De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari
Désormais, plus rien ne sera comme avant en Union européenne et en zone-euro. La crise financière et l'embrouillamini grec accélèrent le rythme des décisions. Ces dernières sont déchirantes, impopulaires, injustes, voire antidémocratiques. Pour autant, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE n'ont guère le choix. Une indécision, une hésitation et/ou une mauvaise dépense et voilà que vous tombent dessus les prédateurs. Les rapaces.
Ils portent des noms «light», raffinés, rassurants mais ne lâchent rien, et sont d'une cruauté extrême. Agences de notation, les marchés, indices boursiers, Banque mondiale, Fonds monétaire international, plans de rigueur : les mécanismes d'observation et de contrôle mis en place par le système financier et monétaire - rien à voir avec le bon capitalisme productif et créateur d'emplois et de richesses de Karl Marx ou d'Emile Zola - guettent le moindre faux pas ou la moindre erreur d'appréciation pour dégrader, jeter aux oubliettes, passer à la trappe des pans entiers d'une économie ou carrément vouer aux gémonies un ou des pays entiers. L'Union européenne est pleine de mauvais élèves. La Grèce, le cancre, l'Espagne et l'Italie, les fainéasses, l'Irlande l'insoumise qui ne respecte pas les modalités, la France qui se moque du taux toléré du déficit public, les ex de l'Est du giron soviétique devenues marché allemand dans la configuration européenne et qui jurent non pas par Bruxelles mais par Berlin. Berlin, justement, l'Allemagne, la Prusse, les Germains, Bismarck, ne veut plus mettre la main à la poche pour sauver les roublards (Grecs), les tricheurs (Italiens), les fraudeurs (Espagnols) ou les dépensiers (Français). La chancelière allemande l'a dit et redit à plusieurs reprises. Ni la Banque centrale européenne, ni le contribuable allemand ne seront les garants des dettes abyssales accumulées en Europe. Si tel devait être le cas, Berlin propose, cependant, des conditions tellement drastiques que le malade, certes, sera guéri, mais mort. D'un mot : les plans de rigueur imposés aux cancres seront presque impossibles à supporter par les populations. Suppression de moitié des dépenses de santé, disparition des allocations de chômage, démantèlement du service public, augmentation des impôts, licenciement sous contre-partie, prolongation de l'âge légal de départ à la retraite, coupes sombres dans les budgets sociaux, de la culture, des loisirs. Il n'est pas jusqu'aux dépenses liées à la sécurité citoyenne (police) ou à l'éducation qui ne soient pas l'objet d'attaques spéculatives ou de projets tendant à la faire disparaître. L'Espagne, l'Italie, la Grèce, le Portugal, l'Irlande balancent dans le tiers-monde. Leur pouvoir d'achat s'éloigne des normes de Bruxelles pour ressembler à celui de la rive sud de la Méditerranée, du Grenadin, du Madrilène, le niveau de vie du Lisboète, de l'Athénien, du Romain ou du Sicilien ressemble plus à celui du Tangérois, de l'Algérois, de l'Oranais, du Tunisois ou du Sétifien qu'à celui du Parisien, du Bruxellois ou du Berlinois. Economiquement et socialement, la crise fait apparaître plusieurs Europe ou une Europe à plusieurs vitesses, deux euphémismes pour cacher le soleil avec un tamis. Au plan politique, les sommets d'hier et celui de mercredi prochain acteront ces nouvelles réalités. Il y aura, vraisemblablement, un gouvernement de la zone-euro. En clair : les Etats de l'euro perdront leur souveraineté nationale dans l'établissement des budgets et dans le choix des orientations économiques. Ça sera le fédéralisme des marchés. Pour la Grèce, Berlin consentira à débloquer en tranches (8 milliards d'euros) pour soutenir la rigueur athénienne, mais le prix à payer par les Grecs sera fort. Le malade risque de mourir debout.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A M
Source : www.lesoirdalgerie.com