Oran - Revue de Presse

Oranitudes



Zerrouki ouvre le couvercle de la décennie noire A la salle Ouarsenis de la Cinémathèque algérienne, on a eu droit à une découverte: celle d’un cinéaste nouvellement apparu: Noureddine Zerrouki. Il est de Tiaret et a déjà réalisé 4 documentaires et 2 courts-métrages. Le film présenté (L’épreuve) est un long-métrage de fiction, de 2 heures et tourné en vidéo dans le cadre d’ «Alger 2007, capitale de la culture arabe». Evénement qui a vécu pour aller se poser en Syrie, cette année. Il a la singularité de s’être attaqué au drame vécu par les Algériens durant les années 90: le terrorisme islamiste. Ce n’est pas rien, c’est encore tout frais, pour ne pas dire encore actuel, dans un nouveau contexte. C’est dire que ce n’est pas évident de traiter de cette réalité, d’une histoire immédiate et on peut comprendre que, d’une certaine manière, un cinéaste -ou tout autre homme de culture- avancerait sur des œufs dans un tel projet. L’histoire en elle-même s’appuie un cas malheureusement courant, durant cette décennie. Le massacre d’une famille par un groupe de terroristes, en l’occurrence dans un faubourg de la ville de Tiaret. C’est la famille de héros du film, Mourad, jeune garçon plein de vertu, de sérieux et de talents. C’est le seul survivant. Ou presque puisque, à la fin du film, on vient lui présenter un jeune frère retrouvé miraculeusement vivant. Pourquoi L’épreuve, parce que le héros, Mourad, dans une folle cavalcade nocturne, à la recherche des assassins, tombe sur le cadavre d’un terroriste, éliminé tout près de lui, et enfile sa veste. Le voilà entre les mains des gendarmes et le malentendu s’installe, lors d’un long interrogatoire, pour se transformer en une amitié fraternelle entre lui et l’officier. Celui-ci prend Mourad d’affection et le prend en charge, envoyant celui-ci refaire sa vie à Oran, sa ville d’origine. On apprendra que l’officier a, également, perdu sa famille dans un attentat terroriste. Après une longue période de traumatisme, au cours de laquelle il découvrira le petit univers oranais et dévoilera ses talents de musicien et de sculpteur, Mourad trouvera les ressources pour préparer et passer brillamment son baccalauréat, de retour à Tiaret. Il retrouvera aussi sa petite amie et on devine que l’avenir se profile en rose pour lui. Voilà, en gros, le film de Noureddine Zerrouki. Que dire de ce premier long métrage? D’abord qu’il a été bien accueilli par les spectateurs présents, probablement pour des raisons multiples. Entre autres et chose rare, parce que l’on voit Oran de manière assez abondante. Et là, on en revient à cette lancinante question de l’extrême rareté, voire l’absence d’images cinématographiques locales qui créent un repère, un identifiant (transfiguré par l’image) pour le public. Au passage, le réalisateur a abusé de plans cartes postales, avec une vision assez illusoire de la réalité de la ville. L’autre point d’accroc est justement le fait d’avoir traité du terrorisme, à travers un drame bien courant durant cette période. Mais là aussi, ce sujet a été passé par un filtre simpliste, parfois même caricatural et avec trop d’insistance sur la violence, dans certaines séquences. Pour être plus direct, les terroristes islamistes sont présentés un peu comme des démons extraterrestres: on ne sait pas d’où ils viennent, ni quels sont leurs motivations. Ca rappelle cette vieille série Les envahisseurs. Or, qu’importe si que ces gens-là sont issus de la société réelle, de l’environnement immédiat de leurs victimes, avec un itinéraire… etc. De ce point de vue-là, le film n’est pas convaincant et pèche par simplisme idéologique. Il n’y a qu’à le comparer avec le film de Nouri Bouzid, Making off, qui est bien plus subtil, sous cet aspect-là. Mais ce jeune réalisateur a encore du chemin et des potentialités évidentes. A condition d’éviter de faire dans le cinéma discours (et langue de bois), travers dans lequel sont tombés ses aînés, à une certaine époque. Brahim Hadj Slimane
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