Finalement, c'estt lundi dans la soirée que les services de l'APC d'Oran ont procédé à la démolition des quatre kiosques de la place du Maghreb.L'opération s'est déroulée en toute discrétion, vers 23h, et ce n'est qu'au matin, lorsque les Oranais ont investi les rues du centre-ville, qu'ils se sont rendu compte «des dégâts». «C'est triste, j'en suis malheureuse», déplore une jeune étudiante habitant le centre-ville. Une autre femme, la trentaine, soupire en écrasant quelques larmes : «Je suis malheureuse car cette place évoque l'époque de mon enfance. L'époque de l'insouciance. J'ai bien peur qu'à l'avenir, je ne la reconnaisse plus.»Quant aux gérants de ces commerces, ils faisaient grise mine, hier, suite à la démolition de leur kiosque. D'après l'un d'entre eux, l'APC leur a certes envoyé des mises en demeure ces derniers mois, mais «à chaque fois que nous nous sommes rendus chez les responsables pour avoir de plus amples détails, ils se sont débinés pour ne pas nous recevoir». «Au final, ajoute-t-il, on n'a reçu ni indemnisations ni rien. On nous a seulement expliqué que c'était à nous de chercher des assiettes dans la commune d'Oran, et pis ! les frais pour le réaménagement de nos nouveaux locaux seront à notre charge.»La place du Maghreb est emblématique du centre-ville d'Oran. Mieux : elle témoigne de notre histoire, car c'est précisément dans cette place que les militants de l'OS, avec à leur tête Hocine Aït Ahmed, ont procédé au braquage de la Grande-Poste en 1949. C'est aussi une place très animée, avec ses deux cafés, L'Aiglon et Le Vallauris, et son Grand-Hôtel, même si aujourd'hui, encore fermé, il se trouve dans un état de délabrement avancé.Hier, les vieux retraités qui ont coutume de passer toutes les matinées assis à cette place, à lire le journal et à discuter, étaient tristes. Nostalgiques, beaucoup d'entre eux ont ressassé de vieux souvenirs, ceux de l'époque où la fontaine imposante qui trône en plein c?ur de la place, ruisselait d'eau, et dans laquelle «nageaient des poissons rouges». «Ces kiosques contribuaient à l'animation de la place, je me souviens qu'en hiver, l'un d'eux se spécialisait dans la vente de beignets et, en été, il se convertissait en marchand de glaces», se souvient un vieil homme.«Ce n'est pas une mauvaise chose que les autorités décident de réaménager et de moderniser cette place, mais il ne faut pas qu'ils la déshumanise et lui enlèvent son âme. Ces kiosques font partie des repères des Oranais». Un autre, encore plus amer, en est désabusé : «D'abord, ils ont rasé les kiosques sous les arcades, puis ceux du boulevard la Soummam. Le mois dernier, ils ont démoli les kiosques de la place de la Cathédrale, et maintenant, ils s'en prennent aux kiosques de la place du Maghreb. Pourquoi cet acharnement '» Toutefois, d'autres, au rang des plus jeunes, accueillent plutôt positivement ces démolitions : «Quand bien même ces kiosques sont des repères pour les Oranais, n'oublions pas qu'ils ont été construits à une époque où Oran ne comptait que 300 000 âmes. Aujourd'hui, nous sommes plus de deux millions.Aussi, il est normal qu'on réaménage nos places et qu'on tente de les désengorger quelque peu.» La démolition de ces quatre kiosques entre dans le cadre d'un réaménagement de la place du Maghreb qui inclura également la réhabilitation de la Grande-Poste et le marché des Aurès attenant.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Akram El Kebir
Source : www.elwatan.com