Oran - Revue de Presse

Oranitudes



Moments d’espoir avec Habiba Djahnine Après plusieurs reports, elle a enfin débarqué à Oran, la semaine passée. Oran, qu’elle connaissait à peine, pour ne pas dire presque pas. Autant dire qu’elle avait seulement croisé Oran et qu’elle était donc prête à tomber sous son charme. Périlleux moment, pour moi qui ne supporte la vie dans cette ville, l’agressivité de la vie quotidienne, dedans, le bruit, les klaxons intempestifs, la pollution, le «terrorisme» des automobilistes, les insultes, les injures, les obsessions et les frustrations sexuelles, la cherté de la vie, l’esprit de quartier, le tribalisme dégénéré, les petites mafias locales, et stop. Mais elle, elle a vu ce qu’on ne voit plus lorsqu’on est quotidiennement plongé dans l’enfer que je viens de décrire: la beauté de la ville, son cachet particulier, la beauté unique du parc immobilier légué par Mme Fafa, le front de mer et la baie. Elle a dit que ça lui rappelait Marseille. Dans les années 70, Helvio Sotto, cinéaste chilien, avait trouvé une ressemblance à Valparaiso. Certains ont pu aussi la comparer à Naples. Je passerai sur les célèbres remarques de Camus que, dans mes moments de dépit, j’approuve... J’en ai parlé avec elle. Mais elle a continué à aimer Oran, les Oranais qu’elle a trouvés pleins de vie et d’une exubérance qui séduisent. D’après elle, c’est nous qui avons perdu le sens et le goût de la vie. C’est là que le doute s’est d’abord installé et qu’elle a mis le doigt sur la blessure, le traumatisme, la morbidité, dont souffrent ceux qui ont eu le courage d’affronter la violence des années 90, relayée par celle du système en place qui a laissé émerger la «guerre totale» menée par l’ultra-libéralisme occidental, contre notre société. Mais revenons à mon amie, justement une grande résistante, pour dire enfin qu’elle s’appelle Habiba Djahnine, que c’est une grande dame, une vraie de vrai que l’histoire retiendra, coûte que coûte. Comme une contributrice hors pair à l’émancipation culturelle de ce pays. Des femmes comme ça vous restituent ce grain de beauté qui s’est perdu au fond de notre âme: à savoir la fierté d’être Algérien. Je partage ce sentiment avec notre cher Boudjemaâ Kareche, ancien directeur de la Cinémathèque algérienne, et qui l’avait gratifiée d’un portait aussi juste que touchant, dans Liberté. Habiba Djahnine est cinéaste, poète et militante associative. Fondatrice des Rencontres cinématographiques de Béjaïa, sa ville natale où elle passe une partie de l’année. Le reste, elle le partage entre Paris et une oasis du Sud algérien. Maintenant, elle a carrément décidé de s’éloigner de Paris pour se consacrer à découvrir le moindre coin de son pays (qu’elle connaît déjà largement), tout en se consacrant à ses projets artistiques. Parmi les frustrations que nous causent les gestionnaires de la diffusion du film, il y a celle d’avoir privé le public, jusqu’à présent, du film que notre amie a consacré à sa sœur Nabila. Ce documentaire (Lettre à ma sœur, 2006, 69 minutes), dont une avant-première avait été donnée à Alger, est dédié à Nabila Djahnine, assassinée par des terroristes, à Tizi-Ouzou, le 15 février 1995. Celle-ci était architecte, militante féministe, reconnue comme grande valeur, femme intraitable et restée gravée dans la mémoire de toutes et tous ceux qui l’ont approchée... Habiba tenait absolument à découvrir Beni-Saf dont on lui avait suggéré une ressemblance avec Béjaïa. Nous y sommes allés. Elle a visité un atelier de création cinématographique, encore balbutiant et qu’elle a connecté avec le mouvement de formation de Béjaïa. Puis, au bord de l’eau, face à l’île de Rachgoun, des noms complices de cinéastes succulents, se sont dessinés dans notre partage. Des noms aimés: Brahim Tsaki (grand ami commun), René Vautier, Yann Le Masson, Romain Goupil, Jean-Luc Godard, Pedro Almodovar Antonioni... (Continuez votre liste...) Brahim Hadj Slimane
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