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Pour réussir en Bundesliga, un étranger doit être un «super Allemand»



Pour réussir en Bundesliga, un étranger doit être un «super Allemand»
Matmour est celui qui dure le plus en Allemagne avec Amri et le plus assidu de la Bundesliga avec Yahia.
Les déclarations exclusives que Karim Matmour nous a faites pour apporter des précisions sur les raisons qui l'avaient poussé, au mois de mai dernier, d'annoncer son retrait temporaire de la sélection nationale et tordre ainsi le cou aux rumeurs et informations le donnant comme définitivement retraité, si elles ont contribué à lever toute ambiguïté sur son engagement à continuer à servir la sélection nationale, ont révélé à quel point l'homme a été blessé par mes accusations voilées portées contre lui. «tricheur», «antinationaliste», «égoïste», «lâcheur»... Ce sont autant de «gentillesses» auxquelles il a eu droit explicitement ou implicitement depuis six mois. Pourtant, comme il l'a si bien dit, il avait répondu présent à une époque où jouer pour les Verts, relégués au-delà de la 100e place au classement FIFA, domiciliés dans des stades communaux et animant des conférences de presse devant une assistance clairsemée, relevait du militantisme.
Matmour est celui qui dure le plus en Allemagne avec Amri et le plus assidu de la Bundesliga avec Yahia
Pourtant, s'il ne fallait qu'une preuve, seulement une, de sa valeur, elle se trouve dans son plan de carrière : il en est à sa neuvième saison en Allemagne et à sa quatrième en Bundesliga. Chadli Amri et lui sont les seuls footballeurs professionnels algériens à avoir duré aussi longtemps dans ce pays. Par ailleurs, il est, avec Anthar Yahia, le seul Algérien à avoir joué quatre ans dans la Bundesliga. Pourtant, ce n'est pas facile, pour un Africain, de s'imposer dans un club allemand. En Allemagne plus que dans un autre grand pays européen, un étranger, qu'il soit Européen, Africain, Latino-Américain ou Asiatique, doit être meilleur qu'un joueur autochtone pour être pris et aligné. Si Matmour a pu jouer toutes ces années dans ce pays, c'est que sa valeur est supérieure à celle de ses coéquipiers de club.
Idrissou pas conservé par Eintracht Frankfurt à cause de la CAN
Nonobstant cette exigence sportive pour réussir en Allemagne, plus particulièrement en Bundesliga, il existe un facteur déterminant pour un footballeur africain : un international est rarement recruté ou même gardé la saison où se joue une CAN. Le meilleur exemple a été donné l'été dernier justement par... Eintracht Frankfurt. En effet, le club actuel de Matmour n'a pas conservé l'attaquant camerounais, Mohamadou Idrissou, pourtant meilleur buteur de l'équipe la saison passée (14 buts), juste parce qu'il avait refusé de renoncer à la CAN-2013 en cas de qualification du Cameroun. Cela illustre la pression que les clubs allemands exercent sur les joueurs africains.
Atouba «victime» de la CAN, Zidan lâché parce que d'égale valeur avec Gündogan
Autre exemple de ces pressions : le défenseur camerounais, Timothée Atouba, s'est vu refuser le renouvellement de son contrat avec le SV Hambourg, en 2009, parce qu'il y avait la CAN-2010 et le Mondial-2010 en perspective. D'ailleurs, le club l'avait même marginalisé lors de sa dernière année de contrat en lui faisant joueur uniquement 11 matches, alors qu'il en avait disputé 30 lors de la précédente saison. Il y aussi l'exemple de l'attaquant égyptien, Mohamed Zidan, lequel avait participé au sacre du Borussia Dortmund en 2011, mais qui avait été marginalisé avec l'arrivée de l'attaquant allemand, Ilkay Gündogan, suivant le principe qu'à valeur égale, l'Allemand est prioritaire, ce qui l'a poussé à demander à partir.
Matmour et Yahia avaient déjà payé leur attachement à la sélection en 2010
Il ne faut pas aller trop loin pour trouver des exemples de joueurs marginalisés en Allemagne à cause de leur attachement à leur sélection. Anthar Yahia s'était vu bloquer son salaire au VfL Bochum, en février 2010, parce qu'il s'était blessé une première fois avec les Verts à Omdourman, puis avait rechuté durant la CAN-2010. De son côté, Karim Matmour n'était pas aligné au Borussia Mönchengladbach, en 2010, même à un moment où l'équipe avait enchaîné quatre défaites, dont une sur le score de 7-1, juste parce qu'il avait demandé au directeur sportif de respecter la promesse qu'il avait faite de le laisser partir. C'est dire combien on est exigeant en Allemagne envers un footballeur étranger. Certes, l'avantage qu'il y a en Bundesliga est qu'il n'y a pas de racisme à proprement dit, ce qui fait qu'un joueur bon est aligné, mais, suivant un code qui a cours dans tous les secteurs d'activité en Allemagne (pas seulement dans le football) et qui fait qu'on ne prend ce qui vient de l'extérieur qu'à condition qu'il soit meilleur que le produit allemand. Un étranger est toujours tenu d'être plus performant et plus disponible que ses collègues allemands. En somme, il faut qu'il soit un «super Allemand». En affirmant que les «vrais connaisseurs du football» l'avaient compris et soutenu, Matmour faisait sans doute allusion à cette spécificité du football professionnel en Allemagne que beaucoup de gens, par ignorance ou par choix délibéré, n'ont pas pris la peine d'essayer de comprendre.
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