Des heures avant le coup d'envoi du match, les gens se sont préparés à la
fête. Individuellement tout d'abord, en sortant l'emblème national du placard
pour l'accrocher soit sur le capot de la voiture, soit sur la devanture du
magasin.
Collectivement, on est passé à un
autre stade. Se substituant aux autorités publiques, certains comités de
quartier ont placé des écrans grand format (en attendant les écrans géants)
pour visionner le match collectivement. C'est justement le cas d'une cité dans
le quartier de Bel-Air et d'une autre à Maraval. Probablement, d'autres
quartiers ont dressé le même matériel pour voir la rencontre dans les mêmes
conditions.
Mais il fallait trouver un
arrangement avec un autre espace public : la mosquée. Pour la prière des
Taraouih, certains imams, conscients de l'engouement des Algériens pour leur
équipe nationale, ont consenti à écourter exceptionnellement la séance
d'avant-hier. Des fidèles n'ont pas pu résister à la tentation et ils ont
décidé de rejoindre les cafés au lieu des lieux du culte. Ce qu'on retiendra,
c'est qu'à cette occasion, une religion divine a négocié avec une autre
d'essence populaire. Ceux qui ont qualifié le foot de culte populaire ne se
sont pas trompés. En ville, les cafetiers, sentant l'occasion de réaliser une
bonne recette, se sont pris très tôt après le f'tour (la rupture du jeûne).
Pour gagner de l'espace, on a aligné les tables l'une contre l'autre. On ne
s'est pas trop dérangé pour grignoter sur le trottoir et installer quelques tables.
Autre constat relevé : ce match,
avec un tel enjeu, ne se regarde pas en famille, avec ce que ça suppose comme
contraintes de retenue et de bienséance. Mais avec les amis. Parce qu'on
commente, on insulte, on crie...
On se permet. C'est ce qui a été
initié justement par celui que ses proches interpellent par « oustad »
(maître). Avec une bande de ses amis, il a transformé son somptueux bureau, le
temps d'un match, en une véritable tribune pour foot où les statuts se sont
dilués.
Parce que la partie était
angoissante de bout en bout, la première réaction des fans de l'équipe
nationale, après le coup de sifflet final, a été le cri et le hurlement. Pas un
cri de joie mais de soulagement et de libération du stress. Dans les cités, ce
cri a eu beaucoup plus d'écho et de retentissement parce qu'il a été porté par
la voix des femmes qui ont donné la réplique à leurs gosses. Il fallait quelque
temps pour que la fête démarre réellement. Mais vite, les rues sont devenues
noires de monde. Des places publiques ont été investies. Celle en face du siège
de l'ENTV a été élue cette fois-ci comme un des lieux de ralliement.
A coup sûr, les travaux engagés
tout au début de la rue d'Arzew ont empêché les Oranais de se regrouper en
masse aux alentours de la place des Victoires. Malgré l'heure tardive, des
engorgements ont eu lieu dans certains ronds-points de la ville.
Comparée à celle conséquente au
match contre l'Egypte, l'explosion de joie d'hier (aux premières heures du
matin, puisque le match s'est terminé à minuit) est jugée de moindre envergure.
Mais ce qu'elle a perdu en durée et en étendue, elle l'a gagné en intensité.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ziad Salah
Source : www.lequotidien-oran.com