Personne ne peut
dire comment va évoluer la pandémie de grippe A(H1N1). Va-t-elle connaître un
essoufflement ou vat-elle continuer à se propager ? Va-t-elle se mettre en
sommeil pour se réveiller plus sévère d'ici quelques mois ? Restera-t-elle
modérée ou deviendra-t-elle plus virulente ? Le fait est que les experts de la
grippe l'ignorent.
Ce qui est sur
c'est que les autorités sanitaires ont mal-géré leur communication au public à
propos de cette nouvelle menace qui pourrait bien prendre un caractère alarmant.
Bien qu'ils maîtrisent tout de la virologie et de la santé publique, il ne
connaissent rien à l'art de communiquer avec (ou d'écouter !) les populations à
propos des risques. Alors voici un petit manuel à l'usage des communicants pour
les aider à expliquer cette nouvelle maladie selon le principe ce qu'il ne faut
pas faire.
1. Ne pas feindre
l'assurance.
Personne n'aime l'incertitude. Nous espérons
tous des experts qu'ils maîtrisent la situation et son évolution. Mais c'est
plus supportable lorsque les doutes sont admis que lorsque l'on arbore une
fausse assurance. Lorsque les autorités sanitaires nous affirment sans
sourciller qu'il va se passer telle chose et qu'en fait il se passe tout autre
chose, on perd confiance en leur légitimité. Certains responsables envisagent
plusieurs scénarii de pandémie de grippe, et espèrent des surprises qui les
obligeraient à modifier les plans. Nous devrions en être informé.
2. Ne pas rassurer
abusivement.
Jusqu'à présent, la pandémie est modérée.
Mais même un virus de grippe modéré peut tuer beaucoup de gens, surtout ceux
déjà affaiblis par des problèmes de santé. Et les experts s'inquiètent d'une
mutation du nouveau virus H1N1 en une version plus virulente. Pourtant les
responsables persistent à dire, selon les termes mêmes d'un responsable
écossais « que le public n'a absolument pas à s'inquiéter. » C'est faut et cela
pourrait se retourner contre eux. Même avant que ne se détériore une situation
(s'il elle se détériore), les gens perçoivent bien si on essaye de les
anesthésier plutôt que de les informer. Et le manque de confiance dans la
capacité des autorités à nous communiquer y compris les informations alarmantes
fait que nous nous laissons influencer par les rumeurs. Une attitude trop
rassurante nous inquiète plus qu'autre chose.
3. Ne pas céder à
la panique.
La panique est
rare en situations d'urgence. Même s'ils se sentent paniqués, les populations
se comportent généralement plutôt bien. Mais une “panique panique” (les
autorités craignent toujours qu'ils ne pourront pas empêcher les gens de
paniquer) est à la fois normal et dangereux. Dans une “panique panique,” les
autorités publient des déclarations excessivement rassurantes, évitent ou
retardent les annonces inquiétantes et parlent de manière condescendante de
‘l'irrationalité' des populations, de leur ‘hystérie' et de leur ‘panique'.
Rien de tel pour fragiliser un peu plus la confiance.
4. Ne pas focaliser
sur les accusations d'alarmisme.
Rien de ce que
les autorités déclarent n'est à même de causer un état de panique, mais quoi
qu'ils disent, il y en aura toujours quelques uns pour leur reprocher d'être
trop alarmistes. Même lorsque les autorités tendent à rassurer de façon
insistante, il se trouve toujours des critiques qui leur reprochent d'attiser
les craintes par excès de paternalisme. Ces accusations sont inévitables et les
responsables ne devraient même pas y prêter attention. Bien plus de
responsables ont perdu leur poste pour ne pas avoir suffisamment informé des
risques qui se sont avérés sérieux que pour avoir trop insisté sur des risques
non avérés.
5. Ne pas occulter
la phase d'adaptation.
