Ce qui est commun à tous les gouvernements du monde, ce sont les projets. Chacun en a son escarcelle pleine. Ce qui les différencie le plus, ce sont les réalisations, c'est-à-dire la concrétisation de ces mirifiques projets qui vont d'abord se traduire par des immobilisations de sommes faramineuses qui vont faire rêver les citoyens. Et dans ces projets, ce sont les constructions qui ont la part du lion. Chaque homme politique veut laisser son empreinte sur le relief du territoire qu'il a dominé. C'est la raison pour laquelle on évalue le dynamisme d'un gouvernement au nombre de ses chantiers.
«Quand le bâtiment va, tout va!», dit l'expression chère aux entrepreneurs. Et quand il y a de l'argent dans les coffres, ce serait une hérésie que de ne pas s'en servir pour construire. La construction est une oeuvre pérenne et elle survit en général à ses concepteurs.
Les palais, les monuments et les temples sont les témoins du passage sur terre de tous les souverains qui ont eu la prétention d'une gloire éternelle.
Alors, quand l'argent rentre facilement, il faut se dépêcher de le dépenser avant qu'il ne s'évapore ou qu'il parte dans des futilités comme les festivals, les années de culture ou l'importation de produits de luxe. C'est pour cette raison que les planificateurs et les bureaux d'études sont mobilisés pour redonner à nos cités le visage des cités modernes.
Il faut préciser qu'hormis les quartiers huppés (ceux des hauteurs où les autorités ont toujours été vigilantes sur les plans de masse et les permis de construire), les quartiers périphériques ont été livrés à l'autoconstruction et où l'imagination des maîtres d'oeuvre s'est libérée complètement. Ignorant les règles d'architecture et toute référence à la tradition, à la fonctionnalité, les propriétaires n'ont connu qu'une limite, celle de leurs bourses. Et c'est un triste spectacle que de voir d'anciens vergers hérissés de villas aussi prétentieuses que biscornues. Il y a même des quartiers où les espaces verts ont disparu, phagocytés par la spéculation foncière sans frein.
Il est cependant rassurant d'entendre que les vieux quartiers qui vont du Hamma jusqu'à El Harrach vont connaître, dans les années qui viennent, un lifting sérieux qui donnera à la capitale la physionomie des cartes postales de Hongkong ou de Malaisie: des tours, de hautes tours poussant au milieu d'espaces verts traversés par de larges avenues. Et puis, il y a cette fameuse promenade d'Alger qui se dessine déjà dans l'aménagement de tout le front de mer qui va de l'usine de dessalement jusqu'aux Pins maritimes. Avant les constructions qui vont jalonner ce parcours jadis fréquenté uniquement par des amoureux SDF ou des marginaux, des rangées de palmiers ont planté leurs racines, prêts à offrir leur ombre hospitalière à des amoureux qui, on l'espère, auront le droit de se tenir par la main en toute sécurité tout en regardant dans les yeux de leurs protagonistes le reflet bleu de la mer si proche...Il est permis de rêver! Cela les changera un peu des cités-dortoirs où le moindre petit espace est squatté par des kiosques qui poussent comme des cham-pignons! Il faut souhaiter simplement que les ascenseurs puissent fonctionner tout au long de l'année, que les avaloirs soient curés régulièrement et que les services de la voirie enlèvent les ordures avant sept heures du matin, heure à laquelle s'arrête toute opération de livraison de marchandises dans les pays policés. Si notre pays est capable de relever certains défis, on ne peut que rester sceptiques quant à l'évolution des mentalités: le triste exemple de l'Oref, qui avait été prévu pour promouvoir les activités culturelles et offrir un autre pôle d'attraction à une population concentrée sur les deux principales artères de la capitale, est assez éloquent, car en définitive, il ne suffit pas de changer les murs, il faut changer les mentalités. Tout n'est pas quaffaire de décor.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Selim M'SILI
Source : www.lexpressiondz.com