Au fil de la tragédie palestinienne, l'indignité revêt des
visages multiples. En Europe, elle a les traits d'un bureaucrate de la
présidence tchèque et partout ailleurs celui, plus commun, de journalistes en
uniforme de l'armée israélienne employés par les médias occidentaux.
«A l'heure actuelle et à la lumière des événements des
jours derniers, nous estimons que cette mesure - l'agression israélienne -
constitue une action défensive, et non offensive», a déclaré Jiri Putuznik,
porte-parole de la présidence tchèque. La déclaration, dans le plus pur style
bushien, entre stupidité et cynisme, a été rapidement retirée par le ministre
des Affaires étrangères de ce pays, sans doute sous la pression de ses
homologues de l'Union européenne, beaucoup plus soucieux des usages
diplomatiques.
Mais cette expression publique d'un bureaucrate du pays de
Kafka ne fait que refléter la position générale des dirigeants occidentaux.
Beaucoup moins frustres, ou plus sobres que les pauvres diables de Bohême, ces
derniers se gardent bien d'exprimer des inclinations sionistes, pourtant
notoires, ou des sentiments anti-arabes qui ne souffrent d'aucune ambiguïté.
Les cercles dominants de la politique de la vieille Europe
ont depuis longtemps délégué la mission de relayer leurs positions à des médias
à la fois très professionnels et très orientés. Pour s'en convaincre, il n'est
qu'à faire l'expérience des «journaux d'information» des grandes chaînes de
télévision françaises, publiques ou privées. Ainsi, alors même que des
centaines de Palestiniens, des civils essentiellement, sont réduits en charpie
par les bombardements israéliens, la chaîne France 2 assène un reportage dans
son journal de treize heures du dimanche, où un gentil colonel francophone
d'une armée d'assassins s'exprime sans interruption pendant de longues minutes
pour fustiger les «terroristes islamistes» du Hamas, suivies d'une plongée
parfaitement mise en scène dans les affres -très relatives - vécues par la
population de Sderot.
Même si elle est éculée, la technique fondée sur
l'induction de la sympathie et sur l'identification à la « victime » désignée
est apparemment l'arme suprême dans l'arsenal de l'intox sophistiquée. Qui ne
connaît sous nos latitudes ces méthodes de guerre psychologique et de
manipulation de l'opinion ? Il suffit d'enlever « terroriste » et le remplacer
par « fellagha », sans rien modifier d'autre pour retrouver à l'identique un
message inepte mais durable... Et ce colonel pouvait aussi bien s'appeler
Godard ou Trinquier. Rien de neuf donc dans le paysage médiatico-politique
parfaitement mensonger de la Civilisation.
Mais les réactions indignées de l'opinion, autrefois
imperceptibles, car soigneusement étouffées ou niées, sont de plus en plus
audibles et lisibles sur Internet et dans la rue. Les très grandes
manifestations populaires dans les rues européennes, en solidarité avec la
population de Ghaza, reprenaient souvent des slogans demandant aux médias de
montrer la réalité. Scandée par des dizaines de milliers de personnes,
l'exigence de vérité est très puissante. Dans ce panorama du mensonge, il reste
à prendre acte de la « franchise », certes primaire, du bureaucrate tchèque. Il
assume, toute honte bue, son soutien à des criminels de guerre. Le désaveu
public exprimé par son supérieur ministériel ne devrait pas affecter sa
carrière : Jiri Putuznik apprend à devenir un diplomate européen.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : K Selim
Source : www.lequotidien-oran.com