Qu'est-ce qui donne tant d'assurance et d'arrogance au Maroc ' Le soutien des monarchies du Golfe mis au parfum par le monarque alaouite quelque temps avant de lancer les hostilités ' Et qui, sans surprise, ont réagi comme un seul homme pour appuyer Rabat ' Et qu'ont fait Washington, Paris et l'ONU, qui ont été prévenus de l'imminence de cette opération militaire lancée un vendredi 13 novembre, pour dissuader Rabat ' Rien, certainement, sinon le Maroc n'aurait pas recouru à la force.Pour rappel, à l'origine de cette brusque montée des tensions au niveau du poste frontière de Guerguerat dans cette zone-tampon du Sahara Occidental et unique voie de passage terrestre pour le transit des marchandises marocaines vers l'Afrique subsaharienne, quelque 108 routiers marocains bloqués côté mauritanien et 78 côté sahraoui.
Qui plus est, le lendemain 14 novembre, on apprend que la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Censad) forte de ses 28 Etats membres, dont font partie la Tunisie et l'Egypte et naturellement le Maroc, créée en 1998 par Kadhafi pour contourner l'Union africaine (UA), a appuyé Rabat ! Ce qui n'est pas rien par ces temps de tensions régionales. Et en début d'année, le 22 janvier, sans qu'il soit rappelé à l'ordre, Rabat avait intégré les eaux territoriales sahraouies à son espace maritime !
Que ce soit en Afrique ou au Moyen-Orient, sans parler des capitales occidentales, Washington et Paris en tête, le Maroc ne manque ni d'alliés ni de soutiens. Ceux qui supputaient, il n'y a pas si longtemps, de prétendues tensions entre le Maroc et les Emirats arabes unis qui ont inauguré, le 4 novembre dernier, un consulat général à El Ayoune, devraient revoir leur copie.
S'agissant des Emirats, monarchie où durant sa « traversée du désert » Abdelaziz Bouteflika avait bénéficié du gite et du couvert, il est peut-être temps de jouer cartes sur table. Et de ne plus lier le sort du pays à cette monarchie, alliée d'Israël, qui a fait miroiter à l'Algérie des promesses de 50 milliards de dollars d'investissement sur cinq ans (Quotidien d'Oran du 25 juin 2008)! Ce qui a dû, soi-dit en passant, allécher les babines des oligarques et autres véreux nichés dans les rouages du pouvoir étatique et a permis aux émiratis l'ouverture du marché algérien.
Cela étant, c'est cette conjonction de faits ? l'aval des capitales occidentales et l'appui des pétromonarchies au Maroc ? ajoutée à une diplomatie algérienne quelque peu en berne depuis au moins une dizaine d'années et à la crise de légitimité à laquelle est confronté le pouvoir politique depuis le 22 février 2019 sur fond de dégradation de la situation financière du pays, qui confère cette assurance doublée d'arrogance à la monarchie marocaine. Celle-ci, sous son apparente modernité, n'est en fait qu'une forme d'Etat végétant dans une semi-modernité autoritaire comme beaucoup d'autres Etats du monde arabo-musulman.
Et puis, disons-le, la question sahraouie n'est pas la priorité pour de nombreux Algériens. Le travail de sape des Abassi Madani et Ali Benhadj et plus généralement des islamistes, pour qui le conflit sahraoui n'est qu'une « fitna » instrumentalisée à des fins de pouvoir depuis 1975, n'est pas étranger à cette désaffection populaire envers la cause sahraouie !
Or, assuré du soutien occidental et des monarchies arabes, tout en faisant mine de chercher une issue à la crise et profitant de l'effacement de l'Algérie sur la scène africaine et arabe, le Makhzen a su se repositionner sur une scène africaine qui n'est plus celle des années 70, voire 80, comme le montre l'exemple de la Censad : le soutien à la cause sahraouie s'est effrité : quinze pays africains ont ouvert un consulat au Sahara Occidental !
Dans le même temps, sur fond d'une répression ciblant toute voix discordante, le Makhzen a mis en ?uvre une politique de peuplement du Sahara Occidental par des gens venus du Nord dont le but, à terme, est de réduire le poids démographique des Sahraouis sur leur propre terre natale. Et c'est ainsi qu'il escompte réduire à néant l'accord de 1991 basé sur un règlement du conflit prévoyant une consultation référendaire qui devait avoir lieu en...1992 !
Et si depuis cette date, la lutte des Sahraouis s'est déroulée essentiellement sur le terrain diplomatique, le risque qu'elle se déplace sur le terrain militaire est bien là.
À jeudi.
H. Z.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassan Zerrouky
Source : www.lesoirdalgerie.com