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Quand des esclaves affranchis deviennent maîtres



Quand des esclaves affranchis deviennent maîtres
L'islam médiéval a permis l'installation d'un régime exceptionnel. Formés aux arts de la guerre et aux préceptes de l'islam, des soldats issus de la garde servile du sultan ayyoubide ont gravi les échelons de la hiérarchie militaire et, pour quelques-uns, pu prétendre au trône.Maître de conférences à l'université Pau-Valéry Montpellier, Julien Loiseau consacre un livre fort intéressant à cette expérience politique originale : Le règne des Mamelouks sur l'Egypte et la Syrie entre le milieu du XIIe siècle et le début du XVIe siècle, Grand prix des Rendez-vous de l'histoire du monde arabe. Selon l'historien, le régime qui s'établit en Egypte dans les années 1250 et étendit sa domination à la Syrie au cours de la décennie suivante, tranche avec les expériences signalées lors du règnes des Abassides : pour la première fois au c?ur de l'islam, un ancien esclave était élevé sur le trône par le soutien des principaux officiers de l'armée, tous comme lui, des mamelouks affranchis.Loiseau, qui se défend de faire une synthèse de l'histoire du sultanat mamelouk ou un tableau exhaustif de cette période, décrit le destin singulier de ces hommes importés des marges septentrionales du territoire de l'islam, que les hasards de l'esclavage jetaient au Proche-Orient et incorporaient, selon lui, à une nouvelle patrie, une nouvelle identité, une nouvelle fonction sociale.L'histoire qui affirme vouloir faire le récit de cette expérience politique reviendra dans les chapitres de son livre sur le commerce des esclaves soldats, ses filières et ses itinéraires, l'intégration de ces contingents dans leur terre d'adoption : terre d'un islam vernaculaire, dans lequel, soutient-il, ils se reconnaissaient davantage que dans l'abstraction de la foi. Au fil du livre, il sera loisible de connaître l'histoire des mamelouks, certains sont devenus des héros, à l'instar de Baybars, esclave devenu sultan dont les exploits racontés dans le roman de Baybars, avaient fait la plus grande gloire de l'islam et la déconfiture de ses adversaires.En conclusion de son ouvrage, l'auteur signale que le sultanat des mamelouks, disparus après leur défaite face aux Ottomans fut «à la fois le plus extravagant et le plus classique de tous les régimes élevés sur les ruines de la légitimité califale, confiant à d'anciens esclaves nés dans l'ignorance et l'infidélité la tâche insigne de défendre, soutenir et illustrer la religion du Prophète». Récusant l'idée de leur illégitimité par rapport à leurs sujets, Loiseau précise que les mamelouks poursuivaient une quête : celle de l'autochtonie, qui par définition échappait à des individus dont le statut social et les privilèges tenaient à leur origine allochtone.
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