La maladie d'un
président n'est pas un fait divers. C'est un événement politique. Si la
longévité est un don providentiel ; la pérennité politique n'est qu'une
circonstance. Moubarak risque son trône. Kadhafi défie le temps. Benali amadoue
la démocratie. Bouteflika subit l'histoire.
Tous ont eu dans
des ressemblances similaires les folles amours de leur peuple. Tous ont eu
droit aux enthousiastes acclamations. Le culte de la personnalité n'est plus
donc un déboire de peuple. Il s'incruste chaque jour davantage dans le discours
et la parole. Des salons, aux coulisses, dans la rue et les meetings le «que je
t'aime» inonde les tympans. L'homme est toujours homme mortel et non éternel
pervers ou sensé soit-il, führer maghrébin, duché ou César méditerranéen, zaïm
ou raïss égyptien.
A travers le temps les amours se transforment
et subissent insidieusement les aléas du modernisme. De nouvelles formes
d'adoration et de vénération de personnes politiquement personnalisées
s'érigent dans les conciliabules, sur les grilles des écrans ou entre les
colonnes, et les chroniques des édits . Le culte de la personnalité n'est plus
pratiqué comme antan. Sans rituel apparent, il n'est qu'un conglomérat d'actes
opaques et passionnels presque inaudibles.
Le sens original et inoffensif du respect de
tous ; ne cesse de chuchoter aux oreillettes du coeur: trêve de politique !
Arrête tes plongées dans des eaux dont les fonds marins échappent à la petite
muse de petit poète de mon ami jamais entendu ! Là bas, le son n'a pas de voix,
les yeux, sans regards. La bas, la vertu est une tare, le vice un
étendard. Sa politique à lui est le sujet, le verbe et le complément. Son rôle
est de échafauder des textes et non des projets de société. Les présidents, les
ministres, les partis etc... ne sont pas des termes de lyrisme, ni ne sont
astreints aux règles le régissant. Son inspiration grégaire à la fécondité
sarcastique à l'égard de tout qui lui semble, tordu et inique, ne va qu'en
accroissant. Advienne que pourra ! Ad vitam aeternam ! me disait-il.
Le désir d'être
le plus en vue dans une société ou à la tête de l'attelage d'un mouvement a
tout de temps animé jusqu'à la mort, l'homme. L'histoire nous renseigne et nous
enseigne que l'idée première de l'homme fut cette tendance d'hégémonie et de
domination de ses pairs tant par la force et la ruse que rarement par la
guidance et l'éclairage. C'est la lumière qui chasse les ténèbres comme le
savoir chasse l'ignorance. Mais sitôt l'intrigue et la magouille se sont faites
des issues à partir des latrines, vérandas et des coulisses pré-romaines.
Dès que le dit-désir s'est aiguisé de plus en
plus, qu'il commence déjà à s'installer dans le corps et l'âme de ceux qui
pensent tantôt à tord que les portes de la gloire leur sont grandement ouvertes
tantôt à raison pour ceux qui la prospérité et l'histoire garderont toujours
vives leurs œuvres sempiternellement accomplies.
L'histoire se dresse par-devant l'homme telle
une fresque vierge et géante dans ses dimensions. A charge pour lui, selon ses
compétences, sa sagacité, et son don, d'en apporter les nuances et d'en faire
ou bien une image idyllique ou une image satanique. Les signes, les taches et
tout autre graffiti, par l'ardeur ou la mollesse de «l'artiste» restent
indélébiles et prennent l'apanage de signatures testimoniales de leurs auteurs.
Le temps trace sur les fronts, des rides que même le temps n'arrive point à les
résorber.
Ainsi la plupart
des régimes qui ont «dirigé» les peuples à travers les ages, n'ont évolué que
par une sorte de fatalité les menant aux dépens de leurs sujets ; vers la
tyrannie de clan dont les étapes successives auront pour nom, l'ordre public,
la souveraineté nationale, l'intégrité territoriale et la menace de l'ennemi.
Par ces concepts forçant à l'excès un
juridisme adéquat, les peuples s'enfoncèrent davantage dans la soumission et
l'abandon vis-à-vis du pouvoir tutélaire qui les anime, impulse et les oriente
vers les «voies du progrès». De cette totale soumission naissent les leaders
politiques.
Les titres et les appellations varient d'une
contrée à une autre, selon le degré de la génuflexion à l'humain. De Khan,
mawlay, sire, dutche, führer, à camarade, raïss, zaïm, frère et si flen et
récemment fakhamatouhou; l'humanité s'est incrustée dans la stupidité de la
résignation sans faille. Dans l'abrutissement général aux frontières de
«L'encanaillement» comme disait l'autre ;(un ex-leader ?)
Ces sobriquets, avant bien que les sciences
de la communication ne s'affirment ; sont fabriqués à l'effet d'abord de
marquer l'obséquiosité, la révérence voire la vénération, puis, la frayeur du
sang et du fer ou de la géhenne et de l'enfer. Respecter sans conviction est
une lâche bonté. Obéir sans raison est une lâcheté. Dans ces conditions de
«conditionnement» des masses ; la domination, avec abus de crédit et sans
limite ; atteint l'apogée de la lutte et se rend au profit de son concepteur.
Les regroupement en partis, association, ligues, fédérations etc... sont le
berceau du futur leader, et la soumission dans le mal et la misère des adeptes,
militants, partisans forment le grand lit du chef, et du zaïm.
