
Ignatieff rappelle l'analyse faite par Gibbon pour expliquer la chute de l'empire romain : «Les empires survivent lorsqu'ils comprennent que la diplomatie, soutenue par la force, est toujours préférable à la seule force.Si l'on considère l'avenir encore plus lointain, disons d'ici une génération, la Russie et la Chine résurgentes exigeront d'être reconnues en tant que puissances mondiales dotées d'une hégémonie régionale. Comme le montre le cas de la Corée du Nord, l'Amérique a besoin de partager avec ces puissances le contrôle de la non-prolifération et d'autres menaces, et si elle essaie, comme le suggère la Stratégie de sécurité nationale actuelle, d'empêcher l'émergence de tout rival à la domination globale américaine, elle risque ce que Gibbon prévoyait : une sur-extension, suivie de la de la défaite.» Aujourd'hui, le Commonwealth anglais, successeur des Vénitiens qui se dénommaient les «nouveaux Romains», est supposé représenter le modèle de ce savoir-faire impérial de gouvernement indirect, mais réel. Ainsi, dresser un parallèle avec la «civilisation» romaine serait intéressant dans la mesure où cela nous éclaire sur le déclin de cet empire. La plupart des auteurs qui ont écrit sur le sujet sont fascinés par la grandeur, les institutions, l'organisation de ce système. En vérité, la «civilisation» romaine a été une longue période de guerres et de génocide permanent, qui mérite le label de «l'une des barbaries les mieux organisées» telles que le décrit la philosophe française Simone Weil (1909-1943): «Les Romains ont conquis le monde par le sérieux, la discipline, l'organisation, la continuité des vues et de la méthode, par la conviction qu'ils étaient une race supérieure et née pour commander, par l'emploi médité, calculé, méthodique de la plus impitoyable cruauté, de la perfidie froide, de la propagande la plus hypocrite, employée simultanément ou tour à tour, par une résolution inébranlable de toujours tout sacrifier au prestige, sans être jamais sensible, ni au péril, ni à la pitié, ni à aucun respect humain, par l'art de décomposer sous la terreur l'âme même de leurs adversaires ou de les endormir par l'espérance avant de les asservir avec les armes, enfin par un maniement si habile du plus grossier mensonge qu'ils ont trompé même la postérité et nous trompent encore.» Weil Simone, «Quelques réflexions sur les origines de l'Hitlérisme», 1939, Oeuvres complètes, Vol. II, Gallimard, 1989, Paris. Pour sa part, Saint-Augustin, l'un des pères de l'Eglise, (354-430) ne dit pas autre chose quand il s'insurge contre ceux qui pensent que, du fait qu'elle a duré longtemps, la civilisation romaine était nécessairement grande. Il écrit dans «La cité de Dieu» :«Voyons donc maintenant ce que vaut la prétention des païens qui ont l'audace d'attribuer à leurs dieux l'étendue si grande et la durée si longue de l'empire romain, en affirmant même s'être honnêtement conduits en honorant ces dieux par hommage de jeux infâmes, représentés par d'infâmes comédiens. Mais je voudrais d'abord, brièvement, examiner une question : Quelle raison, quelle sagesse y a-t-il à vouloir se glorifier de l'étendue et de la grandeur de l'empire romain, alors qu'on ne peut démontrer que les hommes soient heureux en vivant dans les horreurs de la guerre, en versant le sang de leurs concitoyens ou celui des ennemis, sang humain toujours, et sous le coup de sombres terreurs et de sauvages passions ' (A suivre)
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : C A
Source : www.lnr-dz.com