Recherche dans l’intérêt de l’Histoire: le Khalifa Bouhamadi
Ceux qui s’intéressent de près à l’Emir Abdelkader savent que parmi son proche entourage, ses lieutenants, ceux qui l’ont suivi dans son épopée unique dans l’histoire, il en existait un de particulier, d’éminent et au destin mystérieux aussi: Mohamed Bouhamadi El-Oulhaci. De particulier et d’éminent parce qu’il était le plus proche de l’Emir, peut-être même son alter ego et on sait que l’histoire sélective ne retient qu’un seul héros dont la mémoire posthume peut, parfois, faire de l’ombre à ses pairs. Un destin mystérieux parce que Bouhamadi est mort, au Maroc, dans des conditions encore troubles et enterré dans un lieu inconnu. Toujours que le commun des mortels ne sait rien ou si peu sur lui. Ceci à cause d’une historiographie officielle autant parcellaire que minée par les enjeux idéologiques, d’un côté. De l’autre, une recherche universitaire souvent pauvre, laxiste et adossée à cette historiographie officielle. Le tout dans le tout, on doit toujours prendre les garanties des produits donnés à notre curiosité crédule, avec des pincettes. Au bout du compte, Mohamed Bouhamadi, qui est un personnage fascinant, à plus d’un titre, restait un sombre inconnu dans le pays pour lequel il a donné sa vie, avec tellement de brio militaire et d’abnégation. Si l’on aime, l’on y croit et qu’on aime les héros, c’en était proprement un.
Le voile était total jusqu’à la semaine passée où une initiative louable a permis de sortir ce grand homme du passé de l’oubli et l’a mis sous la lumière du jour. Même si seulement quelques rayons de lumière l’ont éclairé et que pratiquement tout reste à faire, en matière de recherche sur cet homme. L’initiative est venu d’une association culturelle de Béni Saf (eh oui), une association qui porte d’ailleurs le nom emblématique de Bouhamadi et a, à son actif, d’autres initiatives locales, généreuses. L’événement, en l’occurrence, a été un colloque national qui s’est déroulé les 23 et 24 avril dernier, à l’intérieur des murs de la Bibliothèque de Témouchent, fraîchement inaugurée et dont c’est l’une des premières manifestations, sortant de l’ordinaire. Seulement, cette bibliothèque est encore peu fréquentée par le public local qui reste à attirer de manière plus entreprenante. On peut se demander pourquoi c’est dans cette région qu’un intérêt a été porté à Bouhamadi El-Oulhaci. C’est parce que, tout simplement, ainsi que son nom l’indique, celui-ci est originaire de la région (la plaine de Oulhaça) et, comme c’est souvent aussi le cas, les élites locales sont soucieuses pour les figures locales oubliées par une histoire faite là-bas, dans les cercles de la capitale. Voilà pourquoi, ce projet a été mis en chantier à Béni Saf, avec le concours actif de quelques rares descendants de ce compagnon de l’émir. Car, malheureusement encore, le destin posthume n’a pas été tendre avec ce dernier; sa lignée n’est plus que comme un mince filet d’eau, ses descendants sont très peu. Mohamed Bouhamadi (1803-1847 ou 50. On n’en est pas sûr) est donc né sur cette grande plaine qui porte le nom de la tribu qui l’occupait, les Oulhacis. Il serait d’origine maraboutique –la noblesse spirituelle– et versé, très jeune, dans le savoir religieux. Selon une version, il aurait connu l’Emir Abdelkader, dans sa jeunesse, dans une école coranique de Mazouna qu’ils auraient fréquentée tous les deux. Pour l’Emir, c’est établi. Ce qui est sûr, c’est qu’il a rejoint l’Emir, tout de suite, lorsque celui-ci est venu dans sa région, dans sa campagne de recrutement des tribus, pour son insurrection contre les conquérants français. Très vite également, il sera son principal khalifa, par ses qualités humaines et militaires. C’est lui qui dirigera les principales batailles contre l’armée coloniale, à la Tafna et à Sidi Yacoub. L’Emir le désignera comme Khalifa de Tlemcen où la légende populaire le retient encore dans la mémoire collective. Au moment où le cours de l’histoire s’inclinera dans le sens de l’armée occupante, l’Emir perdra le soutien du Roi Moulay Abderrahmane, gouverneur des Croyants, qui se retournera contre ses protégés, l’Emir, sa smala et son armée en déroute. C’est alors que l’Emir enverra le Khalifa Bouhamadi, porteur d’une lettre de recours. Celui-ci sera emprisonné, pour des raisons encore non établies. Pour certains, Bouhamadi serait mort en prison, en 1847. Pour d’autres, il aurait été relâché et serait resté sur place pour mourir en 1850, peut-être d’une maladie. Tout reste à découvrir sur Bouhamadi. Pourquoi cette œuvre fascinante n’a-t-elle pas encore été entreprise? C’est incroyable. Nous sommes juste bons à recueillir les fruits qui tombent, tout seuls, de l’arbre. Mais pas aller les chercher.
Brahim Hadj Slimane
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com