L'écrivain, poète et ambassadeur du Cameroun en Algérie, Claude-Joseph M'Bafou, alias M'bafou-Zetebeg, reprend sa plume, après la publication de ses deux recueils poétiques, respectivement La couronne d'épines (1973) et Les perles sanglantes (1980), ce recueil, modeste par la quantité (format poche), mais riche s'agissant de son esthétisme et de ses thématiques, aborde différents sujets inhérents aux pays africains, comme la dictature, l'émigration, mais aussi la beauté des paysages, la bravoure des hommes et les richesses culturelles du Vieux Continent, notamment le Cameroun. Comme un prélude aux textes pleins de hargne, un poil pessimistes, au vu de la situation socio-politique dans les pays du continent noir, ce recueil reprend en épigraphe un passage de l'?uvre poétique de la Mozambicaine Noemia De Souza, Qui a étranglé la voix lasse de ma s?ur dans la nuit. Etoiles, nuit, feu que l'on retrouve dans le paratexte présagent ainsi de l'engagement de l'auteur, qui dénonce, regrette, ou espère un lendemain meilleur pour les pays du berceau de l'humanité. Fier de ses ancêtres et des richesses cultuelles du Cameroun, M'bafou-Zetebeg redonne vie à ses aïeuls dans ses vers aux forts relents revendicateurs. Dans un champ lexical qui rappelle celui de la guerre et de la maltraitance, le diplomate dépeint le vécu d'un migrant, en ces mots crus : "Il était sans papiers/le souffre-douleur/le bouc émissaire (...) /le paria/l'exclu/il était sans papiers/le hère/le gueux/ (...) repu de quolibets/noyé par le canon à eau". Le migrant, noir notamment, devient ici la cible d'une horde humaine dénouée d'humanité justement, qui l'accuse de tous les maux, de toutes les tares. Même si le poète traite en l'occurrence du sort des migrants noirs en Occident, ce poème concerne néanmoins tout exilé, émigré ou réfugié de par le monde, qui, une fois en dehors de sa terre natale, devient la somme de la haine et de l'ignorance. À Nomzamo Winifred Zanyiwe Madikizela, ou Winnie, épouse de Madiba et récemment disparue, M'Bafou a réservé un poème en vers libre à la mère de cette patrie, qui comporte en son être même toute les richesses et les combats de la nation arc-en-ciel : "Winnie/femme mère femme enfant/ femme homme femme femme/ (...) femme militante femme combattante/femme révoltée femme guerrière".En donnant libre cours à sa plume qui se balade des fins fonds du Cameroun, en passant par l'obscurité des rues occidentales, le poète doublé de diplomate met des mots sur ses drames, ceux de son peuple et de tout un continent.
Yasmine Azzouz
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Yasmine AZZOUZ
Source : www.liberte-algerie.com