
La terre est partout présente dans la fiction de l'espagnole Iciar Bollain, L'olivier, projeté, vendredi après-midi, au théâtre régional Azzeddine Medjoubi à la faveur du 2e Festival de Annaba du film méditerranéen.Alma (Anna Castillo), fille rebelle et impulsive, aide son père à l'élevage d'ovins dans la campagne d'Andalousie. Elle est peinée par le silence de son grand-père Ramon (Manuel Cucala). Le vieil homme n'a jamais accepté la vente d'un olivier de 2000 ans à une multinationale basée en Allemagne. «On doit nourrir nos familles», expliquent les oncles d'Alma. Les fantômes de la grande misère du passé reviennent entre les feuillages d'oliviers en Andalousie.Alma mène l'enquête, avec deux copines branchées sur internet, pour découvrir que l'arbre éternel a été installé dans le hall d'accueil de la société à Dussoldorf. L'olivier est choisi comme logo d'une entreprise qui pratique paradoxalement la déforestation et la destruction de villages pour faire avancer ses projets expansifs. Le film évolue en road movie lorsque Alma, son oncle Alcachofa (l'excellent Javier Gutièrrez) et son ami Rafa (Pep Ambros), s'engagent sur la route de l'Europe à bord d'un camion orange. Les pays sont «réduits» à des plaques aux couleurs de l'Union de Bruxelles.Toute une symbolique. De la terre brune, des oliveraies vertes et de la mer couleur azure d'Espagne, filmées parfois en plongée, la caméra d'Icar Bollain pénôtre l'univers gris et froid du Nord qui paraît si lointain ! Les Allemands impressionnent toujours les Espagnols. La scène de l'évacuation d'Alma et de ses deux compagnons du hall de la multinationale évoque une certaine suprématie germanique qui écrase les pays du sud de l'Europe.L'attitude méprisante des agents de sécurité allemands, droits dans leur uniforme, regardant le trio ibérique à travers une vitre, rappelle que le vieux continent n'est pas aussi uni que cela et que «la cassure» est bien consommée entre deux Europe. Les difficultés de Alcachofa ruiné par les banques, la peur de Rafa pour son poste d'emploi, le chagrin du vieux Ramon qui croit avoir perdu l'effort de toute une vie et le spleen de la famille de Alma suggèrent tout le drame de l'Espagne d'aujourd'hui prise au piège des incertitudes économiques et des complications sociales.Et si l'Union européenne était «une mauvaise aventure» ' L'idée du déracinement est également présente dans le film dense de Iciar Bollain à travers le voyage du vieil olivier de ses terres chaudes d'origine vers un hall en béton et en verre impersonnel à Dusseldorf. Alma s'appuie sur l'engagement des militants écologiques, réunis grâce à une page facebook, pour faire avancer sa cause : la récupération de l'arbre du grand-père. Un autre monde est donc possible. L'engagement militant de la cinéaste et de son scénariste, le Britannique Paul Laverty (celui qui fait la réputation des films de Ken Loach), est entier, même si parfois il prend des sentiers battus. Mais le combat ne porte pas toujours ses fruits.Autant que les utopies ! L'olivier se distingue par des dialogues bien menés où chaque mot a un sens, chaque phrase une signification, et par un montage tout en finesse qui renforce la trame d'un film qui ressemble à une fable des temps modernes. Une fable à travers laquelle le procès des nouvelles dominations est fait. Il en est de même pour le mensonge et l'hypocrisie devenus des marqueurs d'époque. L'olivier confirme la bonne santé du cinéma espagnol, toujours en quête de nouvelles idées.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fayçal Métaoui
Source : www.elwatan.com