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Quelle postérité pour Kateb et Alloula '



Quelle postérité pour Kateb et Alloula '
À l'ouest du pays, un théâtre engagé dans les luttes sociales et politiques a fleuri durant les années 1970 et 1980. Ses porte-drapeaux les plus prestigieux étaient Kateb Yacine et Abdelkader Alloula et, ses lieux de prédilection, les théâtres d'Oran et de Sidi Bel Abbès ainsi que le festival de Mostaganem.Ce genre a dépéri, Alloula ayant pour sa part monté une pièce de la commedia d'El Arte en 1993, estimant que dans notre pays alors meurtri, il fallait proposer d'autres terrains de réflexion sans pour autant verser dans le divertissement pour le divertissement. Moulay Meliani Mohamed, un jeune artiste qui monte actuellement au TRO une comédie, croit qu'un théâtre «engagé» doit s'adapter au public d'aujourd'hui et à l'époque : «Un spectacle, même traitant les thèmes du temps de l'engagement pur et dur, doit être moins dans la gravité et le ton empesé. Il doit être centré sur l'action et sur l'image».Lakhdar Mansouri, homme de théâtre et chef du département théâtre à l'université d'Oran, affirme : «Le théâtre est engagé de fait, à moins de n'entendre par ce qualificatif qu'un théâtre dédié à la défense d'une cause politique. L'engagement peut-être aussi sur d'autres perspectives et emprunter différents genres. Je ne dis pas que le théâtre politique n'a pas sa raison d'être. Il a sa place s'il est également dans l'engagement sur l'aspect artistique.Chez nous, malheureusement, si ses initiateurs ont été dans l'innovation, les épigones se sont complu dans la platitude du copié/collé». Adar Mohamed, un homme de théâtre qui n'est plus à présenter, est du même avis : «Il est impossible qu'un théâtre engagé à la façon des années 1970 puisse revenir. Il y a toujours des causes, politiques et autres, à défendre sauf qu'on ne peut plus faire l'économie de l'esthétique comme auparavant.N'était-il pas durant les années 1970 malvenu qu'un acteur mette des postiches, qu'il se maquille, qu'il y ait des lumières et des couleurs sous prétexte que ce serait du théâtre bourgeois '» Mais Alloula, c'était aussi la lumière crue et la scène nue ' : «Ah non, c'est différent, Alloula misait en contrepartie, outre le texte, sur la puissance du jeu des comédiens ! Ceci dit, je déplore qu'aujourd'hui on verse surtout dans l'esthétisme et le spectaculaire pour en mettre plein la vue au public. Je crois que c'est un passage obligé et qu'il va y avoir une autre phase qui va installer le théâtre algérien sur d'autres rails».Pour Hassan Assous, directeur du théâtre de Sidi Bel Abbès et ancien sociétaire de la troupe de Kateb Yacine : «Aujourd'hui, nous ne pouvons rivaliser avec les partis politiques sur leur terrain. Ils nous battraient. Nous, nous sommes des passeurs d'émotions. Et puis le théâtre est engagement de toute façon puisqu'il se préoccupe du destin de l'être et de ses relations avec la société». Et la postérité de Kateb ' : Pour ma part, j'ai monté «La poudre d'intelligence» et «Chadaya» (fragments) et donné à mettre en scène «Les ancêtres redoublent de férocité».Mais, ce n'est pas son théâtre en arabe dialectal que vous avez promu ! «Tout simplement parce que ce théâtre a été écrit sur scène au fur et à mesure du montage des spectacles et qu'il ne permet pas suffisamment de liberté en matière de mise en scène à l'instar de ses textes écrits en français. Il reste, de toute façon, écrit en français ou en arabe, son théâtre est dédié aux opprimés».


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