Oran - Revue de Presse

Oranitudes



Djamel Bendeddouche revient sur la conquête coloniale Ceux qui suivent, de loin, les pérégrinations du cinéma en Algérie connaissaient plus Ghaouti que Djamel Bendeddouche. Beaucoup plus d’ailleurs en souvenir d’anciens films du premier. Mais aussi parce que le second a fait une longue carrière à la télévision et c’est enfoncer une porte ouverte de dire que celle-ci offre peu de valorisation à ses compétences. Sauf (et relativement) pour quelques comédiens des feuilletons du Ramadan, mois d’audience exceptionnelle. Mais voilà que Djamel Bendeddouche apparaît au grand public d’aujourd’hui et par une grande porte que lui a ouvert son dernier film «Arezki L’indigène». Il vient d’en donner, jeudi dernier, une avant-première à Oran, à la salle Ouarsenis de la Cinémathèque algérienne. Un long-métrage qui en est à sa 4e projection seulement, après Alger, Sétif et Tizi-Ouzou. Le sujet lui-même était porteur puisque le cinéaste s’attaquait à un personnage mythique en Kabylie, tout particulièrement, à une période de l’histoire de l’Algérie, finalement, peu explorée, et un phénomène social encore entouré de mystère et peu étudié, voire popularisé. C’est le phénomène des bandits d’honneur dont l’émergence a succédé, vers la fin du XIXe siècle, à la résistance puis à l’échec des insurrections maraboutiques et confrériques à la conquête coloniale. A l’Ouest (dont est originaire Djamel Bendeddouche), c’est le mythe de Bouziane El Kal’i qui a alimenté l’imaginaire de maintes générations. C’est donc lui qui a aiguisé la curiosité du cinéaste et vers lui qu’il a d’abord orienté ses recherches. Puis, le projet de consacrer un film à Arezki L’Bachir est né dans sa tête et a mûri à travers une recherche historique menée en Algérie et en France. Finalement, comme pour la quasi-totalité des films récemment produits, c’est l’événement «Alger, capitale de la culture arabe 2007», qui a permis à ce projet de voir le jour. Après une traversée du désert (décennie noire et disette financière, à la fois), 57 films ont pu être réalisés. Le récent Panorama du cinéma algérien, tenu à Alger, a permis d’en prendre la mesure. Même si cette lancinante question du public se pose comme un obstacle décourageant et sur laquelle les autorités, horizontales et verticales, devraient très sérieusement plancher. Pour ne pas tomber dans la flatterie hypocrite, disons que «Arezki L’indigène» est un film qui n’est pas parfait, comme l’ensemble des autres productions. Le réalisateur lui-même ne s’en cache pas et déplore l’inachèvement de la feuille de route de son tournage, à cause des restrictions budgétaires. S’attaquer à un film historique demande effectivement de gros moyens financiers qui lui ont manqué. Il espère reprendre son long-métrage et le compléter selon ses vues. Il y a une ambiance et un regard particulier dans ce film du fait que le cinéaste a sereinement traité le sujet, de manière dépassionnée, collant le plus près à une reconstitution historique peu romancée. Même si, comme dans la plupart des films algériens, il y a une extériorité des comédiens par rapport aux personnages incarnés. Ce qui relève, avant tout, de la responsabilité des comédiens et leur manière de gérer leur métier. Djamel Bendeddouche a eu une idée heureuse en se penchant sur un modèle de ces personnages historiques que furent les bandits d’honneurs qui, certes, ne sont pas propres à l’Algérie et ont foisonné autour de la Méditerranée, à des époques et dans des contextes différenciés. Chez nous, c’est bien la Kabylie qui en a été le vivier et l’un des derniers cas connus, est bien celui de Krim Belkacem, dans les années 40, et dont la montée précoce au maquis a été apparentée à ce type de prédécesseurs. Il est évident qu’il y a très peu de recherche là-dessus, puisque c’est un pan de la résistance anti-coloniale qui ne rentrait pas dans les canons de l’historiographique officielle mais n’a pas suscité l’appétit des chercheurs. Encore une fois, ce que l’on en sait vient de chroniqueurs français. C’est le cas pour ce qui est de Arezki L’Bachir. Et c’est ce qu’illustre le film, au travers de la journaliste française qui approche le personnage et en témoigne. Brahim Hadj Slimane
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)