant plus que les ressources gazières traditionnelles sont en cours de tarissement et celles pouvant provenir du gaz de schiste hypothétiques.
Le territoire algérien, notamment dans sa partie sud, offre d'énormes possibilités pour le développement de l'énergie solaire. Une remise en surface du projet Desertec est plus que nécessaire et devra viser la production de très importantes quantités d'électricité dont le surplus sera vendu à des pays tiers.
L'énergie éolienne pourra également renforcer le secteur énergétique, avec le développement de parcs d'éoliennes implantés loin des agglomérations, notamment dans les Hauts-Plateaux, fréquemment soumis à des vents de moyenne à forte intensité.
L'utilisation de la biomasse complèterait cette panoplie de ressources énergétiques, particulièrement à travers l'exploitation raisonnée des décharges publiques.
Des centres d'enfouissement des déchets ménagers doivent être développés à travers tout le territoire national pour éliminer les décharges sauvages et les exploiter à des fins économiques, tout en réduisant la pollution et en améliorant le cadre de vie des citoyens.
Les autres créneaux à développer en matière d'économie verte se rapportent au renforcement des puits de carbone, par le reboisement des bassins versants des barrages et autres terrains marginaux, le renforcement des forêts ayant subi des incendies durant la décennie noire et leur entretien (création de tranchées pare-feux), ainsi que la protection et l'élargissement du barrage vert pour bloquer l'avancée du désert vers le nord. Les essences forestières à privilégier dans ces plantations doivent être les espèces indigènes bien adaptées aux différents milieux et non des introductions de plants, provenant d'autres régions, comme cela a été le cas, ces dernières années, avec la plantation, dans les principales villes du nord du pays, de palmiers dattiers, ce qui d'ailleurs n'a pas donné les résultats escomptés. Il aurait été préférable de planter des pins-pignons, des pins-parasols et pins maritimes entre autres, qui développent un important volume foliaire, dégagent une très bonne odeur et qui sont bien adaptées à l'environnement marin.
L'objectif à rechercher est d'arriver à une couverture végétale s'étendant sur au moins 20% des territoires du nord et des Hauts-Plateaux. De telles plantations auront, à l'avenir, un impact favorable sur l'environnement par la création de microclimats et la réduction, voire l'élimination de l'érosion et l'envasement des barrages.
L'augmentation des capacités de stockage des eaux de pluie est à l'avenir indispensable pour faire face aux périodes de sécheresse qui risquent d'être longues et aux exigences de l'agriculture intensive dont l'Algérie a besoin. L'exploitation des forêts à des fins économiques (commercialisation du liège et du bois) sera alors possible sans négliger leur apport dans le tourisme de plein air et de montagne.
Le dernier point sur lequel l'Etat algérien doit se pencher est le système bancaire, qui est l'un des plus archaïques au monde. La situation dans laquelle se retrouvent les banques algériennes résulte des reculades allant à contre-courant des ajustements et changements systémiques souhaités dans la loi sur la monnaie et le crédit promulguée en 1991, qui donna à la Banque d'Algérie l'autonomie et le pouvoir de revoir de fond en comble le mode d'organisation et de gestion d'un réseau bancaire essentiellement public, sclérosé par plusieurs décennies d'économie dirigée (Rachid Sekak, «Le développement et la modernisation du secteur bancaire algérien», Think Tank Care, hôtel Sofitel Alger, 25 septembre 2019). Selon le même auteur, cette loi fondamentale a, depuis, fait l'objet d'une série de modifications qui ont vidé son texte de sa portée, ses objectifs et de sa cohérence. Après toutes les triturations que les différents gouvernements lui avaient fait subir, cette loi sur la monnaie et le crédit ne comporte désormais plus de dispositions susceptibles d'apporter des changements profonds au mode de gestion du secteur bancaire, retombé sous le régime de la tutelle gouvernementale.
Depuis le troisième mandat du président déchu, A. Bouteflika, le métier de banquier n'a cessé de se dévaloriser pour se mettre au service des autorités politiques et des oligarques. L'omniprésence de l'Etat à tous les niveaux de l'activité bancaire érigera, par ailleurs, les banques en véritables monopoles qui se suffisent à elles-mêmes et ne voient pas l'utilité de se réformer en vue de meilleures performances. La routine sclérosante s'est ainsi installée pour leur grand malheur et celui de leurs clients.
Une extension du réseau bancaire, impliquant des banques étrangères, est souhaitable pour qu'elles apportent leur expérience, leur expertise et leur management dans le fonctionnement des banques internationales, ce qui permettra d'élever le niveau de fonctionnement des banques algériennes. Sans un système bancaire performant, on ne peut imaginer le développement des activités économiques dans le pays.
Le financement constitue l'élément moteur pour la création d'entreprises, notamment les start-up, qui peuvent être à même de créer des emplois et de la richesse. Il peut être assuré par le captage des flux financiers dormants ou ceux de la communauté et de la diaspora algériennes de l'étranger (Europe de l'Ouest et Canada en particulier), par la mise en place de réseaux bancaires, dans les pays où se trouvent ces Algériens, ainsi que dans ceux où existent des possibilités d'investissement et de commercialisation des produits algériens, particulièrement les pays du Sahel, frontaliers avec l'Algérie, qui peuvent être reliés, à l'avenir, par voie routière et ferroviaire et qui constituent une profondeur naturelle pour l'économie algérienne.
La seule possibilité qui reste, pour remettre dans le circuit bancaire les capitaux qui se trouvent dans le réseau informel, évalués à plus de 5 000 milliards de dinars, soit 50% des encours des crédits accordés à l'ensemble de l'économie nationale et 30% de la masse monétaire du pays, ce qui représente l'équivalent de 50 milliards de dollars US (Amar Hiouani, gouverneur par intérim de la Banque d'Algérie, 2 novembre 2019), est le changement de la monnaie, car toutes les autres tentatives opérées par l'Etat algérien durant la dernière décennie se sont révélées infructueuses, à l'instar de la décision d'instituer une taxe de 7% contre l'amnistie fiscale au profit des déposants, le développement de la finance islamique et les emprunts obligataires. Le changement de la monnaie s'avère donc urgent en raison de l'indisponibilité de liquidités au niveau des circuits formels de l'Etat. Pour ce faire, une grande volonté politique est demandée.
Cette étape est primordiale dans le processus de redynamisation du système bancaire et de la relance économique du pays, notamment dans cette période pandémique de Covid-19 où il est très difficile d'obtenir des emprunts, du fait que chaque pays essaie de faire face à la crise, qui secoue la planète entière, avec ses propres moyens et ceux des institutions financières auxquelles il est affilié.
En récupérant la masse monétaire dormante, l'Etat algérien peut alors mettre en place des mécanismes d'utilisation de la monnaie tels que l'obligation du chèque et de la carte de crédit, formule qui a été instaurée en 2004, mais très vite remise en cause par le gouvernement de Abdelaziz Belkhadem, qui l'a tout simplement annulée pour on ne sait quelle raison.
Ce sont là les quelques propositions, parmi d'autres, qui semblent, au vu de la conjoncture que traverse le pays, nécessaires à l'installation d'une dynamique de développement économique du pays, d'apporter des solutions aux problèmes des citoyens, de créer de la richesse et d'améliorer le cadre de vie des Algériens.
B. C.
(*) Ex-vice-président de l'Assemblée populaire nationale. Ex-président de la commission permanente de l'agriculture, de l'environnement et des ressources naturelles du Parlement panafricain.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : LSA
Source : www.lesoirdalgerie.com