Quelque 400 jeunes avocats stagiaires ont été promus, jeudi, à Oran, dans la perspective d'une importante promotion de robes noires jamais enregistrée dans la compétence au niveau de la wilaya. La sortie de cette promotion lors d'une cérémonie solennelle clôturant ainsi la fin de stage des jeunes avocats, a été l'occasion pour d'anciens 'ténors' du barreau d'Oran de faire le procès du colonialisme.
A distinguo, la nouvelle sortie, qui portera à 4 400 avocats inscrits au tableau de l'Ordre, porte le nom, suivant la tradition, de Me Alphonse Auguste Thuveny, ancien avocat du barreau d'Oran, assassiné le 28 novembre 1958 à Rabat (Maroc).
L'avocat, dont le square abritant le siège de la cour de justice d'Oran porte le nom, est une figure du collectif d'avocats ayant assuré au péril de leur vie la défense d'un nombre du groupe dit des 47 militants de l'Organisation spéciale (OS) dont le procès se déroula les 12 et 13 février 1951 à Oran.
Plusieurs bâtonniers algériens ainsi que celui de la ville tunisienne de Sousse, le représentant du consul général d'Espagne, le consul général de France, le consul du Maroc à Oran et des chercheurs universitaires ont pris part à cette cérémonie qui a été également marquée par un hommage émouvant rendu à la première femme avocate algérienne de la région Ouest du pays. Me Tilikète-Kandil Malika, dont la prestation de serment remonte à septembre 1967, a dressé un véritable réquisitoire contre le colonialisme. 'L'école coloniale était particulièrement parcimonieuse à l'égard des Algériens qui laissait entrouverte la porte à un petit nombre d'indigènes', a sentencieusement lâché l'avocate de renom. Elle accusera le système colonial d'avoir légitimé 'l'interdit' aux Algériens d'accéder au savoir. 'Etions-nous des Algériens-Français, des indigènes, des musulmans ou des Français en dépit de l'obligation de l'école primaire pour tous introduite par Jules Ferry', a plaidé Me Tilikete-Kandil. Pour cette fille de notaire de la Kabylie qui n'a pas échappé à l'ostracisme, la trouvaille était faite : 'Nous sommes Français musulmans pour la forme, pour le reste, on était des indigènes rescapés, des alibis de cette école coloniale qui nous humiliait et nous stigmatisait quotidiennement dans les classes d'écoles.' Un plaidoyer pour la reconnaissance des avocats français engagés dans la défense des nationalistes algériens est mis en relief par l'avocate. Elle évoque Me Simone et Paul Boisy qui s'exilèrent en France car menacés par les séides de la sinistre 'Main rouge'. 'On ne rendra jamais assez hommage à ces militants de la cause algérienne qui mettaient en péril leur vie au service de l'indépendance de l'Algérie', s'écrie-t-elle, sous les ovations nourries des 400 avocats stagiaires.
Elle sera ensuite relayée par une excellente approche sur 'L'Emir Abdelkader et la justice' donnée par un chercheur universitaire. Sans ambages, Hasni Bellil affirme que la nomenclature officielle des magistrats algériens qui se trouve aux Archives nationales en France n'a pas été restituée jusqu'à ce jour. Selon lui, les différents traités de jurisprudence contenus dans ces documents concernaient la répartition des missions de justice à travers huit provinces du pays. Seuls 35 noms de jurisconsultes ayant légiféré sous l'Emir Abdelkader sont connus.
Pour Me Doubla Mohamed, la justice sous l'Emir Abdelkader a été sécularisée puisqu'il a confié les postes de cadi à des magistrats professionnels. 'Il a érigé des édifices distincts spécialement aménagés pour rendre justice au lieu des mosquées qui étaient jusqu'ici utilisées comme faisant office de tribunaux.'
Fait anecdotique, un de ces édifices judiciaires à Mascara fut transformé en bar avant son attribution au profit d'un footballeur bien connu qui en fit un café. Actuellement, il fait office de musée où sont exposés des effets personnels ayant appartenu à l'émir Abdelkader.
K. REGUIEG-ISSAAD
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : REGUIEG ISSAAD K
Source : www.liberte-algerie.com