«Il est difficile de faire entendre au colon européen qu'il existe d'autres droits que les siens en pays arabe et que l'indigène n'est pas une race taillable et corvéable à merci» Jules Ferry, président de la Commission sénatoriale d'enquête - 1892
S'il y a un documentaire qui explique bien la relation passionnelle entre l'Algérie et la France, c'est bien le documentaire «Rester en Algérie», de Géraldine Schwarz et Philippe Baron, qui a été diffusé sur France 3 Provence-Alpes & Côte d'Azur ce mois de décembre. Alors qu'on parle énormément du départ de 800.000 pieds-noirs en 1962, plus de 200.000 Français avaient décidé de rester. Ce documentaire de 52 mn nous montre cette poignée de Français qui, continuent de vivre en Algérie, ayant bravé la radicalisation politique et la montée du panarabisme à l'époque de Boumediene durant les années 1970 et le terrorisme de la décennie noire durant les années 1990. Parmi ces Français restés en Algérie, on découvre l'exemple du touchant Félix Colozzi, qui, ayant rejoint le FLN, fut arrêté, torturé, condamné à perpétuité, puis renié par sa famille à sa sortie de prison. Du père Denis Gonzales qui, après la fuite de ses paroissiens, a fondé une association pour les enfants au sein de laquelle est enseigné le Coran. On découvre aussi le témoignage de Germaine Ripoll qui est restée, seule avec son fils, derrière son bar, dans un village de la côte oranaise, sans être menacée. Il y avait aussi Jean-Paul Grangaud, médecin reconnu qui a formé toute une génération de pédiatres algériens. Guy Bonifacio qui a gardé intacte la maison familiale où ses frères et soeurs viennent souvent en pèlerinage. André Lopez, l'entrepreneur, a lutté contre les discriminations et nationalisations des années Boumediene et enfin, Cécile Serra, la «grand-mère» du quartier du Golf à Alger. Tous ces Français ont porté dans leur coeur l'Algérie. Ils sont restés malgré tout et en dépit de tout. La critique française regrette (et on la comprend) que le documentaire ne fait pas parler assez ces témoignages en or et que les Algériens ne viennent pas témoigner du regard qu'ils portent sur ces «pieds-verts». Il fallait parler de cette cohabitation qui n'a pas toujours été aisée. Ces personnages romanesques sont souvent des aventuriers et des idéalistes au caractère extrême, vivant quelquefois dans des décors figés. Ce sont les derniers dépositaires de la mémoire collective d'une minorité française qui n'a jamais cru à l'Algérie française et qui a toujours cru en une Algérie universelle et ouverte aux coeurs des Français. Ces Français sont restés dans l'ombre pendant cinquante ans, il a fallu qu'une télévision française s'intéresse à eux. Tous se sont forgé une nouvelle identité culturelle, ballottée entre l'héritage culturel de l'ancienne puissance coloniale qu'a été la France et la culture arabo-musulmane de la jeune république algérienne. L'existence de ces Français ayant choisi de rester en Algérie doit être saluée comme une page restée ouverte et jamais déchirée entre l'Algérie et la France.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amira SOLTANE
Source : www.lexpressiondz.com