Dans un pays où le poisson est un rêve chimérique, même inventer un mensonge sympathique est difficile. Alors on colle à la réalité. La réalité n'est ni sympathique ni gaie mais elle est le terrain le plus fertile de l'impossible. Alors on ne va pas chercher très loin pour honorer la tradition et faire semblant qu'on s'amuse comme tout le monde. On n'a pas de poisson mais on a les poissons d'avril, qu'ils soient pêchés à la surface du quotidien, entre deux eaux ou dans ses profondeurs. A tout seigneur tout honneur, le très inspiré collègue qui a trouvé le poisson de notre édition d'hier a peut-être fait dans l'originalité mais il ne croyait peut-être pas être si proche de l'actualité. L'homme d'affaires Djilali Mehri n'a pas acheté Palma de Mallorca mais beaucoup d'Algériens achètent des maisons en Espagne.
L'immobilier au pays des toreros et de la paëlla et de Casillas ' on a les références qu'on peut ' est en crise, tellement en crise que même ceux qui ne peuvent pas se payer un F3 à Aïn Naâdja peuvent s'offrir une maison à Gijon. Comme un bonheur n'arrive jamais seul, ça facilite l'obtention du visa et, suprême privilège, la possibilité d'une carte de résident. On ne sait pas si les rares harraga qui parviennent à échapper à la fureur des vagues et à la vigilance des garde-côtes sont «éligibles» à l'acquisition de biens immobiliers en terre ibérique, mais ça ne manquera certainement pas de leur donner des idées.
A moins qu'il n'y ait plus de candidats aux traversées périlleuses, maintenant que les visas et les conditions de «rester» sont à un prix si modeste ! Pour rester dans l'actualité et l'immobilier, les Algériens s'en sont donné à c'ur joie avec «les maisons» de Chakib Khelil, celles d'Oran et des Amériques qui, dans la vraie vie, auraient été perquisitionnées par la police de son pays et par le FBI.
Quant à sa personne, c'est dans l'autre vie, celle des poissons d'avril qu'on s'en est occupé. Il aurait été arrêté à Aïn Turck, à Las Vegas et même en Autriche. Il y a les mensonges qu'on souhaite traduits dans la réalité mais il y a aussi les mensonges dont on ironise l'avènement, puisqu'on a même annoncé le retour de Chakib Khelil comme ministre !
Décidément, on ne s'éloigne jamais de l'actualité qui vient de se révéler comme un inépuisable banc de poissons. Abdelaziz Belkhadem, qui a fait les choux gras de la presse au moment où se préparait son départ, à son départ et depuis peu à son possible retour, n'a pas été oublié en ce jour de pêche miraculeuse. Le voilà parti s'installer au Soudan parce qu'il nous montre par son accoutrement du vendredi toute sa proximité avec ce que ce pays a de plus sombre, le voilà qui revient à la tête du FLN parce que l'homme «consensuel» est finalement introuvable, le voilà enfin président de la république à coup sûr à la fin de l'actuel mandat !
ça manque vraiment de sympathie, nos poissons d'avril, mais ça ne manque pas de volume. Plus c'est gros, plus ça passe, n'est-ce pas ' Mais les mensonges du premier avril n'ont pas «vocation» à passer. Alors les Algériens n'ont pas été loin pour en chercher.
Ils sont restés dans la réalité ou à sa périphérie. On a même eu droit au poisson dans le poisson : la sardine à 60 dinars, des crevettes à 300' Le tout en 4G à partir d'un appartement de Ain Naâdja disponible pour un million de dinars. Nous avons presque oublié qu'on est déjà le 2 avril.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com