Oran - A la une

Pourquoi sont-ils réfractaires à la vaccination



Les antivax, comme on les appelle maintenant, sont persuadés d'avoir raison. Ils développent un argumentaire qui reprend les grandes lignes des campagnes contre la vaccination ou plutôt contre la nature même de ces vaccins et leurs origines.Si Oran peut se targuer de compter l'un des taux les plus élevés en termes de vaccination contre la Covid-19, si ce n'est le plus élevé en Algérie, nombre de ses habitants restent toujours réfractaires à la seringue. Comme Mhand, Lilia, Djawed, Youcef ou encore Paul et Pascaline, les antivax sont persuadés d'avoir raison, développant un argumentaire qui reprend les grandes lignes des campagnes contre la vaccination, ou plutôt contre la nature même de ces vaccins et leurs origines. Mhand, 48 ans, entrepreneur à Oran, est catégorique. "Je ne suis pas convaincu", affirme-t-il à propos de la vaccination. La première cause de son refus réside dans sa peur des conséquences du vaccin sur son immunité, raison qu'il partage avec son épouse. "On en parle avec ma femme et je déconseille aux miens de se faire vacciner", ajoute-t-il. "À ma connaissance, il faut sept ans au minimum pour juger de l'efficacité ou non d'un vaccin, et on est toujours au stade des expérimentations à ce que je sache", argumente-t-il. Une explication reprise par Lilia, 23 ans, universitaire, qui met en doute l'efficacité des vaccins : "Habituellement, il faut plusieurs années pour produire un vaccin, alors que celui contre la Covid est apparu comme par magie. En peu de temps, il s'est retrouvé sur le marché et on oblige tout le monde à se faire vacciner sans même en connaître les conséquences." Notre interlocutrice accuse "les empires pharmaceutiques de ne chercher que leurs profits en se faisant une guerre commerciale pour placer leurs produits".
Elle insiste sur le rôle néfaste de ces laboratoires, qu'elle n'hésite pas à comparer aux vendeurs d'armes, en rappelant l'étrange accord signé avec les gouvernements pour dégager leurs responsabilités en cas de problèmes liés à l'administration de leurs vaccins respectifs. À ce sujet, elle déclare ne jamais pouvoir leur faire confiance. L'autre raison qui conditionne sa position concerne les effets secondaires des vaccins. En plus des témoignages "marginalisés" qu'elle a entendus de la part de professionnels de la santé, Lilia rapporte qu'un cousin à son père s'est retrouvé en réanimation juste après s'être fait vacciner à Béjaïa. Elle dénonce le fait qu'on ne mette pas assez en lumière ces exemples-là. Comme Mhand, elle connaît beaucoup de jeunes gens qui partagent ses convictions, s'interrogeant sur les raisons de leur mise à l'écart. "On culpabilise les non-vaccinés comme s'ils étaient responsables de la pandémie", soutient-elle encore.
Pour Djawad, 35 ans, universitaire, l'équation est simple. "Je ne veux pas me faire vacciner", dit-il sans pour autant en donner les causes. "Je n'ai aucune raison de ne pas le faire, c'est comme ça, c'est tout", explique-t-il. Youcef, 56 ans, retraité de la santé, n'en démord pas : "Je refuse de me faire vacciner alors que j'ignore la nature du produit qu'ils vont m'injecter." "Personnellement, je ne suis pas vacciné. Non pas parce que je suis contre le vaccin, mais quand je constate les conditions de vaccination, je suis réticent", déroule Madjid, un militant associatif. Les mêmes arguments sont avancés parmi la communauté migrante installée en Algérie. Pour Raïssa, la peur du vaccin et de ses effets secondaires explique son rejet : "Nous n'avons aucune garantie sur l'efficacité de ces vaccins. Au Cameroun, des stars ont été vaccinées deux fois, mais elles sont décédées de la Covid. De plus, j'ai peur des effets secondaires qui peuvent survenir dans quelques années."
Parmi ces derniers, elle cite le plus courant : la stérilité. Un avis partagé par Paul, 32 ans, qui évoque l'exemple de l'Europe : "En Europe, bien que tu sois vacciné, tu peux toujours être contaminé." Quant aux effets secondaires, il parle de la réduction de la population mondiale : "On veut mettre un frein à la croissance naturelle..." Pour Pascaline, la quarantaine, son choix n'est pas encore tranché sur la vaccination : "Je ne sais pas encore, et avec toutes les mauvaises nouvelles à la télé, j'ai peur." Cependant, elle n'exclut pas de se faire vacciner si ses compatriotes le font. Une démarche qui pourrait néanmoins se heurter à la position de 90% de sa communauté qui refusent de se faire vacciner pour une raison ou une autre. Un constat établi en premier lieu par les leaders et relais communautaires de cette population, et confirmé par les associations algériennes et leurs partenaires étrangers qui leur viennent en aide. Mustapaha Lahici, vice-président de l'association Aprosch-Chougrani, avait auparavant déclaré que "l'association et ses partenaires ont constaté que très peu de migrants se sont fait vacciner.
Pour nous, l'une des raisons réside dans la peur de se faire arrêter et expulser par les services de sécurité". Une leader communautaire avait évoqué, outre le statut administratif des migrants, leur appréhension quant à une prise en charge en cas d'éventuels problèmes liés aux effets secondaires du vaccin. Mais face à cette résistance, des voix s'élèvent pour préconiser l'obligation du pass sanitaire. Au cas où cette proposition serait adoptée par le gouvernement, les antivax n'auraient pas beaucoup d'options devant eux. "Je vais essayer d'éviter au maximum les endroits publics où on le demande, mais je vais tout faire pour ne pas me faire vacciner", insiste Mhand, qui ajoute que s'il n'a pas le choix, il finira par se soumettre à la vaccination. "Même si on impose le pass, je refuse de me faire vacciner", affirme, pour sa part, Lilia, alors qu'elle doit se rendre à l'étranger. Pour Djawad, l'obligation de ce laissez-passer sanitaire constituera une raison pour ne pas se faire vacciner. Madjid estime, quant à lui, que cette obligation de présenter un carnet ou un certificat de vaccination peut ouvrir la porte aux fausses attestations.

SAID OUSSAD
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)