Trop facile aujourd'hui de faire le constat du retard du chantier et de faire porter le chapeau à tel ou tel intervenant. Le projet étant dans sa dernière ligne droite avec les travaux de finalisation qui sont en cours, les efforts doivent en principe converger vers le même objectif: la livraison de la cité dans les meilleurs délais. Cela commence forcément par la levée des contraintes et la résolution des problèmes.S'il y a lieu de faire une rétrospective, la grosse erreur, celle qui a enclenché une série d'erreurs chemin faisant, elle a été commise six ans auparavant. Début 2015. Alors que les esprits se sont relativement calmés dans la cité de «Batimat Taliane» une année et demie après le départ d'Abdelmalek Boudiaf, qui, on s'en souvient, s'était engagé dès 2012 dans une guerre d'usure avec les résidents de ces bâtiments en préfabriqué avec comme enjeu en sourdine le foncier à haute valeur immobilière de ce site, Abdelghani Zâalane, à la surprise presque générale, a rouvert ce dossier qu'on croyait alors classé. A force de vouloir paraître en scène locale et nationale comme étant le solutionneur des problèmes et l'homme de toutes les situations, a fortiori lorsqu'il s'agissait de missions ratées par son prédécesseur, Zâalane a dû mettre en balance tout le poids de l'autorité de l'Etat dont il était dépositaire pour conclure l'affaire de «Batimat Taliane». Il a puisé dans ses relations. Et dans les réserves foncières aussi. Au bout de quelques rondes de négociations wilaya-Batior, marquées par un déséquilibre significatif, la SPA publique spécialisée dans le secteur des travaux de maçonnerie générale et des gros ?uvres de bâtiment a accepté, bon gré mal gré, de délocaliser son QG sis zone des sièges, USTO. Destination zone d'activités de Chteïbo, où deux petits terrains de substitution leur ont été affectés en échange de ses 17 hectares.
SITE DE BATIOR : LA SOLUTION TRES COUTEUSE DE ZAALANE
Bien sûr, on a bien pris le soin de faire taire toute voix réelle ou éventuelle criant -à tort ou à raison- à la désindustrialisation ou, à tout le moins, à la désaffectation d'activités économiques pour un subjectif mobile de paix sociale, et ce en emballant l'opération dans du papier «externalisation» hors de l'intra-urbain d'entités industrielles, non sans vendre à l'opinion publique l'image (erronée) d'une unité BTP désaffectée devenue un point noir dans un périmètre urbain de haut-moyen standing. Batior, dans son déménagement presque sous la contrainte, a laissé derrière elle tout un parc de matériel de production, une logistique, des superstructures en béton et en métal, une base de vie... Son matériel, du moins ce qui pouvait en être récupéré, devait être acheminé au nouveau camp de Chteïbo par petits arrivages successifs, au fil des man?uvres de démontage. L'annonce, à grand renfort médiatique, d'un projet de 1.252 logements LPL destinés aux occupants de la cité à base d'amiante de «Batimat Taliane» ayant été faite par Zâalane sur site en décembre 2014, ce n'est que huit mois plus tard, fin juillet 2015, que le marché (étude et réalisation) a été signé. Deux entreprises ont été retenues à cet effet par le maître d'ouvrage, l'OPGI d'Oran, à partir d'une «short-list» du ministère de l'Habitat, la SARL Kada Torki Djamel et la SARL C2SS (entreprise 100% de droit algérien), chargées alors d'exécuter deux projets clés en main d'une consistance de 672 et de 580 logements respectivement, pour un délai de 25 mois, dont 3 mois pour les études.
Bien que l'entreprise C2SS ait signé un procès-verbal de négociation pour un «terrain nu et libre», tient à préciser son patron avec documents à l'appui, en réalité cela n'a pas été le cas puisque l'OPGI a, de commun accord avec les autorités locales, déplacé le site d'hébergement vers l'usine à délocaliser de Batior.
