Quels que soient les efforts en matière de production de logements neufs,
ces efforts seront voués à l'échec à moyen terme si l'on n'accorde pas un
intérêt suffisant à la maintenance du cadre bâti aussi bien neuf qu'ancien.
Ce serait une erreur grossière de croire que cette maintenance reviendrait
cher : en effet, ses avantages sont de loin plus importants que la production
intrinsèque du logement neuf, car il faut tenir compte des économies d'échelle
et des économies en matière d'infrastructures déjà existantes.
La situation actuelle de l'ancien parc immobilier d'Oran est
malheureusement préoccupante et à peine imaginable pour celui qui ne connaît
pas la ville : c'est le sinistre dans les parties communes, dans l'habitation
elle-même, les façades urbaines et même dans les rues.
La réhabilitation d'une cité n'est pas complète si elle n'est pas
susceptible de réintégrer le quartier à la ville, et l'intervention sur le bâti
ne suffit pas seule à résoudre les problèmes des quartiers d'habitat en
difficulté et s'accompagne de celle sur le fonctionnement et la gestion. C'est
aussi par la réhabilitation physique des espaces extérieurs que passe leur
requalification, une réhabilitation qui, de l'échelle du «pied d'immeuble» à
celle du quartier et de ses franges, doit concourir à l'intégration du grand
ensemble dans la ville parce que l'on sait aussi l'importance qu'il revêt face
à l'aspiration des habitants de voir l'image de leur quartier revalorisée.
En fait, réhabiliter ne signifie pas «retaper» une habitation ou un
immeuble ancien qui présente des valeurs culturelles, historiques et
architecturales, mais bien plus : à savoir un cadre complet de résidence, un
environnement global. Cela ne peut se réaliser par un seul opérateur, mais
l'implication de plusieurs acteurs est primordiale.
Jusqu'ici, malgré les démarches, volontaristes comme celles des grandes
artères de la réhabilitation des immeubles du centre-ville, opération qui a été
inscrite à l'initiative de l'Etat et qui a pratiquement constitué une bouffée
d'oxygène pour les habitants concernés, semble ne pas avoir atteint l'objectif
escompté par des spécialistes en la matière et des citoyens. L'opération lancée
à touché uniquement le traitement des façades, sans pour autant régler les
problèmes de fond, liés, au sens propre du terme, à une réhabilitation (le
confortement des immeubles, l'étanchéité, les escaliers, etc.)
Dans un projet de réhabilitation, chaque étape revêt une importance spécifique:
- La phase de programmation, durant laquelle l'implication des acteurs,
publics ou privés, la coordination des actions, la conjugaison de volontés
politiques et de moyens se définissent nécessairement. C'est dans cette phase
aussi que seront posés des problèmes tels que celui du statut des sols, ainsi
que la réglementation qui fige souvent leur utilisation…
- La phase de conception, dont on mesure l'ambition de transformation
qu'elle recouvre.
- La phase de réalisation, de mise en Å“uvre des matériaux, qui devront
«tenir la route» de recherche de la qualité.
- La phase de gestion, peut-être la plus importante, dont la prise en
compte le plus en amont possible est indispensable.
- Sans oublier l'intégration des logiques et des temps différents qui
interfèrent sur la réalisation de ces espaces.
La réhabilitation du centre-ville
pose la question de l'opportunité d'une réflexion globale sur l'hyper-centre et
de l'approche des spécificités locales du quartier. Ces deux niveaux de prise
en compte semblent être défaillants dans l'opération de réhabilitation menée actuellement.
Le choix de la réhabilitation et
la prise en compte d'un patrimoine marquent une réelle progression des méthodes
de traitement de l'urbain à Oran, mais ce choix semble malgré tout empreint des
«vieux démons» de la ville, à savoir un objectif d'efficacité foncière, aux
dépens d'un terrain pourtant incontournable.
Cependant, il est dommage, au
sein d'un projet de ville si ambitieux, de faire l'impasse sur ce que la
réhabilitation pourrait apporter de réflexion sur des sujets non encore réglés
à Oran: le traitement de la précarité et la requalification du quartier Agir
sur l'unique axe de l'action foncière revient en quelque sorte à opter pour la
«politique de l'autruche».
Les moyens mis en œuvre sont grands et les objectifs ambitieux.
Paradoxalement, ils évincent des problématiques qui, à terme, pourront se
retourner contre l'opération.
A trop miser sur l'extérieur pour l'opération de réhabilitation du
centre-ville, on oublie le terrain et cet oubli est aussi préjudiciable que les
ambitions sont hautes. Ainsi, il conviendrait de prendre en compte toutes les
spécificités du terrain traité, en faisant de la réhabilitation le moment
privilégié d'une réflexion globale qui poserait toutes les questions
diagnostiquées et tenterait d'y répondre en mettant en Å“uvre, pour chacun des
thèmes, moyens et compétences, ceci notamment dans un rapprochement efficace
des différentes politiques sectorielles et territoriales.
Il est nécessaire d'intégrer à la réhabilitation en cours les dimensions
sociologiques, sociales, économiques, culturelles, de compléter l'effet
«moteur» de l'investissement par une réelle considération de ce que
l'hyper-centre met à jour.
Pour la réussite de l'opération
menée actuellement, il est nécessaire, si l'on veut que le quartier soit de
nouveau investi, de développer un «mieux vivre» dans ce quartier qui s'incarne,
entre autres, par une plus grande attention aux espaces publics.
Pour tout cela, une action en cohérence est nécessaire entre les services
de la ville, ainsi qu'entre l'opérateur et différents professionnels chargés
plus particulièrement du suivi et de l'information des locataires concernés par
la réhabilitation, de la concertation en vue de la création d'espaces publics.
Ceci passerait également par un rééquilibrage du budget mis en place pour
l'opération vers une plus grande maîtrise de l'occupation future des logements
par davantage de propriétaires occupants, plus à même d'investir le quartier et
d'y développer une qualité de vie durable.
Il s'agit de faire le pari que ramener de la richesse au centre-ville est
aussi compatible avec la conservation et la valorisation de ce qui fait sa
spécificité culturelle et les traces de son histoire ; pour que la
réhabilitation du centre profite aussi au centre.
* Correspondance particuliere du
directeur de la division de l'urbanisme et de la planification de l'APC d'Oran
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mebarki Mohamed *
Source : www.lequotidien-oran.com