Oran - Revue de Presse

Oranitudes



Palestiniens désincarnés sur scène En me lamentant intérieurement sur la piètre représentation de la Palestine, donnée par la pièce de théâtre ‘Sana’oud yaoumen’, c’est l’image vaste et respectable de Mahmoud Darwich qui est apparue pour me sauver de la déprime. La nuit et le jour éclatant de beauté et de grandeur, l’expression de la douleur transfigurée en un astre incandescent. Je me dis que moi, je ne me serais pas donné le droit de m’attaquer avec autant de légèreté à la Palestine pour fouler une scène et donner au public une fiction de cette terre. Aujourd’hui, on s’entretue dans le Bantoustan palestinien, morcelé, affamé, cloîtré, et que, bientôt, un mur de 700 kilomètres va irrémédiablement séparer et isoler du territoire israélien. Dit vite fait, c’est ça la Palestine concrète de maintenant. Il s’y trouve des femmes et des enfants kamikazes, des missiles israéliens qui tuent avec précision, des bombardements intempestifs, des maisons dynamitées, des représailles collectives de l’armée israélienne, et ainsi de suite; le tout conçu et dirigé par des criminels de guerre. Il y a également le silence et la complicité des dirigeants des pays arabes, bien sûr. Et il y a cette vérité qui n’éclate aux yeux de personne, sauf ceux de ceux qui y ont intérêt et ils sont nombreux: l’Etat palestinien risque de ne pas voir le jour avant longtemps et le peuple palestinien est menacé d’implosion et de disparition. Alors créer une pièce de théâtre sur le sujet, c’est celui-là et on ne peut pas en faire l’impasse; autrement, c’est du vent dans du vent, comme dit une expression. Si, d’ailleurs, on retirait des artifices scénographiques ajoutés au texte de ‘Sana’oud yaoumen’, il n’en resterait plus grand-chose. Nous reviendrons un jour: mais revenir où? Qui sont ces Palestiniens désincarnés sur scène et où vivent-ils? Le mot Palestine est à peine audible et celui d’Israël jamais prononcé. Deux objets qui se veulent symboliques mais, à un premier degré, nous servent de repères: un oiseau en cage pour dire la liberté et un tronc d’olivier pour signifier la Palestine qui, une fois replantée ailleurs, renaîtra un jour. C’est le mot de la fin, la note d’espoir. Et c’est ainsi que cette pièce se réfugie dans le sérail de l’histoire avec un grand H, en fermant les yeux sur celle qui se déroule devant nous, chez chacun sur le petit écran. Passons sur des tableaux chorégraphiques incongrus, mal exécutés par quatre adolescents, deux bouffons à l’humour gras se voulant représenter les dirigeants arabes, une musique pesante. Une fois franchie la porte du Théâtre, il ne reste rien du spectacle, encore moins de la Palestine. Si celui-ci se voulait un acte d’engagement, il aurait mieux valu l’argent que ça a coûté au Croissant-Rouge palestinien. Et dire que, quelques jours auparavant, un grand journaliste français, connaisseur du Moyen-Orient, ami de Yasser Arafat, est venu alerter l’opinion et témoigner sur le scandale du mur israélien et la menace qui pèse sur l’existence des Palestiniens. René Backmann, du Nouvel Observateur, a touché la poignée des présents à sa conférence, au CCF d’Oran. De plus, lui a osé affronter les représailles du virulent lobby pro-israélien de son pays. Lui, c’est-à-dire quelqu’un qui n’a pas la proximité (pour ne pas dire la parenté symbolique) que peut avoir un artiste du crû avec la Palestine et les Palestiniens. Brahim Hadj Slimane
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)