Oran - Revue de Presse

Oranitudes



Baâziz éclaire le ciel d’Oran Oran a vécu un (vrai) événement culturel, jeudi dernier: la métropole de l’Ouest a accueilli dans ses murs le chanteur Baâziz qui a donné un concert au Cinéma Essaâda (Ex-Colisée). Il faut d’abord mettre en valeur le travail remarquable du groupe de jeunes algérois qui gèrent la société de spectacles «AS Communication» et qui l’ont invité, ont déjà fait se produire le groupe (désormais dissous) «Gnawa Diffusion» et, récemment «Raïna Raï». Le 1er mai prochain, ce sera le tour de «Gaâda Diwan» de Béchar; çà, c’est du boulot avec un savoir-faire qu’on croirait de là-bas. Même si les prix d’entrée -500 da pour Baâziz- sont dissuasifs pour les bourses de démunis. Renseignements pris, ce serait juste, juste pour les organisateurs, et encore, étant donné les frais occasionnés. C’est Baâziz lui-même qui me l’a assuré, lors de notre rencontre, le lendemain, à l’hôtel Timgad. Baâziz s’est déjà produit à Oran, il y a une dizaine d’années mais c’était tellement furtif que, comme lui-même me l’a dit, on peut dire que c’est la première fois. Alors là, mes amis(es), je souhaite de tout cœur à celles et ceux qui ont raté ce concert d’avoir quelques insomnies bien méritées. Parce que lorsqu’on y a été, on en sort avec un joli bronzage au cœur et à l’esprit. Le ciel s’ouvre sur une Algérie printanière, telle qu’on en rêve, en pointillé, l’interminable cauchemar feuilleton de cauchemars de la vie quotidienne. D’ailleurs, il a terminé son gala avec un drapeau autour du cou, tout en chantant «Algérie, mon amour». Comme il l’a précisé, pas celle d’en haut mais celle des Sans Voix. J’en ai eu des larmes aux yeux et je n’étais pas le seul. Il y a deux événements, de natures différentes, où le drapeau national remuait ainsi le cœur: le 5 juillet 1962 (c’était dans une autre vie) et après la victoire, au football, de l’Algérie sur l’Allemagne, lorsque Belloumi avait empêché Breitner, le capitaine allemand, d’offrir le 7e but qu’il avait promis à sa femme. Finalement, les produits en studio ne peuvent jamais rendre la magie de la scène et Baâziz en sait quelque chose de celle-ci. Désormais, on peut sérieusement affirmer que c’est un chanteur d’envergure internationale. On sent, non seulement du talent, de la générosité sincère, mais du métier et un sens de la gestion scénique qu’il emprunte au théâtre, tout à fait consciemment. Généreux oui. Il a même ramené deux jeunes artistes auxquels il a offert son espace: Samir Farès (d’Alger) et Karim qu’il avait rencontré, la veille, dans un resto d’Oran et qu’il a appelé sur scène pour faire un duo avec lui. Franchement et personnellement, je n’ai pas souvent vu un geste pareil. A peu près deux heures durant, Baâziz a créé -culturellement et politiquement- un espace de liberté d’expression et là, il faut reconnaître que l’Algérie, avec toutes régressions de ce point de vue-là, reste une relative exception par rapport aux autres pays despotiques, dans le monde arabe. Pour moins que ça, je pense qu’il aurait terminé la soirée au trou, chez nos voisins de l’est, par exemple. Tout est donc relatif, encore une fois. Un critère infaillible de la relation d’un artiste avec un public -qu’il découvre surtout- c’est la nature de sa communication avec lui, le courant, la main invisible qui passe ou ne passe pas, une intimité immédiate qui est ou n’est pas. Entre Baâziz et ces jeunes Oranaises et Oranais, c’était palpable. Une complicité spontanée s’est instaurée dès la première seconde. Mais, il faut encore préciser: pas une communication de star sur son piédestal, inaccessible. Non, si j’ose dire, d’égal à égal. Comme si chacune et chacun de ces jeunes euphoriques pouvait tout aussi bien l’accompagner sur scène. Il parait que c’est ce qu’on appelle une symbiose. Tant pis pour les absents. Il leur faudra attendre le prochain train pour ce voyage de la liberté. Et qu’est-ce qu’elle n’est pas belle... Brahim Hadj Slimane
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