Bien que les
situations de panique soient rares, il est naturel d'avoir besoin d'un peu de
temps pour s'adapter à une nouvelle situation à risque – et cette pandémie de
grippe est une nouveauté pour nous tous. On ne peut pas sauter ce que les
communiquants qualifient de ‘phase d'adaptation' pendant laquelle on risque
d'être temporairement exagérément anxieux et hyper vigilant en prenant des
précautions qui sont techniquement inutiles ou prématurées. Ces phases de
réajustement sont courtes mais utiles car elles servent de répétition
cognitive, logistique et émotionnelle dans l'éventualité de temps plus
difficiles. Les autorités sanitaires devraient aider les populations dans cette
phase d'ajustement plutôt que d'exiger qu'ils l'occultent.
6. Ne pas en rajouter
sur l'action gouvernementale.
S'il y a une
phrase que je bannirais des déclarations officielles, c'est “Tout est sous
contrôle.” (“Il ne faut pas céder à la panique” pourrait être mon second
choix.) Les experts s'accordent sur le fait que les pandémies peuvent être
ralenties mais pas “circonscrites.” Les responsables qui promettent – où
laissent entendre – qu'ils peuvent bloquer la pandémie à leurs frontières, ou
même l'arrêter lorsqu'elle arrivera, doivent s'attendre à une violente réaction
de l'opinion publique.
7. Ne pas en
rajouter sur ce que la population peut faire.
C'est une bonne
communication de crise que de proposer à chacun de faire quelque chose. Agir
donne un sens de la maîtrise et aide à gérer la peur. Et si le H1N1 devenait
plus virulent, les personnes (et les communautés) qui se sont préparés à cette
possibilité s'en sortiront probablement mieux que les autres. Mais les
recommandations d'hygiène telles que se laver les mains et se couvrir la bouche
quand on tousse ont un impact limité. La grippe se développe moins vite si
chacun y met du sien, mais elle continue à se propager. “Ce n'est pas beaucoup,
mais c'est tout ce que nous avons ” est un message tout aussi efficace que
“Cela protège de la grippe” pour convaincre les populations d'adopter ces
mesures – et la vérité est bien plus supportable que l'exagération.
8. Ne pas
demander l'impossible.
Recommander des mesures que la population ne
peut mettre en Å“uvre est futile et démontre un manque de maîtrise. Les
autorités ne devraient pas encourager les populations à se laver les mains là
où aucune eau saine n'est disponible. Ils ne devraient pas demander aux
populations urbaines dont les conditions de santé ne sont pas toujours faciles
‘‘d'éviter les foules” sans réaliser que c'est tout simplement impossible
d'éviter les foules pendant la durée de la pandémie.
9. Ne pas négliger
l'instant pédagogique.
Dans les pays en
développement, la grippe n'a pas (encore) atteint le niveau d'alerte de nombre
de menaces sanitaires endémiques et l'objectif principal d'une communication de
crise devrait être d'aider les personnes à traverser leur phase d'adaptation,
prendre des précautions réalistes et se re-concentrer sur d'autres priorités.
Mais dans le monde développé, la grippe a deux leçons importantes à enseigner :
(1) La grippe est un sujet grave le plus souvent sous-estimé par les
populations ; (2) A terme, une pandémie sévère frappera, que ce soit le H1N1 ou
autre, et nous devrions nous y préparer dès maintenant.
Les responsables en Amérique du nord ont
presque totalement raté l'instant pédagogique. Plutôt que de maîtriser ces
leçons, beaucoup de gens ont ‘‘appris'' (ou mal appris) que les pandémies
étaient des tigres de papier et que les responsables sanitaires sont toujours
trop alarmistes.
Espérons que les autorités sanitaires
ailleurs feront mieux que cela.
Traduction
Frédérique Destribats
* Consultant en communication
de crise basé à Princeton, NJ, USA
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Peter M Sandman*
Source : www.lequotidien-oran.com