Oran - Revue de Presse

Projet «Lecture pour tous» en Egypte



Mettre fin à l’exil entre le livre et le citoyen 17 ans après le lancement du projet «Lecture pour tous», l’Egypte décide de transformer le festival en une campagne nationale qui se poursuivra jusqu’en 2008. Un nouveau coup d’envoi dans un pays où, dit-on, on lit peu.  Les Egyptiens sont ceux qui lisent le plus dans le monde arabe, même si ce sont souvent des journaux et des magazines. 91,5 % de la population lettrée lit au moins un livre par an. C’est ce que démontre une enquête menée par l’agence Synovate pour le compte de la fondation Next Page auprès d’un échantillon représentatif dans cinq pays arabes, dont l’Arabie saoudite, le Liban, la Tunisie et le Maroc. Mais, toujours selon cette étude, la majorité des lecteurs égyptiens lisent le Coran. On lit donc en Egypte, mais on lit peu, voire très peu. Et pour le prouver, on avance des chiffres pour les éditions, en moyenne 1 000 exemplaires d’un roman par exemple, dit-on. Difficile à confirmer, car en Egypte les statistiques représentent une véritable faille. Il n’existe aucun indice ni privé ni gouvernemental indiquant combien de livres ont été vendus. Pour les éditeurs, «l’habitude de la lecture se perd». Paradoxalement, le nombre des maisons d’édition ne cesse d’augmenter, celui des librairies et bibliothèques aussi. «Si elles ne réalisaient pas de gain, elles fermeraient leurs portes», estime l’écrivain Ibrahim Aslane. Selon lui, « la publication n’est pas aussi minime comme on le prétend «. Il se dit étonné par ce nombre de jeunes qui le reconnaissent dans la rue ou qui viennent assister à une soirée de signature de ses nouveaux ouvrages. L’image d’un jeune avec un livre sous le bras est de plus en plus visible. «L’Immeuble Yacoubian», de Alaa Al-Aswani, aurait été vendu à 250.000 exemplaires. Son œuvre «Chicago», qui vient d’être lancée au début de l’année, est à sa 7eme édition. «On publie aujourd’hui la 50eme édition des œuvres de Mahfouz, la 15eme de Bahaa Taher et autres, mais personne ne parle de poésie aux Etats-Unis qui tire à 300 exemplaires dans un pays qui compte 200 millions d’habitants». Il met ainsi en doute la véracité du rapport 2003 du Programme du développement humain dans le monde arabe, dépendant du PNUD. «En Occident, on veut véhiculer l’image d’un Arabe ignorant, qui ne lit que le Coran et mérite donc d’être occupé, et ils sont encouragés par l’absence de transparence chez nous», croit Aswani. L’image est-elle aussi positive ? Ne dit-on pas que cette nation du « Lis» (le premier mot révélé dans le Coran) ne lit plus. C’est la question que se pose le Syrien Achraf Bakr, dans son livre qui vient de sortir «Que lisent les Arabes d’aujourd’hui ?» . Il se demande ainsi parmi un tas d’autres interrogations : «Vendons-nous des livres ou de l’illusion ? Pourquoi le livre ne fait-il pas partie de notre quotidien ?». C’est d’ailleurs l’idée de l’initiative «Lecture pour tous», au départ, sujet de la thèse de magistère de Mme Suzanne Moubarak, transformée, dix ans après, en projet pour sensibiliser l’ensemble des Egyptiens, surtout les jeunes, à la lecture. Le projet a permis, selon Nasser Al-Ansari, président de l’Organisme général du livre, de publier «40 millions d’exemplaires d’ouvrages représentant 3.700 titres» et ce, à des prix modiques et sur fond d’un vaste réseau de bibliothèques. Des critiques fusent : il ne s’agirait que d’un projet de caractère festif plus qu’une promotion réelle du livre. La forme prend le dessus sur le fond, «comme c’est le cas dans tous les projets gouvernementaux», estime Aswani. «Un projet qui coûte des millions de livres depuis des années sans être suffisamment efficace». Les écrivains, en reconnaissant les failles, estiment pour autant que tout effort pour diffuser la lecture est le bienvenu. D’après Ibrahim Aslane, «l’essentiel est de mettre fin à l’exil entre le livre et le citoyen». Des vendeurs de journaux affirment que des gens s’arrêtent pour demander si les livres de «La lecture pour tous» sont disponibles. «Parfois, ils regardent juste le prix et non pas le titre et achètent le livre sur-le-champ. 4 ou 5 L.E., cela tente tout le monde et je ne suis pas sûr qu’il sera lu» , avoue Am Ali, vendeur de journaux. Tout acheteur est cependant un potentiel lecteur. L’an dernier, même si le chiffre de ventes des livres n’a pas été dévoilé, 11,5 millions d’Egyptiens se sont rendus aux bibliothèques dans le cadre du festival. Une sorte de relation semble s’établir entre le livre et le citoyen, interrompant le cours d’une répulsion surtout avec les jeunes. L’écrivain Ibrahim Abdel-Méguid estime que la lecture est assiégée en Egypte par la télé, les vidéo-clips, les mosquées, les églises et plus que tout par les écoles. D’après lui, le système scolaire fait que les étudiants détestent les livres, quels qu’ils soient, et curieusement la langue arabe. Le ministère de l’Education est pointé du doigt. Il serait responsable de ce recul impressionnant de la lecture. Les cours de lecture, les concours de lecture, la revue des livres n’existent plus dans l’emploi du temps des élèves et s’il y a une bibliothèque à l’école, elle est le plus souvent désertée et ses livres ensevelis sous la poussière. Ne serait-il pas exorbitant de demander à ce simple festival d’entraver cette inertie intellectuelle dans un pays qui compte 17 millions d’illettrés ? Comment empêcher cette fuite vers la superstition, la pensée eschatologique, les arts divinatoires qui caractérisent ces ouvrages partout dans la rue égyptienne ? Aswani estime que l’affaire est purement politique, c’est tout un système qui nécessite une métamorphose. S.A.
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