Où passer ses vacances quand la plage et le soleil ont été privatisés et qu'on est sans-le-sou dans un pays qui vous tourne le dos ' Cela aurait pu être le sujet de philosophie au bac 2018, mais l'école a préféré disserter sur des sujets aussi insolites que surréalistes comme la liberté individuelle dans une société totalitaire ou la vérité si on nous ment du haut de son balcon.Alors où passer ses vacances quand déjà on peut en bénéficier ' Car si c'était un droit du temps du socialisme pourri et bienveillant, aujourd'hui, avec l'émergence d'une bourgeoisie de serfs, le congé payant est perçu comme une option, une question subsidiaire à laquelle il vaut mieux ne pas répondre si on veut rester dans les petits papiers du patron. Bref, tu as ton congé et cinq gosses à charge, alors où aller, avec quoi payer et surtout quoi faire pour tuer les longues heures de l'été et éviter de se faire tuer par le premier venu '
Quand, sous d'autres cieux, ces questions sont purement d'ordre logistique, chez nous elles en deviennent presque existentielles. Elles réactivent la crainte atavique de l'inconnu des premiers hommes des cavernes. En effet, hormis les plages de la République, enfin pas toutes, certaines ayant été nationalisées au profit des habitants de là-haut, il n'y a nulle part où poser enfants et bagages à moindre frais. Et c'est là que l'aventure commence pour un père de famille, car aller à la plage aujourd'hui relève de la véritable gageure, ressemble fort à une expédition de survie dans la forêt amazonienne ou à une opération suicide. Même Rambo aurait refusé de se rendre sur une plage algérienne, préférant l'enfer du Vietnam d'où il a une chance d'en réchapper.
Aller à la plage quand on n'a pas le sou ou juste assez pour que sa famille ne crève pas la bouche ouverte, c'est ouvrir grand la boite de Pandore sans gants et masque de protection ; c'est rédiger son testament avant de sortir de la maison. Pour les plus téméraires, c'est passer un stage commando mais avec zéro garantie qu'on puisse survivre à la plage et ses propriétaires. Le rivage étant privatisé, le sable est devenu payant, trop cher pour les estivants alors que l'Etat a déclaré pompeusement que la plage est un bien public, qui appartient à tous les Algériens.
Alors comment un père de famille a-t-il été assassiné à Oran, en 2018, pour avoir refusé de payer un parasol ' Comment un autre a-t-il été poignardé à mort, à Skikda, par un parkingeur auto-proclamé pour 50 DA '
En Algérie, les questions sont gratuites, et tu peux en poser un millier à la fois, mais les réponses sont tellement rares que parfois on les paye de sa vie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Moncef Wafi
Source : www.lequotidien-oran.com