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Portraits



Portraits
«L'aventure commence à l'aurore, à l'aurore de chaque matin...» J. Brel«Et là, je ne t'ai donné qu'une image que j'ai gardée en mémoire, un souvenir des aubes blafardes et humides que j'ai connues, quand j'habitais l'immonde cité de la banlieue-Est. Il fallait se lever très tôt pour avoir la chance d'arriver à l'heure au boulot. Passé sept heures, il faudra se résoudre à prendre un taxi clandestin si on a la chance de trouver une ou deux personnes qui vont dans la même direction. Autrement, on est bon pour une ou deux heures d'attente si on s'obstine à rester à l'arrêt de bus qui était, jadis, réservé à la Rsta. Maintenant, l'Etusa ne met plus les pieds dans la cité et il faudra faire un kilomètre à pied pour atteindre l'arrêt le mieux servi par un flux incessant qui dessert la capitale, en provenance de l'Est. Cependant, je tiens à te faire remarquer que ces longues années passées dans ces boîtes métalliques appelées bus, ne sont pas tellement négatives. Toi qui a été à l'étranger, tu as dû remarquer que les usagers européens ne communiquent pas ou peu dans les transports publics: la plupart utilisent leur temps de trajet à lire les journaux, des revues ou des romans. Il y a même, de temps en temps une vieille qui tricote. Si tu aperçois quelqu'un qui ne fait rien et regarde les fils télégraphiques danser à travers la vitre ou dévisage les autres passagers, dis-toi bien qu'il doit être né sous nos latitudes. Chez nous, malgré la longueur des trajets, les gens lisent peu à part les journaux qui parlent de sport. J'ai observé maintes fois des amateurs de turf plier et déplier leur journal, cocher des numéros en fronçant leurs sourcils. Ces dernières années, il est courant de voir les gens apprendre des versets du Coran pendant le temps que dure tout le trajet. Mais, dans le bus, les gens communiquent beaucoup entre eux. Le moindre petit incident peut provoquer de longs échanges d'avis de gens qui ont de l'expérience. D'ailleurs, pour toi qui as l'habitude de croquer des portraits de gens de modeste condition, le bus peut être une source inépuisable d'inspiration. Chaque passager a sa propre physionomie, son comportement... tu peux en déduire une multitude de caractères et de situations sociales rien qu'à observer l'attitude de chacun. Tu as celui qui monte et, sans un mot, prend le premier siège qui est à sa portée, Il se frotte les yeux comme pour mieux voir à travers les vitres sales du bus, tire un mouchoir de sa poche, se torche le nez puis regarde sa montre avant de fixer définitivement les balais de l'essuie-glace qui se trouve en face de lui. Il ne changera pas d'attitude jusqu'à l'arrivée du receveur: il mettra la main à la poche, retirera un vieux billet tout chiffonné et scotché qui va provoquer un commentaire désobligeant de la part du receveur. Sans se départir de son impassibilité, l'usager répliquera aussitôt que ce n'est pas lui qui a fabriqué un billet d'aussi mauvaise qualité et que la qualité d'une économie se mesure à la qualité du billet et que de toutes façons, les receveurs sont les premiers à enfreindre la règlementation: la non-remise d'un titre de voyage est une entorse à la législation et qu'elle met en danger l'usager. Le receveur empochera l'immonde billet, remettra de la menue monnaie au voyageur contestataire et continuera à rançonner les voyageurs en bousculant les passagers debout qui ne manqueront pas de critiquer l'exiguïté du bus ou d'ironiser sur la corpulence du receveur.»


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