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Pourquoi les Coréens pleurent Kim Jong-il'



Parmi tous les chefs d'Etat, il y a ceux que les peuples vénèrent et les autres. Par quels critères peut-on définir la différence' La mort de Reagan n'a rien à voir avec celle de Kennedy. Celle de Pompidou en France est différente de celle de De Gaulle. Celle de Mao-Tsé-Toung en Chine...
Deux décès retiennent cette semaine notre attention. Pourquoi' Nous n'allons tout de même pas vous enfermer dans une ambiance mortuaire pour le plaisir de le faire et vous faire passer un week-end affreux. Non! Nous allons poser le débat et laisser chacun faire sa propre lecture de la problématique liée à ce type de décès. Oui, car ces deux décès sont ceux de deux chefs d'Etat. L'un qui n'est plus en exercice et l'autre mort en pleine activité officielle. Le premier est Vaclav Havel, l'ancien président de la Tchécoslovaquie de 1989 à 1992 et de la Tchéquie après la séparation d'avec la Slovaquie jusqu'en 2003. Le second, Kim Jong-il, était à la tête de l'Etat de Corée du Nord depuis 1994. La presse internationale parle de lui en dictateur et de son pays d'unique «dynastie» communiste dans le monde. Vaclav Havel lui, a au contraire, combattu le communisme dans son pays. Le communisme et l'anticommunisme qui les distinguent et les séparent ne seront pas notre propos ici. Plus intéressant encore est cette extrême douleur de leurs peuples qui ont mal supporté leurs disparitions. Comme Vaclav Havel n'était plus en fonction, le chagrin des Tchèques a été moins démonstratif mais aussi intense. Pour Kim Jong-il, c'est la grande déprime de tout un peuple qui se sent subitement abandonné, livré à des lendemains incertains et qui a exprimé sans retenue son immense chagrin. Présentatrice télé en larmes en annonçant le décès de son Président, scènes de foules en larmes dans les rues, hommes et femmes hébétés qui confient avoir perdu leur «père». Ce n'est pas la première fois que des peuples pleurent la perte de leurs chefs d'Etat. On peut citer encore le désarroi dans lequel ont été plongés les Américains après l'assassinat du président John Kennedy.
Nous-mêmes, en 1978, avons chaudement pleuré la disparition de notre président Houari Boumediene. Son décès nous avait attristés à un degré jamais atteint dans notre histoire. Nous l'avons également connu, d'intensité différente il est vrai, lors du tragique décès du président Boudiaf. Quoi qu'il en soit, on peut dire que les mêmes scènes de pleurs dans les rues d'Algérie, lors de ces deux décès, nous sont parvenues cette semaine de la Corée du Nord. Et c'est partant de notre vécu que nous allons essayer de pousser la réflexion sur les conditions de cette extrême émotion de tout un peuple qui perd son dirigeant. D'abord, cela n'est pas valable dans tous les cas. Pour tous les chefs d'Etat qui décèdent. Il y a ceux que les peuples vénèrent et les autres. Par quels critères peut-on définir la différence' Au-delà des qualités intrinsèques des disparus, nous devons à la vérité de dire que c'est, d'abord et avant tout, un sentiment d'abandon qui fait pleurer les peuples comme en Corée du Nord ou chez nous par deux fois. Que ce soit Boumediene ou Boudiaf, les deux avaient réussi à incarner la force protectrice d'un père vis-à-vis de ses enfants. Les Algériens étaient dans la condition émotionnelle d'orphelins plongés subitement dans le vide qui engendre une grande anxiété causée par un sentiment de vulnérabilité insupportable. Si Boumediene était plutôt craint et respecté par la forte personnalité qu'il dégageait, Boudiaf, lui, était venu, auréolé de sa légitimité historique, combler le vide humainement inacceptable laissé par la démission surprise du président Chadli. Pendant quelques jours l'Algérie et donc les Algériens n'avaient pas de chef. Et puis, ce vide à peine comblé ressurgit quelques mois seulement après, avec la disparition de celui qui venait d'accepter la charge de diriger le pays. L'intensité se mesure au degré atteint par l'expression du chagrin. La mort de Reagan n'a rien à voir avec celle de Kennedy. Celle de Pompidou en France est différente de celle de
De Gaulle. Celle de Mao-Tsé-Toung en Chine diffère également de celle de Chou En Laï. On peut citer Ho Chi Minh au Vietnam, Bourguiba en Tunisie, Gamal Abdel Nasser en Egypte, Mohammed V au Maroc, etc. C'est ainsi que des chefs d'Etat ont marqué l'Histoire de leurs pays et la mémoire de leurs peuples. En matière de développement, de sentiment d'invulnérabilité, de dignité et de fierté des peuples. Il en sera ainsi pour l'éternité. On relèvera cependant, dans tous les cas, cette forte expression populaire qui s'exprime intensément après, plutôt que pendant le règne de ces chefs d'Etat. C'est ce qu'on appelle, dans tous les pays, la majorité silencieuse. La réflexion proposée, aujourd'hui, est là. Cette quiétude que nous vivons présentement en construisant, en améliorant le quotidien de toutes les franges de la société, y compris les retraités qui «pèsent» peu en politique, en progressant, en nous sentant protégés, pendant que des pays et des continents autour de nous vivent mal leur déclin, ne s'expriment pas avec force au présent. A chacun de poursuivre sa propre réflexion sur la question...
zoume6@hotmail.com
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