Parfois et par
paradoxe purement et typiquement bien de chez nous ; naissent, sans partis,
regroupement ou autres formation d'individus, des leaders potentiels. La grâce
ingénieuse liée à la théorie du «peuple» est ainsi valablement mise en branle.
Tous veulent le peuple et parlent en son nom jusqu'à ce que, ce dernier soit
qualifié de «ghachi» voire foule anonyme, compacte, éparse et dense. De
l'Algérie démocratique aucun président de la république ; de Boudiaf à
l'actuel, ne prétend appartenir à un parti déclaré ni ne détient officiellement
une carte d'adhésion à un autre. Paradoxe aussi où c'est le parti qui adhère à
«la politique du président» et l'on se retrouve avec un chapelet partisan uni
dans la diversité et la contradiction idéologique, mais rassemblé tels les os
d'un crane ; autour du noyau-président. L'exemple le plus édifiant demeure chez
nous, cette alliance présidentielle que seul un «programme» semble réunir au
moment où tous les autres sujets s'évertuent à devenir des divergences
criardes. Le projet de loi criminalisant le colonialisme, les terres agricoles,
la lutte contre la corruption et pas mal de dossiers de société et de
politique. L'aspect complexe que l'on se fait sur une personnalité politique,
nous ramène souvent dans les méandres de la folie. L'on lui retrouve mille
qualités. Ferhat Abbas était un grand érudit. Messali un père spirituel.
Boumediene le circambuleur (moutawaf) de la «Kaaba» des révolutionnaires. En
réalité rien ne les unissaient.
Même pas le destin du pays. Chacun
l'imaginait à sa façon. Personne n'avait en finalité raison mais chacun avait
ses raisons. Dans une autre période où pourtant croyait-on, révolues les amours
des personnes ; Chadli incarnait des caractéristiques prophétiques ; profane
disait-on, mais surdoué de sagesse et de bon sens. Zeroual en était la bravoure,
le courage aurassien, le général politisé, mais manquait de détermination. La
preuve il avait jeté l'éponge.
Or sur le
registre national ; les années 90 ont usiné des gens, à la mesure de leur
égo-ambition et qui grâce à la liberté de presse et l'ouverture de la
télévision ils se sont faits connaître. Les masses étaient en manque de
références charismatiques ou de modèles à suivre. Les dirigeants de ces partis
mort-nés n'ont pas survécu aux premières épreuves ni de l'urne ni contre la
rotative de la duplication de la fraude administrative. Seule leur personne,
image et look menaient leurs partis respectifs vers l'inconnu. Les Boukrouh,
Saadi ; Larbi, Sofiane, Adami, Djaballah, Nahnah, enfin, Hanoucha, Louchi,
Antar etc...vivent encore et font vivre leur personnalité par l'esprit inculte
de quelques discours par ci, oraisons et apparitions par là. Par contre les
Abassi et Belhadj avaient pu s'installer confortablement dans les cavités des
coeurs de ceux qui, innocemment, se prêtaient au jeu, qui par misère et chimère
de panacée, qui par refuge ou revanche. Ils formèrent malgré tout de puissants
chefs, obéis au doigt et à l'Å“il.
Pour les derniers candidats récalcitrants,
les campagnes menées au titre de l'élection présidentielle n'ont qu'un but
inavoué ; creuser le lit futur où leur verve débordante viendrait s'y déverser
doucereusement sur nos tympans déjà troués et trop déchiquetées à force d'avoir
tellement reçu une autre verve dévorante d'une autre personnalité unique.
Qu'est ce qui
importait le plus chez tous ces gens là ? Est-ce la déliquescence du pouvoir
contre qui ils menaient leur lutte par un pouvoir aussi déliquescent et
féodalisant ? Ou est-ce cette contagion irano-méditérannéenne qui les faisait
envier la chaire et le minbar des ayatollahs ? ou tout simplement le syndrome
intime de se faire aimer, hisser..., narcissisme en bout ? La crédulité devant
le ridicule augmente la densité de la soumission... notamment par l'effet du
laser au dessus d'un tartan humain. Il en est de même pour ceux qui enviaient
non la chaire de la mosquée d'Elmouradia mais ses sofas et ses longs et
interminables tapis rouges. Nous nous rendons malades des maladies de nos
chefs. Comme le temps n'est plus aux baise-mains, ni aux baise-turbans ; mais à
une autre acrobatie érotique qui consiste simplement, sans le ressentir, à
crier et clamer à haute et intelligible voix son amour et attachement à telle
personnalité. Le cliquetis des paumes envahissant les salles de bleu décorées,
est aussi une façon d'exprimer forcément son amour à l'égard de l'orateur, du
leader, du sauveur des peuples d'en haut et d'en bas. La puissance de
l'applaudissement et le degré des décibels qui s'en dégagent sont la preuve de
cet ardent amour. La télévision, la rue, les péripéties passés et récents nous
ont édifié à ce sujet, les «djich, chaab maak ya...» les «tahia...» sont des
signes extérieurs de «je t'aime». Roméo ou Kaiss en seraient incapables de
telles amours. En politique l'amour semble être une urgence. La mort, une
échéance. L'homme est toujours homme mortel et non éternel pervers ou sensé
soit-il, führer maghrébin, dutché ou césar méditerranéen, zaïm ou raïss.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El Yazid Dib
Source : www.lequotidien-oran.com