
Après un premier ouvrage La légende inachevée paru aux éditions Média-Plus en 2013, Farida Hamadou renouvelle sa passion en nous donnant à lire un second roman époustouflant de douceur, mais singulier dans la description de la douleur. Une douleur faite femme et nommée Maryam (éditions l'Harmattan), le personnage principal de ce roman écrit avec c?ur, dans un style accrocheur, assez original, sortant de l'écrit rigide, linéaire et standard pour s'aventurer avec finesse et talent dans les dédales d'un mouvement particulier de plume qui apporte à la lecture un charme parfois déroutant, mais tout aussi particulier.L'histoire se déroule à Constantine et s'accompagne de descriptions, de décors, d'atmosphère et de paysages qui en disent long sur la nostalgie d'un lieu cher à son c?ur qu'elle voit dépérir chaque jour un peu plus : "... attirés par les ruines de Deir El-Khodja : des pans de murs insolites, à présent dépeuplés, dont le crépi à l'indigo était encore perceptible. Des trognons de murs désolés, grands ouverts au ciel, comme des orants criant leur désespoir, qui avaient, pourtant, un jour, abrité des vies, des rêves, des rires, des prières. Tout n'était plus qu'éboulis et gravats, désordre et désolation, jonchant la médina, qui continuait de vivoter sur les décombres d'un passé sanctifié, dont ne se souviendraient peut-être que quelques âmes pieuses". Cela raconte une tranche de vie de cette Maryam, à travers laquelle beaucoup d'autres Maryam se reconnaîtront dans ces sentiers battus et ces sagas enchevêtrées. Il s'agit d'elle(s) toutes... de cette épouse désabusée après de longues années passées à être aux petits soins, sans jamais sourciller ; de cette maman déboussolée qui n'arrive plus à contrôler ses gestes tellement la douleur est profonde ; de cette fille perturbée par un parcours qui s'est voulu sans faute pour faire plaisir à la famille et éviter les commérages des voisins car c'est de cette société dont il s'agit. Une société où elle se voyait "déjà excommuniée, frappée du sceau de l'opprobre. Jugée femme indigne, condamnée sans rémission, du seul fait qu'elle ose quitter le domicile conjugal, qu'elle revendique un respect auquel la plupart de ses congénères renoncent par lassitude, faiblesse ou résignation. Car les critères et règles de cohabitation sont définis et fixés, une fois pour toutes, depuis et pour toujours". Mais pourquoi accepter de n'être que cette femme "méprisése, bafouée, abusée, rongée" ' À quoi bon se résigner ' Et ce fut décidé. Elle n'en peut plus de cette vie tronquée, de cette comédie à ciel ouvert qu'elle devait jouer pour sauver la face au détriment de sa santé. Elle veut recouvrer sa liberté. Non pas qu'elle veuille agir en dévergondée mais elle estime avoir droit à du respect et de la dignité. Et cette nouvelle vie va graviter autour de Ouarda, Faten, Yasmine et Houria, dans le doux souvenir de Nenna, de Mma Fatouma, de Djeddi et de cette "colline aux oliviers" abandonnée, devenue un rêve irréalisé. Et l'amour dans tout ça ' Est-il encore permis d'en rêver ' Peut-être que oui maintenant que Salim est à ses côtés, lui susurrant à l'oreille : "Hors ta présence, je ne suis qu'une lande déserte, investie par d'épais et lourds frimas." Ce roman semble être à la fois un appel au secours, un cri d'espoir et un hymne à l'amour qui "grandit, grandit, pour devenir plus fort que la mort..."Samira Bendris-OulebsirRoman Maryam, de Farida Hamadou. Ed. l'Harmattan & Lettres du monde arabe, 164 p. 2016
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samira BENDRIS
Source : www.liberte-algerie.com