On pensait que l'administration publique, dont le ministère de l'intérieur est l'institution emblématique, «assurait» des élections démocratiques et transparentes. Et que les élections démocratiques et transparentes étaient un gage de qualité qui permettrait l'émergence des idées et l'arrivée aux affaires... publiques de compétences avérées dont la rigueur morale serait la règle, pas l'exception.
Depuis le temps que ce ministre organise donc les élections, agrée les partis, veille à ce que leurs programmes, leurs structures et leurs rencontres organiques soient conformes aux «lois de la République», depuis le temps qu'on pensait que la crème politique, intellectuelle, managériale et morale est engagée pour parvenir au pouvoir et concrétiser ses projets, on ne savait pas que la fracture était si grave entre l'administration publique et la... classe politique.
Jusqu'à ce que le ministre de l'intérieur, décidément bien en verve depuis quelque temps, vienne nous l'apprendre : il n'y aurait donc aucun problème entre le citoyen et l'administration. Par contre, le fossé serait gigantesque entre le citoyen et les partis politiques, tellement gigantesque qu'une rupture tectonique entre les deux serait envisageable ! «Globalement, la gestion des collectivités locales est correcte.
Elle va en s'améliorant grâce aux moyens matériels et financiers que l'Etat met à la disposition des communes», a dit M. Daho Ould Kablia. On l'aura compris, le problème des «citoyens», ce sont les partis qui se dressent sur le chemin du bonheur tout tracé par l'administration parce que, toujours selon le ministre de l'Intérieur, «une fois les élections passées, les partis ne s'occupent plus du travail» ! Il n'a vraiment pas de chance, le citoyen, parce que les partis disent la même chose et l'un comme l'autre ne manquent pas d'arguments quand il s'agit de se renvoyer la balle !
Les partis disent que c'est l'administration, par ses pesanteurs, ses anachronismes, ses lois et ses agissements qui dépouille les élus des prérogatives qui doivent être les leurs. Ils disent aussi, selon la posture de chacun, que l'administration n'est jamais neutre et travaille souvent au maintien ou l'arrivée des mauvais partis aux affaires de la cité. L'administration dit qu'elle ne peut tout de même pas tout faire et depuis quelque temps, elle a un argument en béton ou plutôt en «blé» dur.
Il y a de l'argent, beaucoup d'argent, et les élus ne savent souvent pas quoi en faire. ça ne suffit certainement pas mais c'est toujours bon à savoir qu'il y ait autant d'argent, surtout que l'oreille du citoyen est toujours sensible à ce genre d'explication. A propos d'argent, c'est dans la foulée d'une réplique à l'inénarrable président de la commission nationale «politique» de surveillance des élections que le ministre de l'Intérieur a débordé sur la confiance, le citoyen, l'administration et les partis.
M. Seddiki, reconduit à la présidence de cette commission comme par enchantement, ne voit aucune raison de renoncer à un remake pathétique du feuilleton déjà connu aux législatives. On fait dans la surenchère «politique», on menace en des termes sibyllins et on demande... plus de «moyens» pour que les membres de la commission puissent «accomplir leur mission !»
Comme le propos n'est pas si sibyllin que ça, le ministre répond de manière plus terre à terre : il n'est pas question de rémunérer les représentants des partis politiques, c'est écrit clairement dans la loi électorale. Et à M. Ould Kablia de dire sa «confiance» et tout le bien qu'il pense de M. Seddiki, qui a pourtant brandi la menace de dissoudre la Cnisel ! Puis de dire que l'Etat a mis tous les moyens pour assurer «des élections dans des conditions de neutralité, de transparence et d'intégrité» !
On ne sait vraiment pas si les deux hommes parlent de la même chose, mais on sait que les échanges entre les deux sont peut-être caractéristiques de la relation avec le citoyen. Et c'est même M. Ould Kablia qui en annonce l'indice le plus sérieux : quelque 40% de participation !
laouarisliman@gmail.com
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slimane Laouari
Source : www.letempsdz.com