S'il y a un livre qui a créé l'événement ces dernières années, c'est bien celui de "Penser le Coran", du pseudonyme Mahmoud Hussein, en vérité 'uvre de deux auteurs français d'origine égyptienne. Depuis sa parution en 2009, l'on continue d'en parler vu qu'il touche à un domaine non sensible pour les musulmans, mais qu'il toucha du doigt la plaie qui fait mal en bousculant des attitudes et courants d'idées et même des intérêts puissants.
Il est venu à un moment où la renaissance du monde musulman qui se recherche, a viré sur l'islamisme politique et la violence et que les méthodes d'enseignement traditionnelles connaissent un retard sur les méthodes pédagogiques modernes. Certains ont vu le parallèle entre cette déviation dangereuse et les courants d'idées et les méthodes d'enseignement pas à la page et qui adoptent une attitude négative vis-vis de tout ce qui est nouveau. Ils conseillent à ce que l'enseignement religieux, y compris les approches du Coran et du Hadith bénéficient de l'effort du progrès de la recherche scientifique et qu'ils ne soient plus confisqués par des savants dépassés par le cours l'histoire. Evidemment la prétention est énorme et les réactions bonnes ou négatives ne se font pas attendre entre le refus catégorique et la nuance ou l'acceptation.
En ces temps d'islamophobie rampante d'un côté et d'extrémisme surreprésenté de l'autre, il est bon de revenir au texte et de ne pas se laisser charmer par les interprétations purement politiques (au sens large du terme) qui peuvent en être faites a des fins purement partisanes, érit un critique qui ajoute que c'est ce travail de "santé publique" auquel s attaquent Bahgat Elnadi et Adel Rifaat de façon très intelligente; comme ils le précisent en ouverture du livre: "la foi en Dieu n'est pas séparable de la liberté de penser".
Un livre clair, facile à lire, contre les courants extrémistes et violents. Il évoque le contexte historique dans lequel le Coran est né. Il traite des rapports entre polythéïstes, juifs, chrétiens et musulmans dans l'Arabie du VIIe siècle. Aborde le débat médiéval entre les partisans du Coran "créé" et les défenseurs du Coran "incréé". Dit quelques mots sur les mutazilites. Parle des fameux versets abrogés.
Le point de vue de l'éditeur qui a réalisé un livre à controverse et nécessairement rentable, voit que cet ouvrage répond aux préoccupations de trouver une solution à la difficulté de lecture et d'accès à la principale source en Islam. C'est, dit-il, l'a priori "littéraliste", qui conduit certains jusqu'à l'intégrisme, tandis que d'autres sont déchirés entre leur fidélité à la Parole de Dieu et la conscience qu'ils ont de ne pouvoir adhérer à des prescriptions coraniques historiquement connotées.
Les intellectuels ne sont restés insensibles à cette production hors norme. L'écrivain Tahar Ben Jelloun approuve en soulignant "Ce que propose Mahmoud -Hussein, c'est d'écouter ce que dit Dieu. Ecouter ne veut pas dire interpréter selon ses désirs cette parole, mais la remettre dans son contexte et lui donner le statut d'un message destiné à l'humanité. [...]
Quand on lit, di-il, le Coran avec les lunettes de la transparence et de l'intelligence du c'ur, on se rend compte qu'il est le texte le plus farouchement opposé à l'intégrisme, au fanatisme, au djihad en tant que prétexte à l'assassinat d'innocents, au suicide et à toute forme de violence politique qui détourne l'islam de son message d'humanisme et de paix.
La chaîne Oumma TV (en Europe), qui se spécialise dans les grands débats d'idées touchant à l'Islam et la vie des musulmans, a consacré une émission à l'un des auteurs, Adel Rifaat note que l'interprétation du texte coranique doit impérativement tenir compte du contexte dans lequel nous vivons actuellement.
Chez nous les idées novatrices prennent beaucoup de temps pour s'y installer. Akroun, penseur émérite de la pensée islamique et grand réformateur, l'avait appris à ses dépens dans son propre pays en étant mort dans l'indifférence et le mépris. Mais ces idées, on peut ne pas les partager, demeurent. N'en déplaise aux tenants du wahabisme qui tentent de verrouiller toute forme de réforme. Peuvent-il le faire devant la nécessité de mieux approcher le Livre Universel, maintenu dans un état d'emprisonnement et qui interpelle pour le libérer du poids de nos ignorances. Dans Sourate El Fourqane, le Prophète (QSSL) s'était plaint à Dieu que son peuple avait déserté son Livre. Aujourd'hui cette crainte et cette plainte s'exprime toujours. Le Coran nous interpelle tous pour le penser et le repenser s'il y a lieu.
S B
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Smail BOUDECHICHE
Source : www.liberte-algerie.com