TERRAIN NU ET LIBRE... SUR PAPIER
L'entreprise de réalisation C2SS s'est vue donc dans l'obligation de procéder, dans une phase préliminaire forcée, à des travaux de démolition évaluées et négociées avec les services de l'OPGI pour un montant de 80 millions de DA ayant fait l'objet d'un avenant. A l'évidence, la solution de Zâalane, qui a jeté son dévolu sur le site de Batior pour résoudre l'équation à plusieurs variables de «Batimat Taliane» en le présentant à l'opinion publique comme étant «la dernière réserve foncière dont disposait encore Oran-ville», était très coûteuse. Tant en termes de finances en ce qu'elle entraîne comme surcoût du marché du fait des travaux supplémentaires à mener pour éradiquer les installations de Batior et préparer le terrain à bâtir, qu'en termes de délais d'exécution du projet. Sans compter les effets collatéraux d'un tel choix de site. Une autre surprise s'en est suivie en cours de route : bien que la société C2SS ait signé un marché comprenant étude et réalisation et son dossier de réalisation (plan de masse et plan de génie civil) ait été déjà approuvé par le CTC lors de la remise de l'ODS, pour des raisons tout à fait indépendantes de sa volonté, un groupement de bureaux d'études choisis par le CLOA a été imposé par le maître d'ouvrage au lieu et à la place du BET contracté par la C2SS. Ce dernier, bien qu'il ait déjà ficelé et remis son étude confectionnée pour un montant de 1,9 million de DA, s'est vu carrément évincer. La C2SS n'a jamais pu récupérer son argent dépensé au titre de l'étude. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé.
CHANGEMENT DE TYPOLOGIE EN F3 + F4 : UNE PREMIERE DANS LE SOCIAL
Le meilleur est à venir cependant. Cédant a priori à la pression d'un nombre de bénéficiaires de ces 1.252 logements, qui ont eu entretemps leurs pré-affectations, et tenant vaille que vaille à ce que sa feuille de route aboutisse, le wali Zâalane a créé une première dans les anales du secteur de l'habitat : une partie des F3 de ce projet de logements sociaux de type LPL a été transformée, en plein cours de chantier, en des F4. Avec à la clé une dérogation du Premier ministère, la typologie du projet a été changé. L'entreprise C2SS a reçu séance tenante l'ordre de passer de 580 unités de type F3 à 529 unités de types F3 et F4 (précisément, 268 appartements de type F3 et 261 autres de type F4). Au lieu donc de construire 6 blocs en R+9 et 15 blocs en R+5, elle devait revoir sa typologie, avec toutes les circonvolutions et les acrobaties que cela supposait puisque les gros ?uvres étaient avancés, et mettre en place 6 blocs en R+9 et 13 blocs en R+5. Auparavant, même les études géotechniques de sol transmises par le maître d'ouvrage ont dû être révisées car elles se sont avérées erronées, avec entre autres fausses données, une portance du sol de 1,7 bar alors que les terrassements dits de «grandes masses » ont révélé une nature entièrement rocheuse du sol avec une portance de 2 bars, rapports du CTC et du LNHC faisant foi. Autre fait majeur ayant eu une incidence sur le rythme d'avancement du projet, selon les responsables de la SARL C2SS : le BET chargé de la mission du suivi a vu son contrat expirer en mars 2017 et, de ce fait, l'entreprise de réalisation s'est retrouvée depuis seule sur le terrain, avec des attachements difficilement signés et approuvés et qui restent sans situations de travaux de facturations.
CONTRAINTES, PROBLEMES ET MANQUE D'ACCOMPAGNEMENT
Bien qu'elle ait, d'autre part, introduit dans les délais réglementaires tous les avenants concernés par l'évolution du programme et des évènements de son histoire (avenant portant sur le changement de typologie et prorogation des délais dus aux retards de paiement, avenant des travaux supplémentaires et complémentaires dans le cadre du marché de 128 millions de DA, avenant global des travaux supplémentaires et complémentaires dans le cadre du marché et hors du cadre du marché d'un montant de 230 millions de DA -travaux de démolition-), la société C2SS affirme encore par la voix de son premier responsable n'avoir eu aucune validation ni retour d'informations. Depuis son installation, cette même entreprise recevait toujours le paiement des situations avec beaucoup de retard, et à ce jour elle attend le règlement de deux situations datant des mois de mars et de juillet pour un total de 46 millions de DA, selon son patron. Et ce dernier de lancer un appel à l'adresse du premier responsable de la wilaya : « Face à ces contraintes multiples et différentes qui se dressent devant la C2SS dans la réalisation de ce programme très important pour la politique du ministère de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Ville, tout comme pour celle des pouvoirs publics locaux, face à ce cumul de problèmes restés sans solutions, face à cet état de fait qui semble perdurer, nous sollicitons l'intervention du premier responsable de la wilaya pour instruire les services de l'OPGI à l'effet d'une prise en charge efficace et efficiente de notre projet. La levée de ces contraintes mettra indéniablement notre entreprise en position optimale de réalisation et de livraison de ce projet dans des conditions professionnelles et sereines ».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : H S
Source : www.lequotidien-oran.com