Le choix du noir et blanc dans les photographies de Nazim Djeghloul accentue, sans conteste, la vision calcinée qu'on peut attribuer au Grand Sud.
L'absence de couleurs semble éroder davantage des espaces déjà malmenés par la force et la patience des éléments.
L'ocre et le minéral cèdent la place aux nuances de «noir» et c'est cette transmutation qui donne tout son sens à ses travaux exposés pour la première fois à l'Institut Français. «Black'n Tam» est l'intitulé révélateur de cette option artistique prônée par l'auteur. Pour ce physicien de vocation, enseignant à l'université d'Oran, la photographie est une passion, donc subjective, et c'est tant mieux car les étendues désertiques suscitent autant de questions métaphysiques contemplatives que de curiosités scientifiques interrogatives.
On admire autant qu'on s'interroge sur le sens de toutes ses écritures aujourd'hui presque indéchiffrables, sur ses fresques monumentales, seul résidu d'une présence humaine qu'on devine derrière le voile de lumière qui baigne l'atmosphère.
Mais dans ces décors figés, l'instantané n'a aucun sens. Pourtant, l''il du visiteur sera sans doute accroché par ces jaillissements rocailleux. Parfois, cela ressemble à des coulées de pierres polies par leurs propres reflets argentés. On dirait que l'objectif du photographe évite délibérément la sérénité, un lieu commun quand il s'agit de décrire le désert, pour privilégier le tumulte.
Dans cet univers, la quiétude se lit uniquement dans les visages de quelques rares personnages et les sourires d'enfants dont les contours sont souvent estompés par la poussière. Ailleurs, là ou toute trace de vie a disparu, il reste les sculptures du temps. Là, des silhouettes dans des postures improbables semblent encore dialoguer. Ailleurs, des excroissances rocheuses ont l'air de perpétuer le souvenir étrange d'un combat de guerriers. Mais rien ne vaut la vue de toutes ses collines épargnées par la civilisation, happées par l''il discret d'un artiste.
Cette première mouture d'un carnet de voyage comporte 33 tirages regroupés en 8 séries mais toutes réalisées sur le vaste plateau de l'Atakor qui culmine jusqu'à des altitudes de 3000 m. Les clichés sont pris lors d'une seule échappée-belle, tel un premier jet d'un écrivain soucieux d'imprimer dans le même élan toute la pensée du moment. C'est le coup de foudre et pour preuve, note le photographe, «on ne revient jamais totalement d'un tel voyage».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djamel Benachour
Source : www.elwatan.com